mercredi, novembre 23, 2005

La vie aprés la mort
Conférence donnée par J.L. Palierne le dimanche 26 février 2006 dans le cadre de la catéchèse pour les adultes de la paroisse Notre-Dame Souveraine de Chaville

Nous craignons tous la mort. Tous nous savons bien qu’un moment viendra où la vie quittera notre corps et où toutes ses fonctions vitales s’interrompront, laissant la voie libre pour sa décomposition. Il retournera en poussière pour se mêler aux éléments de la terre. Souvent la mort survient à l’issue de grandes douleurs corporelles, mais ce n’est pas toujours le cas et elle peut tout simplement être causée par l’épuisement de nos facultés vitales, et avoir lieu dans la sérénité.

Cependant notre “moi” sent profondément qu’il n’est pas possible qu’il disparaisse à jamais. Notre “moi” est d’une part attaché à la vie physique de cet objet matériel qu’est notre corps, mais en même temps il vit d’une vie tout à fait différente, en grande partie distincte de celle du corps. Il a besoin du corps pour affirmer son existence, pour s’exprimer et en quelque sorte pour apposer sa signature à chacun de ses actes comme à la fin de sa vie, mais cette vie distincte peut-elle continuer à se dérouler indépendamment de celle du corps ? Peut-elle se poursuivre après la mort corporelle ?

Pour le savoir il faut recourir au récit que nous fait le livre de la Genèse de la chute de nos ancêtres. Lorsqu’il a fait l’homme, son Créateur lui a conféré l’inimaginable dignité d’être créé “à son image et à sa ressemblance”, et ceci vaut aussi bien pour le corps que pour l’âme. En tout premier lieu il lui a donc accordé par sa Grâce l’immortalité, ce qui en principe ne devrait pas être le cas d’une créature. L’immortalité fait donc partie de l’immense cadeau gratuit que le Créateur a fait à notre nature créée en posant sur elle, en lui imprimant, le sceau de son image. C’était là l’état primitif et paradoxal de la nature humaine : créée mais aussi immortelle parce qu’elle porte l’image de Dieu. Le corps ne devrait donc pas être un objet périssable.

D’où vient alors que notre corps puisse mourir, retourner à la poussière de la terre ? Lorsque Adam et Ève nos Ancêtres, ont voulu, à l’instigation de la jalousie du Diable, connaître le Bien et le Mal, ne craignant pas de désobéir ainsi au commandement de Dieu, leur nature, qui était primitivement glorieuse, s’en est trouvée corrompue tout en restant immortelle. Rendue donc faible et infirme dès l’instant de la désobéissance initiale, notre nature s’est faite une proie facile pour les illusions suscitées par Satan.

La miséricorde et la justice du Créateur ont alors ajouté à la nature humaine la faculté de connaître la mort corporelle, c’est-à-dire une séparation, provisoire et contre nature, du corps et de l’âme, d’une part pour abréger le temps de nos épreuves, et d’autre part dans un dessein thérapeutique, pour faire de la vie ainsi devenue mortelle, un temps intermédiaire où il nous est possible, dans la durée et par la durée, de prouver notre désir de retourner vers Dieu, c’est-à-dire notre repentir.

Notre nature en effet n’est pas pour autant totalement devenue mauvaise. En elle subsiste le désir du Bien, mais elle reste soumise aux suggestions du Diable. Pour que chacun de nous puisse affirmer son choix en faveur de la volonté divine, un temps limité nous a été assigné, une durée dont le terme est marqué par la mort corporelle. La mort consiste alors en une séparation provisoire entre notre âme immortelle et notre corps, qui va, lui, se dissoudre provisoirement dans les éléments de la nature, sans toutefois perdre son individualité (c’est-à-dire sans cesser d’être le corps de cette âme).

L’âme n’a plus alors de prise sur le déroulement de la vie de ce monde. Elle ne peut plus prendre de responsabilité, elle n’a plus de libre-arbitre. Pour pouvoir participer avec son corps à la vie glorieuse du Royaume, l’âme devra et pourra se réunir au corps, mais cela ne lui sera possible que lorsque toute l’humanité tout entière le fera solidairement, au même instant, au Jour du Second Avènement du Seigneur, un instant dont Dieu seul connaît l’heure et le jour.

