mardi, mai 09, 2006

Soleil d'Hiver, adieu


Soleil d’hiver est né un soir de rage.
Un soir de mal. Comme une dernière tentative d’auto-médication contre une douleur tenace.

Mal de France
France, où « Dieu, disait-on, était heureux », régicide et apostate qui depuis plus de deux siècles, odieuse et ridicule, expose ses douteux dessous de prostituée aux regards d ‘un monde qu’elle a « plombé » de ses tréponèmes en commençant par le tout premier d’entre eux, ci-devant dénommé (ne riez pas !) « les lumières ».
France où, pourtant, plus qu’ailleurs en Occident, germent sous la croute crasseuse et glacée de ses péchés, les premiers perce-neige d’un printemps espéré.

Mal de Chrétienté
Chrétienté qui, malgré ses nombreux péchés, fut le phare civilisateur qui apporta la Bonne Nouvelle au monde entier et qui aujourd’hui, vendue pour trente deniers, propose à ce même monde le plus déplorable et satanique modèle de société : hédonisme, pornographie, argent-roi facile, abrutissement culturel de masse, massacre des innocents jeunes et vieux, homosexualité posée en modèle, vices en tous genres.
Chrétienté où ceux qui se réclament encore du Christ, s’affrontent dans une pitoyable chasse aux fidèles fugueurs, véritables bateleurs, rivalisant d’un bagout atterrant.
Qui va l’emporter ? des télé-évangélistes aux dignes représentants d'un catholicisme froid que sont ces évèques sécularisés et pactisant avec l’Occupant.

Mal de moi, si pécheur, si faible, si inefficace, si accomodé à ce monde, « trou noir » compact d’où nulle lumière ne s’échappe..

Soleil d’hiver fut un pélerinage. Un long chemin vers un ailleurs indéterminé, vers un espoir de guérison, comme ce paralytique qui descend à travers un toit défoncé.
Pèlerinage à étapes, bornes d’un chemin difficile où je n’ai rien appris que je ne sache déjà mais où ce que je savais depuis si longtemps m’est simplement descendu de la tête au cœur.
Cela, cher ami qui lisez ce dernier message, est difficile à vous faire vivre.
C’est comme un aliment lyophilisé qui reprend sa forme sous l’action de l’eau.
Comme une petite graine abandonnée sur un sol caillouteux et sec et qui, poussée par un souffle venu d’on ne sait où, trouve un sol meuble et arrosé, fend sa cuticule, émet une fragile pousse qui, dans le même temps, plonge profond dans ce sol riche et lance sa ramure vers le ciel.

Car je le savais depuis longtemps que ce Mal qui nous jette au tombeau, d’autant plus déchainé qu’il sait sa prochaine et définitive défaite, c’est lui, le prince orgueilleux, jaloux des hommes qu’il hait de toutes ses forces, cet Iznogoud de la création.

Je le savais depuis longtemps que le vrai Roi est ce créateur, saint, fort et immortel, débordant d’amour et miséricordieux, fait homme pour restaurer notre nature rendue infirme par le péché de nos parents et nous faire Dieu. Je le savais depuis longtemps qu’Il est, seul, la Voie, la Vérité et la Vie.

Je le savais depuis longtemps que, depuis Sa résurrection, Il continuait historiquement son œuvre de salut dans et par Son Eglise et qu’elle seule détenait les promesses de salut, définitivement protégée des assauts du malin.

Oui tout cela je le savais, comme le savant sait plein de choses que, pour autant il ne voit pas, il ne vit pas, jusqu’au jour où …..

« De vos cœurs de pierre, Je ferai des cœurs de chair »

Il est ressuscité !
En vérité, Il est ressuscité !


Cri de victoire, ébahi, sans cesse répété depuis deux mille ans par cette Eglise Orthodoxe, pauvre, humble, un peu anarchique parce que libre comme le sont les enfants de Dieu et qui chante la joie de Pâques comme personne, parce que, comme personne, elle a gardé intacte et inaltérée la Bonne Nouvelle.
Contre cette joie, contre cette victoire déjà acquise, actuelle, le Mal ne peut faire qu’une chose : « Pchit » comme dit l’autre. Evanoui, vaporisé, « miragisé » le Menteur !
Oh, bien sur, le mirage continuera, jusqu’à la fin des temps, et en abusera encore beaucoup.
Et c’est contre la rémanence de ce mirage qu’il faut savoir quoi faire.

Car, disons le, face à ce paganisme idôlatre à coté duquel celui, pourtant sanglant, de Dioclétien fait figure de folklore impérial, c’est bien d’Evangélisation qu’il s’agit.
Archimède, je crois, disait : « donnez moi un point d’appui et je soulèverai le monde ».
Ce « point d’appui », c’est le Christ, et le « levier », la prière qui soutient l’action, quelque soit sa forme.

Alors, que faire ?
Faire ce qu’ont toujours fait les martyrs : Etre
Etre, en vérité, ce qu’ils sont, dans le calme quotidien comme dans l’épreuve. Sans crainte, sans état d’âme. Au su et au vu du monde.
Concept profondément Identitaire. Je suis ce que je suis
Fils de France, fils de l’Europe chrétienne et de l’unique Eglise du Christ.


Soleil d’hiver, carnet de route, reste là, à la curiosité de l’ami qui passe.


Le leg de Soleil d’hiver :
IC XC NIKA
Icones et iconostases
Lumière incréée



lundi, mai 08, 2006

Etapes d'un pélerinage (fin)
III. Le Mont-Athos et l’Église en France (Depuis 1978)



par l'Archimandrite Placide (Deseille)

Le Mont Athos.

