vendredi, décembre 09, 2005

La Royauté Sociale de Notre Seigneur

Immigration, colonisation, … et à présent laïcité, la République ne cesse de léchouiller les plaies chroniques qu’en bon autiste elle s’est infligée à elle-même.
Cela serait juste risible si certains hiérarches du clergé français ne se mélaient à ces dérisoires débats, non pour rappeler la Doctrine Sociale de l’Eglise comme on aurait été en droit de l’attendre mais, tel l’évèque auxiliaire de Paris, pour donner tristement raison à Jean Jaures lui-même quand il déclarait en 1905 à la Chambre des Députés :
« «Laissez-moi dire que ceux d'entre vous qui connaissent la pensée de l'Église dans sa vérité, dans son audace, qui a sa noblesse comme elle peut avoir aujourd'hui, pour bien des esprits, son scandale, ceux-là ne contesteront pas ce que je dis, car il est impossible que, lorsqu'on a proclamé que DIEU est si intimement mêlé aux choses humaines qu'il s'est incarné dans un individu humain et qu'il a transmis à une Église le droit de continuer cette incarnation, il est impossible que DIEU ne reste pas incarné dans cette Église comme la puissance souveraine et exclusive devant laquelle les individus, les sociétés, les patries, toutes les forces de la vie, doivent s'incliner. Voilà la contradiction des deux mondes, voilà la contradiction des deux principes et voilà, par conséquent, quand nous arrivons au problème de l'enseignement, la dualité et le conflit. Si les hommes de la Révolution poussent jusqu'au bout le principe révolutionnaire et si les chrétiens poussent au bout le problème de l'Église, c'est, dans une société unie en apparence, c'est, dans une société où nous aurons tous la même figure d'hommes, le plus prodigieux conflit qui se puisse imaginer.
(…)
Nos adversaires, nous ont-ils répondu ? Ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution l'entière pensée catholique qui revendique pour Dieu, pour le Dieu de la révélation chrétienne, le droit non seulement d'inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile? Non, ils se sont dérobés; ils ont chicané sur des détails d'organisation. Ils n'ont pas affirmé nettement le principe même qui est comme l'âme de l'Église».

Retenons la leçon qu'il nous donne : des catholiques dignes de ce nom doivent «réclamer pour le Dieu de la Révélation chrétienne» - donc pour Jésus-Christ - «le droit non seulement d'inspirer la société spirituelle mais de façonner la société civile».


Exposé de la Doctrine Sociale de L’Eglise sur la Royauté Sociale de Jésus-Christ :

Jésus-Christ est le Dieu des peuples, des nations, des communautés et pas seulement le Dieu des individus et des familles. C'est le point central de la doctrine sociale de l'Église.
Que faut-il entendre par royauté sociale de Notre Seigneur?
Le Christ, dans son humanité, est roi universel de la création : «Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre», a-t-il dit.
Sa royauté s'exerce non seulement sur les hommes pris individuellement mais aussi sur les corps sociaux quels qu'ils soient (familles, corps intermédiaires, États...) ; c'est en ce sens qu'elle est dite sociale.
Cette royauté sociale entraîne pour les corps sociaux une double obligation :
- rendre au Christ le culte qui Lui est dû (l'État, par exemple,doit lui rendre un culte public) ;
- obéir à Sa loi (naturelle et surnaturelle); autrement dit mettre en pratique les autres aspects de la doctrine sociale de Son Église.

La doctrine de la royauté sociale de Notre Seigneur constitue ainsi non seulement une partie intégrante de la doctrine sociale mais encore l'élément qui donne au reste sa pleine signification. A tel point que l'expression «reconnaissance de la royauté sociale de Notre Seigneur» est souvent utilisée pour caractériser l'ordre social chrétien, comme en témoignent ces deux textes de saint Pie X :
«La force des sociétés est dans la reconnaissance pleine et entière de la royauté sociale de Notre Seigneur et dans l'acceptation sans réserve de la suprématie doctrinale de Son Église»
«Le salut de la France ne peut être obtenu que par la reconnaissance du règne du Christ sur la nation»

II est devenu courant aujourd'hui de faire silence sur la royauté sociale de Notre Seigneur quand on présente la doctrine sociale de l'Église. Grave omission qui ampute celle-ci de son fondement surnaturel.