Bien qu’elle soit spirituelle, notre âme n’en possède pas moins une certaine réalité concrète, très subtile et inconcevable pour nous-même, mais qui lui permettra de connaître, même dans cet état de séparation, perceptions et épreuves, comme le montre la parabole du Christ sur le mauvais riche et le pauvre Lazare (Luc 16:19-31). Notre âme n’est donc pas une “idée” pure, ni une étincelle jaillie de l’Être unique. Elle est un élément qui représente “quelqu’un”. C’est pourquoi elle devra et pourra alors connaître un séjour provisoire avant la résurrection universelle, lorsque à l’appel de Christ revenu en gloire les âmes des défunts rassembleront les éléments dispersés de leurs corps dissous pour que l’homme tout entier, ainsi restauré corps et âme, puisse participer à la vie éternelle du Royaume.

Auparavant nous vivons donc dans un monde qui est une réalité intermédiaire, provisoire et transitoire. Le temps intermédiaire qui nous est ainsi laissé, loin d’être un temps où nous pourrions ignorer Dieu, ou à l’inverse un temps où nous serions abandonnés par Lui, est un temps laissé à notre libre détermination, afin d’accumuler des richesses spirituelles, pour prouver que nous sommes fidèles à la loi de Dieu, et enfin pour nous construire en vue de l’éternité. Car nous devons nous construire spirituellement, par l’ascèse, et par la prière, en synergie avec la Grâce de Dieu. Nous devons travailler à nous enrichir spirituellement. C’est ce travail que nous proposent et nous décrivent les Béatitudes (Matthieu 5:3-12). Cela se fait selon la vie qui est proposée à chacun, parfois à ciel ouvert, parfois secrètement, parfois très invisiblement, mais parfois aussi sous les apparences d’un ratage complet.

Comment se déroulera cette restauration générale de la nature humaine ? Le Seigneur viendra en gloire, en sa chair, et nous pourrons donc voir le Seigneur de nos yeux de chair, nous verrons les Saints venir vers nous, et en tout premier lieu les Apôtres. Nous verrons aussi la Mère de Dieu, dont nous ne devons pas oublier qu’elle est déjà présente parmi nous. N’oublions pas en effet qu’elle a ressuscité avant tous les autres hommes et que son corps a été emmené aux cieux ; c’est ce que nous célébrons à la fête de la Dormition : la Mère de Dieu a été emmenée par le Seigneur et transportée en son corps, et les Apôtres, ouvrant son cercueil, n’ont pu y trouver que des fleurs. Donc elle est toujours vivante en son corps.

Nous verrons tout cela et le temps intermédiaire, ce temps présent, anticipe la venue du Seigneur. C’est le temps du « pas encore tout à fait définitivement acquis ». Dans l’Eglise, nous rencontrons déjà le Seigneur dans l’Eucharistie puisque nous pouvons communier à son corps. Nous recevons ainsi le gage de l’immortalité dans l’attente de la Résurrection générale. Mais auparavant, puisque nous attendons le Jour du Second Avènement du Seigneur et de la consommation des temps, nous devons affronter notre mort corporelle.

D’après l’enseignement de l’Église, l’âme de celui qui vient de mourir, entreprend un voyage dans des régions proches du monde présent, les anciens disaient “dans les airs”, alors que les nombreux péchés qu’elle a commis depuis sa naissance l’attirent encore vers ce monde déchu, par les passions que ses péchés ont suscitées (c’est-à-dire par tous les attachements que nous avons consentis et qui nous lient, nous ligotent, aux illusions présentes).

C’est pourquoi les serviteurs de Satan, les démons, l’assailliront, s’acharneront sur elle, lui réclamant ce qu’ils croient être leur dû, et ces assauts obligeront l’âme nouvellement défunte (qui n’aura plus même la possibilité de poser un acte concret de repentir, pas même un geste de regret) à recourir à l’aide des Anges qui l’escortent ou des saints hommes qu’elle se souviendra avoir vénérés sur terre, et surtout aux prières de l’Église. Elle pourra en effet connaître sur ce trajet une terreur aux limites du soutenable, si elle a beaucoup cédé aux sollicitations des esprits du Diable.

Une question alors se pose : y a-t-il des témoignages humains à ce sujet ? Oui, il est probable que de tels témoignages existent, car les progrès de la science sont tels qu’il est parfois possible de ramener de la mort à la vie des personnes qui viennent juste de mourir. En réalité ni la vie ni la mort n’obéissent à des processus simplement binaires. Le corps ne se défait que progressivement. Il y a donc parmi les vivants des personnes que les médecins ont pu ramener à la vie (très peu en réalité) et qui parfois disent avoir comme cheminé dans un tunnel et vu une grande lumière s’approcher d’eux. Ce témoignage est trop constant pour que l’on puisse le rejeter. Mais les divers témoignages que l’on a sur l’au-delà venant d’hommes qui sont encore de ce monde, sont des choses extrêmement difficiles à analyser et si rudimentaires que l’on ne peut pas se fonder sur de tels témoignages pour en tirer une théorie sur ce qui se passe après la mort.