Nous partîmes peu après pour la Sainte-Montagne. Notre connaissance de l’Église orthodoxe et de son monachisme était encore extérieure et insuffisante. La possibilité de recevoir dans un monastère une sérieuse initiation à ce genre de vie était une grâce inappréciable. Simonos Petra était remarquable tant par la personnalité spirituelle de son higoumène que par la jeunesse et l’élan spirituel de sa communauté. Plusieurs fois, des moines catholiques y avaient été reçus très fraternellement, et les problèmes et les réalités de l’Occident y étaient particulièrement bien connus et compris.
Notre premier séjour à l’Athos remontait au printemps 1971. On ne parlait alors en Occident de la Sainte-Montagne qu’en termes de déclin et de décadence, et il ne manquait pas de voix pour prédire l’extinction complète du monachisme athonite dans un très proche avenir.
Ce premier voyage nous avait déjà permis de percevoir que les catégories de «déclin», ou, à l’inverse, de «renouveau», sont assez inadéquates quand on parle du monachisme orthodoxe. Ils évoquent surtout l’aspect extérieur, sociologique et statistique, des choses. Mais l’essentiel est la vie profonde, qui échappe aux investigations de cet ordre. Il y avait eu, certes, une baisse considérable des effectifs. Elle était due, en ce qui concernait les Slaves, aux conséquences de l’instauration du régime soviétique en Russie, et, en ce qui conœrnait les Grecs, à l’exode forcé de 1922, qui avait ruiné la florissante chrétienté grecque d’Asie Mineure, puis à la deuxième guerre mondiale et à la guerre civile. Mais, en 1971, cette diminution du nombre des moines était stabilisée, et la remontée se dessinait. Elle allait ensuite s’accélérer, à un rythme inespéré. Grâce à l’arrivée de très nombreux novices et jeunes moines, les monastères qui ne comptaient plus que quelques vieillards allaient reprendre vie les uns après les autres.
Il faut préciser que ces jeunes moines, que l’on rencontre partout aujourd’hui sur l’Athos, ne prétendent aucunement y renouveler ou y changer en quoi que ce soit la vie monastique. Au contraire, leur tendance est plutôt de reprendre les formes de vie les plus traditionnelles et les plus rigoureuses, en abandonnant les mitigations de l’idiorythmie. Ils ne veulent être que des disciples, et ils bénéficient de l’expérience de Pères spirituels de très grande valeur, qui n’ont jamais manqué sur la Sainte-Montagne.
On connaît en France, grâce au livre du Père Sophrony, le Staretz Silouane, qui vécut à l’Athos de 1892 à 1938. Mais à la même époque, il existait sur l’Athos un bon nombre de moines qui ne lui cédaient en rien par l’intensité de leur vie spirituelle. Plusieurs monastères sont maintenant dirigés par des Pères spirituels formés eux-mêmes par un hésychaste mort en 1959, le Père Joseph, dont d’admirables Lettres spirituelles ont été publiées en Grèce.
On reproche souvent aux moines du Mont Athos leur opposition à l’œcuménisme, et on les accuse volontiers de sacrifier la charité à la vérité. Il nous fut aisé de constater, dès notre premier voyage, alors que nous étions encore catholiques romains et que la pensée de devenir orthodoxes nous était tout-à-fait étrangère, combien les moines de l’Athos savent allier une charité très délicate et pleine d’attentions envers les personnes, quelles que soient leurs convictions et leur appartenance religieuse, à l’intransigeance doctrinale. A leurs yeux d’ailleurs, le total respect de la vérité est l’un des premiers devoirs que leur impose la charité envers autrui.
Ils n’ont aucune position doctrinale particulière, et professent simplement la foi de l’Église orthodoxe: «L’Église est une. Cette Église une et vraie, qui garde la continuité de la vie ecclésiale, c’est-à-dire l’unité de la Tradition, est l’Orthodoxie. Admettre que cette Église une et vraie, à l’état pur, n’existe pas sur terre et qu’elle est partiellement contenue dans les différentes ‘branches’, ce serait (...) ne pas avoir foi en l’Église et en son Chef (2l). »
Simplement, les Athonites tiennent à ce que cette conviction s’inscrive dans les faits. Ils ne peuvent approuver des comportements ou des paroles qui sembleraient impliquer une reconnaissance pratique de la théorie des «branches ». L’unité des chrétiens, qui leur tient à cœur autant qu’à quiconque, ne peut se réaliser que par l’accession des non-orthodoxes à l’intégrité et à la plénitude de la foi apostolique. Elle ne saurait être le fruit de compromis et d’efforts nés d’une aspiration humaine et naturelle à l’unité entre les hommes, qui ferait bon marché du dépôt confié à l’Église. En matière d’œcuménisme comme de vie spirituelle, l’attitude de l’Athos est faite de sobriété et de discernement. Il faut savoir filtrer aussi bien les élans de la sensibilité que les raisonnements de l’esprit, et surtout renoncer à «plaire aux hommes », si l’on veut plaire à Dieu et entrer dans son Royaume.

La question du baptême.