Grandes lignes de l’encyclique QUAS PRIMA
Dans son encyclique Quas primas (11 décembre 1925), instaurant la fête liturgique du Christ-roi, le pape Pie XI a donné sur cette doctrine un exposé très complet. En voici quelques extraits :
Liens entre la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ et le mystère de l'Incarnation
Il est de toute évidence que le nom et la puissance du roi, au sens propre du mot, doivent être attribués au Christ dans son humanité; car c'est seulement du Christ en tant qu'homme qu'on peut dire : Il a reçu du Père "la puissance, l'honneur et la royauté". Comme Verbe de Dieu, consubstantiel au Père, Il ne peut pas ne pas avoir tout en commun avec le Père et, par suite, la souveraineté suprême et absolue sur toutes les créatures (...).
La royauté du Christ est universelle
Et, à cet égard, il n'y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les États; car les hommes ne sont pas moins soumis à l'autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée. Il est l'unique source du salut, de celui des sociétés comme de celui des individus : "Il n'existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n'a été donné aux hommes , qu'il leur faille invoquer pour être sauvés". Il est l'unique auteur, pour l'État comme pour chaque citoyen, de la prospérité et du vrai bonheur : La cité ne tient pas son bonheur d'une autre source que les particuliers, vu qu'une cité n'est pas autre chose qu'un ensemble de particuliers unis en société".
L'État doit rendre au Christ un culte public et se soumettre à son enseignement
Les chefs d'État ne sauraient donc refuser de rendre - en leur nom personnel et avec tout leur peuple - des hommages publics de respect et de soumission à la souveraineté du Christ; tout en sauvegardant leur autorité, ils travaillent ainsi à promouvoir et à développer la prospérité nationale (...).
Aux États, la célébration annuelle de la fête (du Christ-Roi) rappellera que les magistrats et les gouvernants sont tenus, tout comme les citoyens, de rendre au Christ un culte public et de lui obéir ; elle évoquera devant eux la pensée de ce dernier jugement où le Christ, non seulement expulsé de la vie publique mais encore négligé ou ignoré avec dédain, vengera sévèrement de telles injustices, car sa royauté exige que l’Etat tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens.

Dans son Année liturgique, dom Guéranger, en conclusion d'une notice sur saint Ambroise, s'adresse à lui en ces termes :

«Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces timides et imprudentes théories qui font oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi de ce monde, et les entraînent à penser qu'une loi humaine qui reconnaît des droits égaux à l'erreur et à la vérité pourrait bien être le plus haut perfectionnement des sociétés. Obtenez qu'ils comprennent, à votre exemple, que si les droits du Fils de Dieu et de son Église peuvent être foulés aux pieds, ils n'en existent pas moins; que la promiscuité de toutes les religions sous une protection égale est le plus sanglant outrage envers celui "à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre"; que les désastres périodiques de la société sont la réponse qu'il fait du haut du ciel aux contempteurs du Droit chrétien, de ce Droit qu'il a acquis en mourant sur la Croix pour les hommes; qu'enfin s'il ne dépend pas de nous de relever ce Droit sacré chez les nations qui ont eu le malheur de l'abjurer, notre devoir est de le confesser courageusement, sous peine d'être complices de ceux qui n'ont plus voulu que Jésus régnât sur eux».


Extrait de La Doctrine Sociale de l'Eglise par Arnaud de Lassus. Tiré part de la revue Action familiale et scolaire n° 134, déc. 2002 31, rue Rennequin, 75017 Paris