Ce que nous en disons ne vient pas de ce type de témoignages. Ce que l’Église dit lui vient de la Révélation qui se trouve dans les Évangiles, en particulier dans la parabole dont nous parlions, comme dans tout le Nouveau Testament et dans la Bible, dans les prières de l’Église et également dans les écrits des Pères et dans les décisions des conciles. Il y a aussi des témoignages venant de visions qu’ont eues de saints personnages. Il nous est raconté à différentes reprises que des ascètes ont vu les âmes des défunts monter vers le ciel. Saint Antoine en particulier, a vu Satan tenter de les retenir dans cette montée. D’autres ont décrit les tentatives des démons sous la forme de postes de péages embusqués sur les chemins de l’éternité.

Mais c’est saint Marc d’Éphèse qui a proclamé de la façon la plus claire l’enseignement de l’Église concernant la situation dans laquelle l’âme se trouve au Paradis ou en Enfer dans l’attente du Jugement Dernier. Ce fut au cours de la discussion qui l’opposa aux catholiques romains au sujet de leur doctrine du Purgatoire (que l’Orthodoxie rejette parce qu’elle la considère comme fausse).

« Il ne fait aucun doute (je cite saint Marc d’Éphèse) que ceux qui se sont endormis dans la paix reçoivent le secours des prières et des offrandes qui ont été faites en leur nom, et que cette coutume était déjà en vigueur dans l’Antiquité, nous en avons le témoignage dans des affirmations nombreuses et variées provenant oralement et par écrit d’un certain nombre de nos Pères, tant latins que grecs, qui se sont exprimés en divers lieux et à diverses époques.

« Mais que les âmes puissent être délivrées (poursuit saint Marc) par une souffrance purificatrice qui leur serait imposée pour un certain laps de temps par un feu prétendument purificateur, qui leur procurerait une certaine amélioration, c’est un enseignement qui ne se trouve ni dans les saintes Écritures, ni dans les prières et les hymnes que nous disons pour les défunts, ni dans les écrits des Pères. »

Finalement la Lumière de la victoire de la Croix finira par venir illuminer toute âme qui a manifesté le minimum de repentir nécessaire -- et n’oublions pas que le premier homme qui soit entré au Paradis fut ce bon Larron qui avait dit sur la Croix : « Pour nous, il est juste que nous mourrions, mais Lui il n’a rien fait de mal. Seigneur, souviens-Toi de moi lorsque tu viendras dans la gloire de ton Royaume » et Jésus lui répondit : « En vérité je te le dis, aujourd’hui même tu seras avec Moi dans le Paradis. » (Luc 34:41-43). Et cependant cet homme n’avait rien fait de bien durant sa vie autrement que lorsque, cloué lui aussi sur la croix, il confessa la divinité de Jésus.

Mais que des hommes aient pu pousser leur obstination anti-Dieu au point de refuser la Lumière de la victoire de la Croix et de mériter le châtiment éternel, cela nous a été révélé au moins une fois dans le cas de Judas : « Il eût mieux valu pour cet homme qu’il ne fût pas né. »

Pourquoi alors devons-nous donc prier pour les défunts ? Les défunts peuvent-ils encore progresser spirituellement ? L’Église pense qu’effectivement, les défunts peuvent progresser. Nous avons des difficultés pour le comprendre, mais l’Église l’enseigne. Les défunts progressent spirituellement, comme tout homme, mais cette progression ne comporte plus le choix décisif ils ont déjà fait pour ou contre le Seigneur : ce choix nécessaire a déjà été fait, et c’est ce choix qui a déjà été fait, qui leur permet de progresser sans cesse. Saint Grégoire de Nysse disait que les saints progressent de perfection en perfection vers une perfection encore plus parfaite, mais toujours perfectible. Ils ne cesseront de progresser et nous ne serons que la queue de ce cortège, mais nous ne pouvons que désirer en faire partie.

L’Église catholique a sur ces questions un enseignement très différent, qui fait référence à un processus de nature uniquement judiciaire. C’est pourquoi elle présente le purgatoire comme un temps de peine temporaire capable de modifier par la souffrance le statut des défunts. Il y a aussi cette fameuse question des indulgences, qui voudrait que le pape puisse vendre des indulgences et que ces indulgences puissent être reportées sur les âmes du purgatoire. C’est là tout l’aspect judiciaire qui a empoisonné toute la vie de l’Occident, au point même que de nos jours beaucoup de bons orthodoxes ne trouvent plus, pour s’exprimer, que les mots que la mentalité occidentale a dictés à la vie moderne.