Au cours des premiers entretiens que nous avions eus, au sujet de notre entrée dans l’Orthodoxie, avec le Père Emilianos, Higoumène de Simonos Petra, celui-ci ne nous avait pas caché qu’à ses yeux, le mode normal et le plus indiqué d’entrer dans l’Église orthodoxe était le baptême. Je n’avais jamais réfléchi à cet aspect de l’ecclésiologie orthodoxe, et, sur le moment, j’en fus très surpris. J’étudiais soigneusement le problème, à partir des sources canoniques et patristiques. Plusieurs articles écrits par des théologiens ou des canonistes catholiques ou orthodoxes me parurent très éclairants (22).
Après mûr examen de la question, et avec le plein accord de notre Higoumène, il fut donc décidé, le moment venu, que notre entrée dans l’Église orthodoxe se ferait par le baptême. Le fait a suscité ensuite, dans des milieux catholiques ou orthodoxes peu au courant de la tradition théologique et canonique de l’Église grecque, étonnement et parfois indignation. De nombreuses informations inexactes ayant été diffusées à ce sujet, il me semble nécessaire de donner ici quelques indications historiques et doctrinales qui aideront à bien interpréter les faits.
Dès le IIIe siècle, deux usages se trouvaient en présence dans l’Église pour la réception des hétérodoxes: la réception par l’imposition des mains (ou par la chrismation), et la réitération du rite baptismal déjà reçu dans l’hétérodoxie. Rome n’admettait que l’imposition des mains, et condamnait vigoureusement la réitération du baptême des hérétiques. Les Églises d’Afrique et d’Asie tenaient au contraire pour la seconde pratique, dont les plus fervents défenseurs étaient St Cyprien de Carthage et St Firmilien de Césarée. Ils insistaient sur le lien qui existe entre les sacrements et l’Église. Pour eux, un ministre qui s’écartait de la profession de foi de l’Église s’écartait en même temps de l’Église elle-même, et ne pouvait plus en détenir les sacrements authentiques.
A partir du Ive siècle, la doctrine romaine sur la validité des sacrements des hétérodoxes, soutenue par l’autorité, exceptionnelle dans tout l’Occident, de St Augustin, s’imposa à l’ensemble de l’Église latine, du moins en ce qui concerne le baptême, car la question de la validité des ordinations sacerdotales reçues dans l’hétérodoxie ne fut communément admise en Occident qu’au XIIIe siècle.
En Orient au contraire, grâce surtout à l’influence de St Basile, l’ecclésiologie et la théologie sacramentaire de St Cyprien ne cessèrent jamais d’être considérées comme plus conformes à la tradition et à l’esprit de l’Église que la doctrine de St Augustin. La réception des hétérodoxes par le baptême restait la norme idéale (acribie); cependant, tenant compte de la pratique des Églises où l’on reconnaissait le baptême des hétérodoxes qui ne niaient pas les fondements mêmes de la foi (la doctrine trinitaire), on acceptait, quand des raisons d’économie (c’est-à-dire de condescendance envers la faiblesse humaine) le demandaient, de les recevoir par l’imposition des mains ou la chrismation.
Le principal fondement canonique de la non-reconnaissance en acribie des sacrements des hétérodoxes est le 46e canon apostolique, qui déclare: «L’évêque, le prêtre ou le diacre qui a reconnu le baptême ou l’oblation des hérétiques, nous prescrivons qu’il soit déposé.» Ces canons apostoliques, confirmés par le Vie concile œcuménique (in Trullo), constituent la base du droit canonique orthodoxe. La pratique de l’économie dans certains cas s’autorise du canon! de St Basile le Grand.
A une époque tardive (XVIIe siècle), l’Église orthodoxe russe subit une très forte influence latine, et se rallia partiellement à la thèse augustinienne. Elle décida alors de recevoir les catholiques dans l’Orthodoxie seulement par la confession et une profession de foi. Du point de vue de la théologie orthodoxe traditionnelle, ceci ne peut être admis que comme un recours très large au principe de l’économie.
Ainsi s’expliquent les contradictions apparentes que l’on peut relever dans les textes canoniques des Conciles et des Pères, ainsi que dans la pratique des Églises orthodoxes à travers les siècles. En ce qui concerne la pratique actuelle, la réception des catholiques par le baptême est prescrite très clairement par le Pidalion, recueil canonique officiel des Églises de langue grecque, où le texte des canons est accompagné de commentaires de St Nicodème l’Hagiorite, d’une très grande autorités Pour les territoires relevant du Patriarcat de Constantinople, le décret prescrivant la rebaptisation des catholiques n’a jamais été aboli. Quant à l’Église de Grèce, «ceux qui veulent embrasser l’Orthodoxie doivent être invités à la rebaptisation et seulement là où c’est irréalisable, ils peuvent être reçus par l’onction du Saint Chrême (23).»
L’Athos est une contrée où ne vivent que des moines, qui doivent tendre par état à réaliser le mieux possible toutes les exigences de la vie chrétienne et de la tradition de l’Église. Ils n’exercent aucune activité pastorale, et ne cherchent pas à exercer un quelconque prosélytisme, c’est-à-dire à attirer à l’Orthodoxie des adeptes par des voies de facilité. Il est donc normal qu’ils s’en tiennent, quant à eux, à l’acribie, sans blâmer pour autant ceux qui, placés dans des conditions différentes, recourent à l’économie.
La vocation de l’Athos est l’acribie en tous les domaines; il est normal que les non-orthodoxes qui y deviennent moines y soient reçus par le baptême. Les moines de l’Athos n’en sont pas pour autant des hommes portés à toujours condamner les autres, faisant prévaloir la sévérité sur la miséricorde et attachés à un rigorisme étroit. Le problème se situe à un tout autre niveau.
On a écrit qu’en nous «imposant » un nouveau baptême, les moines de l’Athos nous ont contraints à nier et à bafouer tout notre passé de moines catholiques. On a écrit aussi, à l’inverse, que nous avions demandé le baptême, contrairement au désir de notre higoumène, pour plaire à la fraction la plus rigoriste des moines de l’Athos (24).
Ces affirmations ne correspondent en rien à la réalité. En fait, les moines de l’Athos ne nous ont rien imposé: ils ne nous ont pas obligés à devenir moines de l’Athos, et ils nous laissaient parfaitement libres d’être reçus dans l’Orthodoxie, ailleurs, d’une autre manière. Nous n’avons pas non plus cherché à plaire à qui que ce soit. Mais puisque nous avions choisi, comme il a été dit plus haut, de devenir moines du Mont Athos, nous ne pouvions qu’entrer dans les vues des hommes que nous reconnaissions pour nos Pères et nos frères, et dont la pensée nous était parfaitement connue. Nous avons librement demandé à être reçus par le baptême, en plein accord avec notre higoumène, parce que cette démarche nous paraissait normale et nécessaire à l’Athos, théologiquement juste et canoniquement légitime. Ce n’était pas «renier» notre baptême catholique reçu au nom de la Trinité, mais confesser que tout ce qu’il signifiait s’accomplissait en plénitude par notre entrée dans l’Église orthodoxe. Ce n’était pas nier la communion réelle qui existe entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique sur une grande partie de la doctrine et de la pratique sacramentaire: mais c’était reconnaître que cette communion dans la foi n’est pas parfaite, et que, dès lors, selon la plus exacte théologie orthodoxe, les sacrements catholiques ne peuvent pas être purement et simplement reconnus par l’Église orthodoxe.
On m’a demandé quel jugement rétrospectif nous portions sur les sacrements que nous avions administrés nous-mêmes quand nous étions prêtres de l’Église romaine. Je dirai simplement que l’Église orthodoxe parle plus volontiers d’«authenticité» et de «légitimité», en matière sacramentelle, que de «validité». Seuls les sacrements administrés et reçus dans la communion de l’Église orthodoxe sont «authentiques» et «légitimes», et selon l’ordre normal des choses, la validité, la communication effective de la grâce, dépend de cette légitimité. Mais le Saint-Esprit est libre de ses dons, et il peut les communiquer sans passer par les voies normales du salut, là où il trouve des cœurs bien disposés. St Grégoire le Théologien disait que «de même que beaucoup des nôtres ne sont pas avec nous, parce que leur vie les sépare du corps commun, ainsi par contre beaucoup de ceux qui nous sont extérieurs nous appartiennent, eux dont les mœurs devancent la foi et à qui ne manque que le nom, alors qu’ils possèdent la réalité elle-même»; et il citait le cas de son propre père, avant sa conversion, «rameau étranger si l’on veut, mais par sa vie attaché à nous» (PG. 35, col. 992). Nous ne pouvons donc qu’abandonner cette question, avec une entière confiance, à la miséricorde de Dieu.

Retour en France.

Nous fûmes reçus dans l’Église orthodoxe le 19 juin 1977. Quelques mois plus tard, le 26 février 1978, nous devenions moines de Simonos Petra. Nous avions dit à notre higoumène que nous étions également disposés .à rester sur la Sainte Montagne, ou à rentrer en France, nous en remettant à sa décision. Il jugea préférable que nous nous établissions en France. Ainsi naquirent deux metochia (annexes) de Simonos Petra, l’un à Martel, sur le causse du Quercy, l’autre en Dauphiné, dans une vallée profonde du Vercors.
En raison de leur statut de metochion, ces deux monastères dépendent directement de Simonos Petra, qui, comme tous les monastères athonites, relève du Patriarcat Œcuménique. L’activité extérieure éventuelle des moines s’exerce dans le cadre de la Métropole Orthodoxe Grecque de France, avec la bénédiction de Mgr Mélétios, avec qui nous entretenons des relations étroites et très confiantes.

La situation de l’Église orthodoxe en France.

Entrés dans l’Église orthodoxe, nous n’avons pas été surpris de ne pas y trouver une organisation extérieure exemplaire, parallèle à celle de l’Église catholique. Au cours d’une visite à Belgrade, un peu avant notre entrée dans l’Église, un évêque serbe nous avait dit: «L’Église vous donnera sans doute une impression de pagaille. N’en soyez pas étonnés. C’est inévitable, si l’on veut laisser le Saint-Esprit libre d’agir, et ne pas se substituer à lui.» C’est l’image que donnait déjà l’Église des Pères. Les choses ont changé dans l’Église latine avec les progrès de la centralisation romaine, mais c’est là un autre problème.
La situation avec laquelle nous nous trouvions confrontés en France est rendue plus complexe encore par le fait que l’Église orthodoxe s’y est implantée à la faveur des diverses émigrations russes et grecques. Il en a résulté une pluralité de juridictions sur un même territoire, qui est une grave anomalie canonique. Les particularismes nationaux qui ont marqué assez fortement les différents groupes sont une autre anomalie, liée d’ailleurs à la précédente. Mais nous sommes là en présence d’un fait, commun à toutes les diasporas, et il serait utopique de prétendre y remédier rapidement. Dans des conditions difficiles, la multiplicité des juridictions présente aussi des avantages, et peut contribuer à la préservation d’une authentique liberté spirituelle.
Les juridictions ne sont, fondamentalement, que des diocèses, qui ont le défaut d’être localement imbriqués les uns dans les autres, mais qui sont tous l’Église du Christ. Le fait qu’ils relèvent d’Églises-mères différentes n’y change rien. Dans chaque paroisse où la divine Liturgie est célébrée, c’est l’Église de Dieu qui est présente; il faut en être conscient avant tout, et ne pas faire des appartenances juridictionnelles des cloisons étanches. Quand St Irénée célébrait à Lyon, ce n’était pas l’église de Smyrne qui était représentée; la communautê rassemblée, composée de commerçants grecs et de néophytes gaulois, était simplement l’Église de Dieu à Lyon. Si l’on parvient un jour à unifier toutes les paroisses orthodoxes en France sous l’autorité d’un unique archevêque, et à établir des diocèses territoriaux, ce sera certainement un bien, car la situation redeviendrait conforme aux saints canons. Mais, en définitive, cette Église unifiée dans sa structure ne sera pas davantage «l’Église de France», ou plutôt «l’Église de Dieu en France», que la mosaïque juridictionnelle actuelle. Et une autonomie prématurée ne serait pas sans périls.
Ce qui importe avant tout, c’est d’avoir le sens et l’amour de l’unité de l’Église. Entre Orthodoxes, il est inévitable, et il est même sain, qu’il y ait des divergences d’opinions et de tendances. Mais dès lors que ces divergences ne portent que sur des points secondaires et ne mettent en cause ni la foi, ni la discipline fondamentale de l’Église, elles ne doivent jamais entraîner des inimitiés, des exclusions, encore moins des ruptures de communion.
Notre position de moines de l’Athos en France a l’avantage de nous placer en dehors de certains antagonismes juridictionnels. L’Athos a depuis des siècles une vocation inter-orthodoxe. Des moines de nationalités très diverses s’y côtoient, dans le sentiment d’une commune appartenance au «Jardin de la Mère de Dieu». Nous aimerions que notre présence en France soit ainsi un facteur d’union et de convergence spirituelle entre Orthodoxes d’origine diverse.


Un vieux moine de la Sainte Montagne nous avait dit un jour: «Vous n’êtes pas des catholiques romains convertis à l’Orthodoxie grecque. Vous êtes des chrétiens d’Occident, des membres de l’Église de Rome, qui rentrez en communion avec l’Église universelle. C’est beaucoup plus grand et beaucoup plus important.» Et, tandis qu’il disait cela, de grosses larmes coulaient sur ses joues... Certes, nous nous sommes bien «convertis», en ce sens que nous sommes passés de l’Église romaine, envers laquelle nous gardons une immense gratitude pour tout ce que nous avons reçu au sein de nos familles et de ce peuple chrétien qui nous a si longtemps portés, — à l’Église orthodoxe.
Mais cette Église orthodoxe n’est pas une Église «orientale», une expression orientale de la foi chrétienne: elle est l’Église du Christ. Sa tradition fut la tradition commune de tous les chrétiens pendant les premiers siècles, et en entrant en communion avec elle, nous ne faisions que revenir à cette source. Nous n’avons pas «changé d’Église»: nous n’avons fait que passer d’un rameau séparé de l’unique Église à la plénitude de celle-ci.
Nous nous sentons pleinement du nombre de ces chrétiens d’Occident qui «en demandant à être reçus dans l’Église orthodoxe n’ont cependant pas renié ce qui, en Occident, et plus particulièrement en leur patrie, avant et depuis les séparations et le schisme, porte la marque de l’Esprit de Dieu qui souffle où il veut (25).»
Moines orthodoxes appelés à vivre en terre de France de la tradition de la Sainte Montagne, nous savons que la mission du moine «n’est pas de faire quelque chose par ses possibilités, mais de porter par sa vie le témoignage que la mort a été vaincue. Et cela, il ne le fait qu’en s’enterrant lui-même comme un grain dans la terre (26).»


(21) S. Boulgakov, L’Orthodoxie, Lausanne, 1980, p. 101-102.
(22) Cf. notamment l’excellente étude de Y. Congar sur «I’Économie»: «Les théologiens orthodoxes, à l’exception de quelques-uns, (...) en restent à une affirmation massive selon laquelle il n’y a vraiment sacrements que dans l’unique Église... Cette position (...) semble bien approcher d’une position commune et traduire un fond traditionnel de la pensée orthodoxe» (Y. Congar, Propos en vue d’une théologie de l'«Économie» dans la tradition latine, dans «Irenikon», 1972, p. 180 et 183). L’auteur anonyme de l’éditorial de ce même numéro d’Irenikon soulignait judicieusement les limites de la théologie augustinienne qui a prévalu en Occident, en ce qui concerne les sacrements des hétérodoxes:
«Depuis le XIIIe siècle, une erreur d’optique a détaché, chez nous, les sacrements de l’ecclésiologie. Ce fait nous paraît être l’aboutissement logique de la lente évolution des positions assumées par l’Occident depuis la lutte contre le donatisme. Progressivement, la théologie du Saint-Esprit en a fait les frais jusqu’à une élimination presque complète de son rôle dans la relation entre les sacrements et l’Église. Vatican II a essayé d’y remédier. Très timidement. Quelquefois maladroitement, avec plus de bonne volonté que de vision d’ensemble» (I.e., p. 153-154). On peut dire en tout cas que, dans l’ensemble de la tradition, depuis le IIIe siècle, il n’a jamais existé une unanimité en faveur de la reconnaissance des sacrements des hétérodoxes; et dans les églises non-latines, c’est bien plutôt la position opposée qui a prévalu. Cf. aussi P. L’Huillier, Les divers modes de réception dans l’Orthodoxie des Catholiques romains, dans « Le Messager orthodoxe », n° 82, 1979/1, et id., Économie ecclésiastique et réitération des sacrements, dans «Irénikon », 1937, p. 228-247 et 338-362.
(23) P. L’Huillier, art. cit., p. 22 et note 25.
(24) Cette «information» a été diffusée par une note confidentielle adressée par le «Secrétariat monastique» aux monastères catholiques francophones; il s’agit du motif qui aurait incité «le Père Placide et ses compagnons» à demander le baptême contre la volonté de leur higoumène (!): «En agissant de la sorte, ceux-ci auront sans doute voulu se concilier les faveurs de la patrie intégriste du monachisme athonite, dont ils pouvaient redouter une attitude de réserve critique, voire même d’hostilité» (Bulletin du Secrétariat monastique, Octobre 1977).
(25) E. Behr-Sigel, dans « Contacts», n°45 (1964/1), p.49.
(26) Archimandrite Basile, Higoumène de Stavronikita, dans «Contacts», n°89 (1975/ 1), p. 101.

dimanche, mai 07, 2006

Dimanche des Myrophores

Lucernaire, t 2
Les Myrophores de bon matin, prenant des aromates, vinrent au sépulcre du Seigneur et, trouvant ce qu'elles n'attendaient point, s'inquiétèrent du changement survenu et, devant la pierre roulée, l'une à l'autre se disaient: Où sont les scellés du tombeau, où est la garde que Pilate à envoyée avec tant de précaution? Mais leur incertitude fut dissipée quand elles virent l'Ange resplendissant qui leur demanda: Pourquoi cherchez-vous avec des larmes celui qui vit et vivifie le genre humain? II est ressuscité d'entre les morts, le Christ, notre Dieu tout-puissant, qui nous accorde à tous l’immortelle vie, l’illumination et la grâce du salut
Pourquoi mêler vos pleurs à la myrrhe que vous portez? La pierre est roulée, la tombe vidée. Voyez comment la vie a triomphé de la mort, le témoignage éclatant que rendent les scellés, voyez quel sommeil appesantit la garde des impies ; ce qui jadis était soumis à la mort est sauvé par la chair de notre Dieu, l'Enfer exhale sa douleur. Courez donc avec joie vers les Apôtres et dites-leur: Le Christ vainqueur de la mort et premier-né d'entre les morts vous précède en Galilée.
Les Myrophores, parties de bon matin et joignant ton sépulcre avec empressement, te cherchaient, ô Christ, pour embaumer ton corps immaculé; mais, après tes paroles que l'Ange leur adressa, elles coururent vers les Apôtres en messagères de joie, disant: Il est ressuscité, le Principe de notre salut; vainqueur de la mort, au monde il a porté grande miséricorde et immortelle vie.