Le salut, par exemple, ne devrait dans ce cas être compris que comme un processus judiciaire, ce qui n’est qu’un aspect très partiel. Le purgatoire est une pure invention de la scolastique occidentale, de même que les limbes pour les enfants non-baptisés. Les non-baptisés, tous les non-baptisés, adultes comme enfants, sont reçus dans le sein d’Abraham, dans le Royaume du Seigneur, à moins qu’ils n’aient volontairement, criminellement et définitivement péché en refusant le Baptême. C’est pourquoi nous devons baptiser tous ceux qui le demandent car ils cherchent le salut.

Le destin éternel de tout homme sera déterminé par la loi qu’il a reçue et qu’il a observée. Mais ce n’est pas la loi du bouddhisme par exemple qui peut déterminer le salut des hommes qui s’en réclament, c’est la loi naturelle, celle qui a été remise à chaque homme, depuis Adam et Êve : c’est la loi adamique, qui est valable pour tout homme dès sa conception. Et les chrétiens ont aussi leur loi, qui est celle des Béatitudes. Chacun sera jugé selon la loi qu’il a reçue, mais la loi qui jugera les bouddhistes sera la loi qui fut donnée à Adam, et non pas celle de Bouddha.

Le secours que l’Église peut nous apporter consiste en sa prière pour les défunts. Il y a un grand nombre de telles prières. Ces textes sont d’une inépuisable richesse. Ce que nous pouvons faire pour les défunts est de prier pour eux. Plus que tout, c’est la mention des défunts faite lors de la prière eucharistique qui est puissante.

Certaines personnes pensent avoir des rencontres, des dialogues avec les défunts. Si vraiment vous avez des « contacts » avec des âmes de défunts, allez voir un prêtre et demandez-lui de célébrer un office pour ces défunts et surtout de mentionner leur nom à la Liturgie. Car si des âmes « viennent vous voir », c’est qu’elles souffrent.

C’est au moment de la mort que certaines personnes ressentent qu’elles se sont éloignées de l’Église. Mais on n’est jamais totalement en dehors de l’Église : même celui qui ne le sait pas, même celui qui croit s’opposer à elle, ou qui la combat, est sauvé par l’Église qui est en réalité l’ensemble de l’univers et le corps du Christ. Toute grâce passe par l'Église, y compris même lorsque l’Église (visible) ne le sait pas. Bien sûr elle ne sait pas tout, en particulier la grâce qui va aux défunts. Si vous avez vraiment des soucis avec les défunts, si vraiment vous êtes encore en rapport avec eux : priez pour eux et soyez sûrs que si les démons voient cela, ils s’enfuiront.

Ne craignons donc pas les assauts des démons mais repentons-nous. Les tourments éternels réservés aux hommes qui auront repoussé toute sollicitation au repentir viendront de ce qu’ils ne pourront plus ressentir l’amour éternel de Dieu pour eux que comme la preuve d’un perpétuel ratage d’eux-mêmes, un ratage qui n’aura été que leur œuvre propre s’ils ont cédé obstinément et aveuglément aux sollicitations des démons, dont ils saisiront alors toute l’absurdité. Et il y a dans les prières que l’Église lit le jour de la Pentecôte un moment où elle prie même « pour ceux qui sont retenus dans les Enfers » (5ème prière à genoux)

De nos jours de nombreuses personnes qui se sont écartées de l’enseignement culpabilisant de l’Église catholique, mais qui se refusent à adopter l’agnosticisme ambiant du monde contemporain croient que leurs préoccupations spirituelles seraient mieux satisfaites que par ce qu’elles pensent être une conception orientale de la “réincarnation”, qui est d’ailleurs en réalité bien étrangère aux véritables conceptions des philosophies et des religions orientales.

Il est important de remarquer que l’enseignement de l’Église orthodoxe n’a absolument rien à voir avec une quelconque doctrine de la réincarnation. Il serait même plutôt aux antipodes de celle-ci, puisque la doctrine de la réincarnation consisterait à négliger la réalité de la mort au profit d’un retour périodique dans les épreuves de ce monde (le “karma”), cependant que l’enseignement traditionnel de l’Église orthodoxe sur la mort nous révèle qu’elle consiste en une séparation, contre nature mais provisoire, entre l’âme et le corps, que le corps certes est appelé à se dissoudre pour un temps, mais sans perdre son individualité et qu’il y aura une restauration de chaque personne dans son intégralité, et en son corps et en son âme, et même dans une condition plus glorieuse que la condition présente — à moins que ce ne soit pour l’Enfer éternel,

En réalité ce que tant de nos contemporains cherchent à retrouver par leur fausse croyance en la réincarnation, c’est justement une restauration de la personne intégrale, corps et âme, ce qui a été passé sous silence par le christianisme occidental.