Gloire au Père, t. 6

Les femmes porteuses de parfums, arrivées devant le tombeau et du sépulcre voyant les scellés, mais ne trouvant pas ton corps immaculé, après l'empressement de leur venue, maintenant gémissaient en disant: Qui nous a dérobé notre espoir, qui a pris un cadavre nu et embaumé qui pour une Mère était la seule consolation? Hélas, comment fut mis à mort celui qui vivifie le genre humain, comment fut mis en tombe le vainqueur de l’Enfer? Mais, dans ta puissance, Sauveur, ressuscite le troisième jour, ainsi que tu l'as dit, pour accorder à nos âmes la grâce du salut

Maintenant, t. 2
Dogmatique

L'ombre de la Loi s'évanouit devant la grâce et, comme brûlait le buisson ardent sans être consumé, ô Vierge tu as enfanté et vierge tu es demeurée; le Soleil de justice s'est levé au lieu de la colonne de feu; à la place de Moïse voici le Christ, le Sauveur de nos âmes.

Entrée. Lumière joyeuse.

Prokimenon, t. 6
Le Seigneur règne, revêtu de majesté. Vts: 1. Le Seigneur s'est revêtu de puissance, il l’a nouée comme ceinture à ses reins. 2, Tu fixas l'univers, inébranlable, ton trône est stable pour toujours. 3. A ta demeure convient la sainteté, Seigneur, pour la suite des jours.

Apostiche, t. 2
Ta Résurrection, ô Christ Sauveur, illumine tout l'univers, en ta grâce tu rappelles ta propre création: Seigneur tout-puissant, gloire à toi.

samedi, mai 06, 2006

LA DIDACHÈ (Fin)
ou Enseignement des douze apôtres
Enseignement du Seigneur transmis par les douze apôtres aux nations.
Chapitres XIV, XV et XIV

XIV
1. - Chaque dimanche, vous étant assemblés, rompez le pain et rendez grâces, après vous être mutuellement confessé vos transgressions, afin que votre sacrifice soit pur.
2. - Mais que quiconque a un dissentiment avec son prochain ne se joigne pas à vous jusqu'à ce qu'ils se soient réconciliés, afin que votre sacrifice ne soit pas profané. Car voici l'(offrande) dont a parlé le Seigneur :
3. - " En tout temps et en tout lieu on me présentera une offrande pure, car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon Nom est admirable parmi les nations. " (Malachie)

XV
1. - Elisez-vous donc des évêques et des diacres dignes du Seigneur, hommes doux et désintéressés, véridiques et éprouvés, car pour vous ils remplissent, eux aussi, l'office de prophètes et de docteurs.
2. - Ne les méprisez donc pas, car ils doivent être honorés parmi vous en communauté avec (au même titre que) les prophètes et les docteurs.
3. - Reprenez-vous les uns les autres, non pas en colère mais en paix, comme vous en avez l'ordre dans l'Evangile et celui qui manque à son prochain, que nul d'entre vous ne lui parle ni ne l'écoute jusqu'à ce qu'il se soit repenti.
4. - Mais vos prières et vos aumônes et toutes vos actions, faites-les comme vous en avez l'ordre dans l'Evangile de notre Seigneur.

XVI
1. - Veillez sur votre vie. Que vos lampes ne s'éteignent pas et que vos reins ne se déceignent pas, mais soyez prêts, car vous ne savez pas l'heure où notre Seigneur viendra.
2. - Réunissez-vous fréquemment, cherchant ce qui convient à vos âmes, car tout le temps de votre foi ne vous servira de rien si au dernier moment vous n'êtes pas devenus parfaits.
3. - Car dans les derniers jours les faux prophètes et les corrupteurs se multiplieront, les brebis se changeront en loups et l'amour se changera en haine; car, l'iniquité ayant augmenté (les hommes) se haïront les uns les autres et se persécuteront et se trahiront.
4. - Alors paraîtra le Séducteur du monde (se donnant) comme fils de Dieu et il fera des signes et des prodiges et la terre sera livrée entre ses mains et il commettra des forfaits tels qu'il n'y en a point eu depuis l'origine des temps.
5. - Alors toute la création humaine entrera dans le feu de l'épreuve et beaucoup succomberont et périront; mais ceux qui auront persévéré dans leur foi seront sauvés de cet anathème.
6. - Et alors paraîtront les signes de la vérité; d'abord le signe de l'ouverture du ciel, puis le signe du son de la trompette et troisièmement la résurrection des morts, non de tous, il est vrai, mais comme il est dit : " Le Seigneur viendra et tous les saints avec Lui ! "
7. - Alors le monde verra le Seigneur venant sur les nuées du Ciel.

vendredi, mai 05, 2006

Le 5 mai, mémoire de Saint Ephrem le Nouvel Apparu

On ne connaissait rien de ce Saint Hiéromartyr jusqu'au 3 janvier 1950, date à laquelle il révéla le lieu de sa sépulture, dans l'ancien Monastère de l'Annonciation sur le mont des Immaculés (Amômoi), à Néa-Makri en Attique. Depuis 1965 et jusqu'à maintenant, le Saint est apparu à de très nombreuses reprises, à des Moniales du couvent, ou à des pèlerins, dans leur sommeil ou de manière évidente, accompagné d'une grande lumière et d'un suave parfum, leur racontant, avec des détails d'une concordance frappante, sa vie et les circonstances de son martyre.
Ephrem était devenu Moine à l'âge de quatorze ans dans ce Monastère qui était alors florissant. Au bout de vingt-sept années de vie ascétique, il fut pris par les Turcs, qui décapitèrent tous les autres Moines et détruisirent le Monastère ; et, du 14 septembre 1425 jusqu'au 5 mai 1426, il fut soumis à de nombreux supplices. Finalement, les barbares le pendirent la tête en bas à un mûrier, lui clouèrent les pieds et la tête sur l'arbre, puis ils livrèrent son corps aux flammes.
Depuis cette révélation, le Saint n'a pas cessé de montrer qu'il est bien vivant en Dieu, par quantité d'apparitions et de guérisons. Il se présente sous l'aspect d'un ascète au visage émacié ou avec ses ornements sacerdotaux, décline son identité en disant : « On m'appelle Ephrem ! » Il guérit les uns de maux incurables, raffermit la foi chancelante des autres, délivre du danger ou de 1'incendie, ou encore console ceux qui sont affligés, en leur montrant quelles souffrances il a lui-même endurées pour l'amour du Christ.
En 1982, Saint Ephrem est apparu à un fidèle, en compagnie du saint Hiéromartyr Raphaël de Mytilène, lui aussi révélé en ces derniers temps dans des circonstances fort semblables. Le Seigneur semble ainsi vouloir montrer prophétiquement qu'aujourd'hui comme hier, Il se complaît dans Ses Saints et répand par eux Sa grâce pour l'édification de l'Eglise et la consolation des fidèles.