Dans la civilisation contemporaine, il y a aussi un rejet de l’existence de ces êtres invisibles que sont les Anges et les démons. Qui rejette cette existence ? c’est la science que l’on nous dispense, ce sont les enseignements qui nous sont donnés, ce sont les paroles et le langage qui sont mis à notre disposition, qui refusent d’exprimer le spirituel. Les Anges existent. Ce sont les serviteurs et les messagers de Dieu. Les démons sont ces Anges qui ont refusé la Providence divine et qui se sont dressés contre leur Créateur. Mais eux ne bénéficient pas d’un temps intermédiaire où ils pourraient et devraient se repentir.

Il est faux de prétendre que de nos jours le spirituel a disparu : la grande majorité des hommes de notre époque, y compris ceux qui prétendent refuser le spirituel et se conduisent comme tels, demandent encore à être enterrés religieusement. Quel paradoxe ! Et cela même si, somme toute, très peu de gens vont à l’église. La vie publique a supprimé toute forme de culte public quel qu’il soit, et pourtant un très grand nombre de gens vont, à la Toussaint, fleurir les tombes de leurs familles.

Et lors de catastrophes (par exemple aériennes), les familles des défunts exigent de retrouver les corps de leurs proches disparus. Dans le langage des médias on a pour cela inventé une expression : on dit qu’il faut que les familles “puissent faire leur deuil”. C’est probablement pour éviter d’avoir l’air d’accepter du spirituel et pour faire un peu “psy”. Et si tout simplement tout cela ne prouvait pas plutôt que l’homme ne peut pas faire autrement que croire à la vie éternelle, tant du corps que de l’âme ?

Les comportements personnels de nos contemporains ne coïncident donc pas avec les conceptions qu’on leur prête ou qu’on leur impose S’il y avait vraiment un rejet du spirituel, tout cela serait inexplicable ! Dans notre langue de tous les jours, comme dans l’enseignement qu’on nous dispense, dans les discours publics comme dans les médias, il y a effectivement un refus du spirituel, et cependant la mort continue de nous choquer, parce qu’on en a fait une blessure profonde pour la vie spirituelle, parce qu’on a voulu interpréter la mort comme une fin définitive, cependant que ce monde-ci serait une nécessité immuable.

Mais malheureusement un nombre croissant de gens demandent de nos jours à être incinérés, et appuient cette demande par divers arguments, qui ne font qu’exprimer en réalité leur rejet de l’Église telle qu’ils l’ont connue, parce que les Églises d’Occident ont oublié d’enseigner la résurrection de la personne intégrale, corps et âme et la nature provisoire du temps intermédiaire qui nous est imparti. L’Église ne peut pas autoriser la crémation parce que c’est un crime contre la vraie valeur du corps de l’homme, une véritable profanation.

Mais il faut prier quand même, et même pour les hommes qui recourent à cette pratique. Dieu peut bien sûr ressusciter même les cendres, et Il ressuscitera facilement les cendres de ceux qui se sont fait incinérer, aussi bien que celles des hommes qui ont péri dans des incendies et tous participeront à la résurrection. Mais demander d’être incinéré est compris par beaucoup comme un acte anti-Église. C’est cela que l’Église ne peut pas admettre, car l’Église concerne les corps autant que les âmes et elle ne peut donc pas bénir de telles pratiques.

Mais il faut tout de même prier pour tout le monde, même pour ceux qui meurent en déclarant qu’ils haïssent Dieu ou en luttant contre l’Esprit, de même qu’il faut aussi prier pour ceux qui se sont montrés des tyrans sanguinaires des âmes et des corps. Il faut prier pour tout le monde. Je répète que le premier homme qui soit entré au Paradis a été le bon larron, dont personne ne doute qu’il ait été effectivement un larron, un criminel. Mais le bon larron, au moment du choix suprême, a été le premier homme à confesser la divinité du Fils de Dieu qui était crucifié à côté de lui. Le fait d’avoir été un criminel aux yeux de ce monde ne l’a donc pas empêché d’être le premier à entrer au Paradis.