En hommage à C.
Immigration choisie ?

le Bloc identitaire écrit aux ambassadeurs des pays concernés :

A l’occasion de l’examen du projet de loi sur l’immigration présenté par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, le Bloc Identitaire a décidé d’interpeller les ambassadeurs des pays directement concernés par cette initiative.
Par ce courrier, le Bloc Identitaire entend recueillir le sentiment d’un certain nombre d’Ambassadeurs de pays d’Afrique et du Maghreb sur le concept d’”immigration choisie” qui pourrait avoir de graves conséquences sur l’économie et l’encadrement de pays en voie de développement.
L’action s’inscrit également dans le cadre d’une défense active des salariés européens que cette concurrence risque également de fragiliser.
Cette missive a notamment été adressée - ce jour - aux ambassadeurs des pays suivants : Algérie, Tunisie, Maroc, Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Kenya, Liban, Lybie, Madagascar, Maurice, Sénégal, Soudan et Tchad.

Nice, le 2 mai 2006
Monsieur l’Ambassadeur,

Le Bloc Identitaire est un mouvement fondé au mois d’avril 2003 lors des Assises identitaires de Mâcon. Avec le mouvement de jeunesse - Jeunesses Identitaires - le Bloc se donne pour objectif de fédérer les jeunes Français et Européens fiers de leurs racines et de leur héritage. Mais au-delà, le Bloc Identitaire se bat contre tous les impérialismes et pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est à ce titre que nous vous écrivons.
Vous n’êtes pas sans savoir, le Gouvernement Français envisage de faire légiférer le Parlement sur le problème de l’immigration afin notamment de mettre en place une « immigration choisie ».
La définition de celle-ci et son application nous semblent particulièrement préjudiciables aux intérêts de nos deux peuples.
De votre point de vue, cette « immigration choisie » aura comme principal effet néfaste de priver votre pays d’une élite nécessaire au développement de son économie, de sa recherche ainsi qu’à l’encadrement et à l’enseignement de votre jeunesse.
Cette traite des cerveaux, aux relents colonialistes, dénote une conception de la géopolitique qui n’est pas la nôtre. Les Identitaires, qui réaffirment donc le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, refusent donc d’aliéner celui de peuples et de cultures différentes tels que les vôtres.
De notre point de vue, le continent européen, comme la France, doivent savoir se remettre en question, repenser leur organisation et leur développement économique sur des fondements identitaires et sociaux. L’appel à une main d’œuvre étrangère, fut-elle qualifiée, ne résoudra en rien les problèmes sociaux liés au développement de l’économie libérale et à la mondialisation.
Qui plus est, l’immigration, quelle que soit son origine, ne génère, l’histoire l’a montrée, que déracinement et conflits ethno-sociaux. Elle n’est donc une solution pour personne !
Nous pensons que la France n’a pas les moyens d’accueillir une immigration massive, fut-elle présentée comme « choisie » et qu’elle gagnerait donc à permettre le développement des pays tiers, plutôt qu’à tenter de les priver d’élites.
Persuadés que vous comprendrez qu’il est nécessaire, à ce stade du débat français, que votre pays se manifeste et fasse connaître son opposition à cette forme de colonialisme, nous avons tenu à solliciter votre position et vous invitons à la faire connaître à l’occasion des débats français.

Dans l’attente de votre réponse, nous avons l’honneur, Votre Excellence, de vous présenter l’expression de notre très haute considération.
Fabrice Robert
Président du Bloc Identitaire

Conférence à Vienne :
« Donner une âme à l’Europe »


Aujourd’hui, 5 mai se termine, à Vienne, en Autriche, une rencontre organisée conjointement par le Vatican et le Patriarcat de Moscou sur le thème « Donner une âme à l’Europe: mission pour les Eglises ». Elle est co-présidée par le cardinal Paul Poupard et le métropolite Cyrille de Smolensk.
Dans le message qu’il a envoyé, le patriarche russe Alexis II déclare : « C’est ma conviction que nos Eglises, qui demeurent fidèles à la tradition apostolique concernant les bases de la vision du monde chrétienne, doivent agir ensemble pour défendre les valeurs chrétiennes fondamentales ».
Dans le discours prononcé mercredi 3 mai, le métropolite Cyrille a adressé une mise en garde contre l’abandon des racines chrétiennes de l’Europe. Il a notamment précisé : « L’histoire de la Russie au XXe siècle doit servir d’avertissement à l’Europe contemporaine : l’abandon des fondations spirituelles et culturelles d’une civilisation constitue une sérieuse menace pour la civilisation elle-même ».
Ont été abordés lors de cette conférence : les « fondations » de l’Europe, « la globalisation et la modernité, les sectes et les nouvelles formes de non croyance et l'indifférence religieuse, du ressourcement spirituel à l'aube du troisième millénaire, de l'influence de l'éthique chrétienne en politique, dans l’économie et dans les médias », ainsi que «la coopération entre les Eglises pour les valeurs chrétiennes dans la culture européenne ».
Source

jeudi, mai 04, 2006

Etapes d'un pélerinage (6)
II. Le monastère d’Aubazine (suite)
(1966-1977)

par l'Archimandrite Placide (Deseille)

Une expérience prophétique?

Pendant plusieurs années, une thèse soutenue par certains œcuménistes catholiques, sincèrement favorables à l’Orthodoxie, m’avait semblé séduisante. Vraie, elle aurait donné tout son sens à ce que nous tentions de vivre à Aubazine.
Selon ces théologiens — l’un des plus remarquables était le Père Louis Bouyer — l’Église catholique et l’Eglise orthodoxe n’ont jamais cessé d’être unies, malgré les apparences. Elles sont deux Églises locales, ou plutôt deux groupes d’Églises locales, qui réalisent chacune, d’une manière différente, mais équivalente, la plénitude de l’Église du Christ. Entre elles, il existe une brouille séculaire, fondée sur des malentendus, mais elles ne sont pas réellement séparées, elles n’ont jamais cessé de former, ensemble, l’unique Église visible du Christ.
Si on admet cette thèse, on peut aller jusqu’à dire que l’Église orthodoxe a gardé mieux que l’Église romaine certains aspects de la tradition originelle de l’Église, mais que l’Église catholique romaine n’a cependant rien abandonné ni modifié d’essentiel, et qu’elle a mieux développé que l’Église orthodoxe d’autres aspects de la vie chrétienne, notamment le sens missionnaire et le sens de l’universalité, tout en ayant su mieux s’adapter au monde moderne. Le rétablissement plénier de la communion, auquel aucun empêchement théorique ne s’opposerait, apporterait à l’une et à l’autre un enrichissement considérable, et permettrait à l’Église romaine de surmonter les difficultés de la période post-conciliaire.
Une expérience comme celle que nous menions à Aubazine prenait dès lors un grand intérêt et revêtait une signification en quelque sorte prophétique. Un bon nombre de nos amis catholiques, et peut-être certains de nos amis orthodoxes, avaient adopté, plus ou moins consciemment, cette façon de voir, que la levée de l’excommunication de 1054 et l’appellation d’Églises sœurs, souvent utilisée par Rome, semblait autoriser.
Peu à peu cependant, non sans souffrance et sans un déchirement intérieur, nous avons réalisé que cette conception était une illusion, généreuse, certes, mais en contradiction avec les données les plus certaines de l’ecclésiologie. Il n’est pas possible que deux Églises qui ne sont plus en communion sacramentelle depuis plus de mille ans, et dont l’une a défini comme dogmes de foi ce que l’autre rejette comme contraire à la foi apostolique, soient ensemble l’Église du Christ. Ce serait admettre que les Portes de l’enfer ont prévalu contre elle, que la division est entrée à l’intérieur de l’Église elle-même. Les Pères auraient été unanimes à rejeter une telle doctrine. Le fait, d’ailleurs, que l’Église catholique romaine nomme, depuis des siècles, des évêques catholiques, uniates ou latins, sur des sièges épiscopaux qui ont déjà un titulaire orthodoxe est un signe manifeste de la non-identité des deux Églises, même au plan local.

Dernières étapes.

Ce n’est que très progressivement que je parvins à la conviction que l’Église orthodoxe est l’Église du Christ en sa plénitude, et que l’Église catholique romaine en est un membre séparé. Un tel cheminement était sans doute plus facile pour des hommes plus jeunes, ou moins insérés que je l’étais dans l’Église romaine. Chez un catholique de ma génération, l’idée de la primauté pontificale était fortement enracinée. D’autre part, à la Trappe, j’avais encore connu la tradition latine dans une de ses expressions les plus pures, bien sauvegardée jusqu’à une date très récente. J’avais aussi connu des moines, des religieuses, des chrétiens fervents qui rayonnaient d’une vie spirituelle profonde. La vie de beaucoup de saints catholiques m’était familière; leur sainteté me paraissait indubitable, et proche de celle des saints orthodoxes. Je percevais, et j’aimais, tout ce qu’il y avait de christianisme authentique, - je serais tenté de dire maintenant: de réelles survivances orthodoxes - chez les catholiques romains.
Pourtant, vers la fin de l’année 1976, la certitude s’était imposée à mes frères d’Aubazine et à moi-même que nous ne pouvions plus hésiter. Nous devions envisager notre entrée dans l’Église orthodoxe. Fallait-il le faire rapidement, ou attendre des circonstances favorables? Des objections se présentaient. Nous étions assez connus dans le monde catholique. Notre monastère exerçait un rayonnement modeste, mais réel. N’était-il pas préférable, pour le moment, de rester parmi les catholiques romains, pour les aider à retrouver leurs racines, à retourner aux sources communes des deux traditions? Cette attitude n’était-elle pas plus prudente, plus conforme aux exigences de la charité, plus propre à favoriser l’union des chrétiens? N’était-ce pas, d’ailleurs, le seul moyen de sauvegarder l’existence même de notre monastère d’Aubazine, et donc de continuer l’œuvre entreprise?
Mais comment rester, en toute loyauté, membres de l’Église catholique, et donc continuer à en professer extérieurement tous les dogmes, alors que nous avions la conviction que certains de ces dogmes s’écartaient de la Tradition de l’Église? Comment continuer à participer à la même eucharistie, alors que nous avions conscience de diverger dans la foi ? Comment rester à l’extérieur de l’Église orthodoxe, hors de laquelle il ne pourrait assurément pas y avoir de salut et de vie dans l’Esprit pour ceux qui, l’ayant reconnue comme l’Église du Christ, se refuseraient à y entrer pour des motifs humains ? Céder à des considérations de diplomatie œcuménique, d’opportunité, de commodité personnelle, eût été, dans notre cas, chercher à plaire aux hommes plutôt qu’à Dieu, et mentir à Dieu et aux hommes. Rien n’aurait pu justifier cette duplicité.
Où convenait-il que nous fussions reçus dans l’Église ? Nous savions que la situation de l’Église orthodoxe en France est délicate, que ses évêques doivent tenir compte de la présence d’une Église catholique fortement majoritaire, et entretenir avec sa hiérarchie d’aussi bons rapports que possible. Nous redoutions que notre entrée dans l’Orthodoxie ne suscite une forte opposition dans certains milieux catholiques, et que cela ne porte préjudice à l’Église orthodoxe en France. La suite des événements nous a d’ailleurs donné raison sur ce point, bien au-delà de nos prévisions. Plusieurs personnalités orthodoxes consultées alors ne nous ont pas caché qu’il serait en effet opportun que notre réception ait lieu hors de France.
Au cours des années précédentes, nous avions fait divers voyages dans des pays orthodoxes: Roumanie, Serbie, Grèce et Mont-Athos. Nous ne songions pas alors à entrer dans l’Église orthodoxe, mais nous voulions acquérir une connaissance directe de l’Orthodoxie et nous initier à sa vie liturgique et monastique. La Roumanie nous avait particulièrement attirés, par l’alliance et la compénétration que nous y avions constatées entre un monachisme très vivant, qui comptait des personnalités spirituelles remarquables, et un peuple animé d’une foi et d’une piété profondes. Mais la situation intérieure du pays ne nous semblait pas permettre, maintenant que se posait le problème de notre réception dans l’Église orthodoxe, l’établissement d’un lien canonique entre nous et cette Église, qui nous est toujours restée très chère. Un ensemble de circonstances, où il nous eût été difficile de ne pas voir la main de Dieu, nous ouvrit les portes du monastère de Simonos Petra, au Mont Athos.
Notre décision prise, j’étais allé voir, le 2 avril 1977, l’évêque catholique de Tulle, Mgr. Brunon, de qui nous dépendions. Un autre membre de notre communauté m’accompagnait. L’évêque nous écouta longuement, avec une réelle bienveillance. Il reconnaissait que notre décision n’avait pas été prise à la légère, mais était intervenue au terme de longues années de prière et de réflexion. Il ajoutait qu’à son point de vue, nous ne méritions ni blâme ni reproches, mais qu’il faudrait agir avec prudence et discrétion pour éviter tout étonnement et tout trouble autour de nous. Il espérait même que notre démarche pourrait être comprise et acceptée par Rome, espoir que les faits devaient rapidement démentir. Il pensait lui aussi qu’il était préférable que nous soyons reçus dans l’Église orthodoxe en Grèce ou à la Sainte-Montagne, et non en France, pour éviter de susciter d’inutiles problèmes.
A sa demande, nous nous rendîmes peu après à Rome, pour nous entretenir avec le cardinal Paul Philippe, alors Préfet de la Congrégation pour les Églises orientales unies à Rome. Le 14 avril, nous étions reçus par lui. Il était très bien disposé à notre égard. Mais nous vîmes tout de suite que le problème de fond ne pourrait être abordé. Il nous dit: «Pour ma part, je crois qu’il n’y a aucune divergence réelle de foi entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Vous pouvez adopter toute la doctrine orthodoxe, tout le rite orthodoxe, toute la spiritualité et la vie monastique orthodoxe, tout en restant unis à Rome» Et il nous assura qu’il était disposé à nous octroyer les plus grandes facilités pour que nous puissions poursuivre notre expérience à Aubazine, dans le cadre de l’Église catholique. Mais la question n’était plus là, et nous ne pouvions nous engager dans cette voie.
Dans la suite, l’évêque de Tulle adopta à notre égard une attitude beaucoup moins conciliante, et nous mit en demeure de quitter les locaux que nous avions nous-mêmes construits à Aubazine. Il intervint dans ce sens auprès des instances œcuméniques catholiques et des autorités orthodoxes.
A la même époque, nous étions allés voir le Père Abbé de Belle-fontaine, Dom Emmanuel Coutant, qui demeurait mon supérieur canonique, pour lui expliquer notre décision. Il en fut surpris, et nous dit nettement et franchement qu’il ne pouvait que la désapprouver. Mais il ajouta qu’il respectait notre conscience, se refusait à nous condamner et tenait à garder avec nous les relations les plus confiantes et les plus fraternelles. Dans la suite, il ne se départit jamais de cette attitude pleine de franchise et de charité évangélique.

mercredi, mai 03, 2006

La question copte interpelle l'Europe
JG Malliarakis

Commençons ces lignes par un constat de carence personnelle : j'ai forcément mal lu le site de la présidence de la république française. J'y ai certes trouvé la Lettre de condoléances de M. Chirac, adressée à M. Mohamed Hosni Moubarak, président de la République arabe d'Egypte, à la suite des attentats ayant frappé la ville de Dahab, en date du 25 avril. Je n'ai rien trouvé à propos des trois attentats commis le 14 avril dans des églises de la veille symbolique d'Alexandrie.
Pourtant le 20 avril, au Caire le même Chirac prononçait un discours devant la communauté française établie en Egypte ; et encore un autre à Chourouq à l'Université française d'Egypte. Le mot copte n'y figure pas.

M. Chirac n'a certainement pas lu le Quatuor d'Alexandrie, puisque l'auteur est anglo-saxon. Il cite Champollion, et il parle de dialogue des cultures mais il ignore peut-être que le Coran n'a été écrit, pardon : dicté, dans aucune des trois langues de la pierre de Rosette.

Les attentats islamistes, en effet, commis le 14 avril à Alexandrie contre des églises coptes n’ont pas "seulement" fait un mort et cinq blessés parmi les pacifiques fidèles de cette communauté chrétienne : ils interpellent d’abord la faiblesse de l’Occident, et la "nullité" — pour une fois le mot est à sa place — de cette Europe institutionnelle, cette Europe des gros États, qui osent parler de Paix sans connaître le vrai sens de ce mot.

Sur les bases de données, de la CIA la population actuelle de l’Égypte est évaluée actuellement à 79 millions de personnes.
De manière un peu arbitraire l’information américaine considère que 98 % des habitants de ce pays appartiendraient à « l’ethnie égyptienne », le reste se partageant entre une poussière d’apports berbères, bédouins, français, anglais, grecs, italiens, arméniens, etc.

Autrement dit, non seulement le partage entre le Delta du Nil et la Haute Égypte et les portes de la Nubie, observable à l’œil nu pour le plus ingénu des touristes, comme immuable depuis l’Antiquité pharaonique, n’est pas pris en compte par les fonctionnaires du renseignement occidental, mais il est posé en principe que les minorités religieuses du pays ne forment pas une nation distincte. — Sur ce dernier point tout le monde est d’accord.

Les Coptes, principal groupe chrétien égyptien représentent aujourd’hui 9 % de la population, environ 7 millions de personnes, les autres chrétiens comptant pour environ 1 %. Il s'agit numériquement de la plus importante population chrétienne du Proche Orient.
En dehors du fait qu’ils sont en général d’un niveau intellectuel et économique supérieur à celui du reste de la nation égyptienne ; les Coptes d’Égypte, élites du pays, appartiennent globalement, au même peuple que les musulmans. Ils se veulent éventuellement « plus égyptiens » que leurs compatriotes. Leur langue liturgique dérive de l'égyptien démotique de l’Antiquité. Et, depuis des siècles, et depuis l’invasion arabe (démographiquement superficielle) du VIIe siècle, et, aux époques de domination des fatimides venus du Maghreb, des ayoubides venus de Syrie, des mamelouks venus de Turquie, etc, ils ne se sont pas, par définition, mélangés, la loi coranique étant très stricte sur ce point, avec aucun des conquérants musulmans étrangers.

Ce point n’est nullement anecdotique. Dans la plupart des pays à majorité musulmane, les islamistes se réfèrent à une sorte de « complexe identitaire » qui rejetterait les minorités chrétiennes, juives ou païennes (zoroastriens de Perse, yézidis du Kurdistan, etc.) comme plus ou moins « étrangères ». C’est toujours ridicule en définitive et c'est surtout odieux. Car la plupart de ces religions sont implantées, dans les pays considérés, depuis des temps immémoriaux et antérieurement à l’islam. Celui-ci n’est d’ailleurs devenu majoritaire que de façon tout à fait tardive : « l’âge d’or de la civilisation arabe » est en général caractérisé par l’existence de majorités chrétiennes dans la population civile, les musulmans détenant surtout le monopole du sabre. Pour des raisons fiscales, la conversion à l'islam a ruiné les économies.

Dans le cas de l’Égypte l’exemple copte est indiscutable.
Ce que les islamistes leur reprochent ce n’est pas seulement d’être plus instruits, plus travailleurs et moins parasitaires, ce qui est évidemment insupportable aux yeux de l’obscurantisme prédateur : c’est d’être plus ouverts à l’Occident.

Un point doit être éclairci au sujet de ce dernier concept : sur les fiches de la CIA il est indiqué que les élites égyptiennes parlent couramment l’anglais « et le français ». L’Occident tel que les Égyptiens le connaissent en général, et les Coptes en particulier, ce ne sont pas seulement « les Anglo-saxons ». Pour les Égyptiens en général et les Coptes en particulier, la France cela compte beaucoup. Cela comptait.

Or, la France mène encore une politique étrangère définie par les gens « très intelligents » du quai d’Orsay. Il ne faut pas dire qu’ils n’ont pas changé depuis Gobineau, Paul Morand ou « la fin des ambassades » de Roger Peyrefitte. Ils sont pires : l’ENA est passée par là, 60 ans de lecture du Monde, de catho-progressisme, de certitudes bien-pensantes de gauche : les amitiés traditionnelles de la France, cela ne compte pas – les élites parlant français cela devient suspect dès lors qu’éventuellement ce soient des « ennemis de classe », voire (pire encore) des « agents économiques anglo-saxons ».

Dans l’affaire des menaces grandissantes contre les Coptes, les Français, pardon : les « Français officiels » se sont une fois de plus ridiculisés, pour ne pas dire : déshonorés.

Comment « le Figaro » du 17 avril recense-t-il les attentats anticoptes d'Alexandrie ? Le titre est clair, dans son ambiguïté : ce sont des « incidents entre Coptes et Musulmans ».

M. Chirac vient-il la semaine suivante rencontrer Moubarak. Qu’est-il dit officiellement du droit des Coptes par le représentant officiel du « pays des Droits de l’homme » ? Rien. Ni au Caire ni à Paris.

Une rumeur publique invérifiable fait de l’épouse du chef de l’État une coreligionnaire de sainte Bernadette. Qu’a-t-elle dit ? Rien. Ni au Caire ni à Paris, ni en Corrèze.

Or, on doit bien comprendre que la période est cruciale : le patriarche copte Chenouda III a accepté, une fois de plus, par pure diplomatie, malgré des hésitations, pour la Pâques orthodoxe du 23 avril de recevoir les salamalecs hypocrites des autorités officielles gouvernementales et musulmanes.

Car une fois de plus le gouvernement Moubarak s’est scandaleusement employé à noyer le poisson : les attentats islamiques seraient, à l’en croire, l’œuvre de « fous ». Un peu gros n’est-ce pas ? Et au même moment on apprend que 900 islamo-terroristes responsables d’attentats criminels contre des touristes et des chrétiens étaient libérés, amnistiés, blanchis.

La question aujourd’hui n’est donc pas de « prendre parti entre chrétiens et musulmans » mais d’aider précisément les fameux « modérés » en exigeant du gouvernement égyptien qu’il respecte les libertés de ses propres concitoyens. Ce n’est pas rendre service à M. Moubarak que d’accepter l’impunité de l’islamo-terrorisme sous prétexte que les Frères Musulmans ont obtenu quelques sièges supplémentaires à l’Assemblée égyptienne aux élections de 2005.

Pour toutes ces raisons, il faut (...) exiger en effet que l'Europe fasse de la question copte une préoccupation paradigmatique de sa politique étrangère de Paix en Méditerranée.
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