vendredi, décembre 09, 2005


L'alter-européen face au monde moderne

Les membres d'Europae Gentes se définissent comme des "alter-européens". Leur mais aussi notre vision de l'Europe est non pas celle que nous connaissons sous les traits de l'Union Européenne mais une Europe incarnée, identitaire, proche des peuples et fondamentalement chrétienne par son histoire et sa civilisation.
Cet article d'Arnaud Guyot-Jeannin édicte un principe de vie, une ligne de conduite intérieure, c'est un point de départ pour construire l'Europe de demain.

Être dans le monde sans être de ce monde !

Cette formule tirée de l’Evangile de Thomas et que l’on retrouve chez Saint Augustin peut être indexée à tous les niveaux de notre combat. Elle témoigne en quelque sorte d’une christologie en acte. Notre volonté à accompagner les desseins de la Divine Providence doit nous enjoindre à associer Action et Contemplation, Vitalité et Humilité, Puissance et Connaissance, Autorité et Liberté. Nous sommes soumis, mais aussi co-participants à l’œuvre de Dieu. Jean-Paul II a parlé d’une « théonomie participative ». Le Christ, en s’incarnant, a témoigné de sa « divino-humanité » (Soloviev). Vrai Dieu et Vrai Homme, le Christ révèle la présence de Dieu dans l’univers qu’il a créé et que nous devons défendre en tant que nous en sommes ses Créatures. Nous sommes les vrais défenseurs de la Vie des hommes et de la nature que nous ne mettons pas sur le même plan. Nous bannissons la Culture de Mort véhiculée par la technoscience totalitaire : avortement, euthanasie, manipulations génétiques, etc.… La politique doit être distincte de la morale chrétienne toute étant informée par elle.

Refuser le double écueil du passéisme et du modernisme. Pour un catholicisme enraciné dans la Cité céleste et terrestre ! Notre traditionalisme est tout aussi contemplatif qu’actif.


Être dans l’Europe sans être de cette Europe !

L’Europe fait partie de notre héritage spirituel et culturel intrinsèque. Il existe une culture européenne spécifique qui emprunte des voies nationales, régionales, linguistiques, etc. multiples. Unité de Religion, d'Ethno-Culture, de Civilisation, l’Europe appartient à ceux qui la défendent tout autant dans son homogénéité que dans sa diversité. Une Europe unie, supranationale et respectueuse des identités nationales et locales doit se reconstruire sur des bases spirituelles, culturelles, politiques, puis économiques, diplomatiques et militaires. Elle doit désigner son ennemi ontologique et existentiel à l’intérieure : le mondialisme apatride et le souverainisme jacobin en tant qu’idéologies abstraites et uniformisatrices et à l’extérieur : l’hégémonie américaine comme toute autre domination néo-coloniale en tant que réalités mortifères.

Réfuter le double écueil du nationalisme et du cosmopolitisme. Pour une grande Europe catholique et impériale fondée sur les identités et les peuples ! Notre européanisme est avant tout chrétien et identitaire.

Être de France sans être de cette France !

La France est d’abord la fille aînée de l’Eglise. Dépositaire d’une langue universelle et rayonnante, puissante et diversifiée, la France doit jouer un rôle majeur comme vecteur
spirituel et diplomatique. La francophonie doit être défendue becs et ongles. La France est le pays de tous ceux qui ont des parents français et qui l’acceptent comme un cadre englobant et non dissolvant de ses régions constitutives et comme un pays surplombé et non dominé par l’Europe. La France doit se fédéraliser, tandis que l’Europe doit, elle se fédérer ! Le génie spirituel, mystique et culturel français ne se confonds pas avec son cadre étatique, juridique, législatif et administratif hérité de la Révolution Française et préparé par les rois de France à partir de Philippe le Bel jusqu’à Louis XIV. Il ne s’agit d’ailleurs pas, bien entendu, de faire table rase de tous ces derniers siècles, car il demeure forcément de nombreuses influences traditionnelles enrichissantes à travers ceux-ci et même encore aujourd’hui, mais de repérer historiquement les tendances dominantes et défaillantes de notre propre patrimoine. Nous sommes des héritiers à la fois exigeants, lucides et honnêtes, guidés d’abord par notre amour de la Vérité de notre Dieu unique, incarné et trinitaire.

Eviter le double écueil de l’étatisme centralisé et de la réaction éthérée. Pour une France catholique et enracinée ouverte sur l’universel ! Notre amour de la France est guidé par notre confiance en la Providence qui décida de son baptême catholique en 496 par Clovis, roi des francs.

Être des régions et dans les régions enracinées sans être de ces régions artificielles, politisées et instrumentalisées par la subversion gauchiste ou la gestion centriste.

L’homme est un ancêtre. Il existe en tant qu’il est une créature de Dieu, mais aussi en appartenant à une identité qui lui donne tout son sens. La Région est le relais le plus immédiat de l’enracinement charnel d’un peuple. Elle constitue un cadre approprié à la valorisation d’une identité collective. La Région participe, entre autre chose, d’un processus de réappropriation de soi. L’Ecologie lui est concomitante. Réfractaire à tout panthéisme, nous devons en revanche, défendre la nature, les animaux, etc., bref, la Création dans sa totalité. La Région est aussi le cadre juridique le plus compétent pour une décision effective. Le principe de subsidiarité, hérité d'Althusius et de la doctrine sociale de l’Eglise, du fédéralisme et du socialisme français tel qu’un Proudhon l’envisagea, par exemple, met en branle une démocratie de proximité où tout individu se sent participer à une œuvre commune et connaît nécessairement l’objet de ce sur quoi on lui demande d’intervenir. Toute prise de décision sur la région doit se prendre dans celle-ci. L’implication de la personne se coordonnant à une connaissance à taille humaine de l’objet de discussion. Toutes ces valeurs et notions ne doivent évidemment pas aboutir à la sclérose xénophobe, au rejet de l’autre, à l’égoïsme frileux.

Récuser le double écueil de la logique gestionnaire et du consensus mou centriste ainsi que de l’ethnocentrisme ou micro-nationalisme, c'est-à-dire du séparatisme. Pour des régions enracinées et autonomes ! Notre régionalisme s’accorde avec l’idée d’organicité des peuples et du monde vivant.

Être dans le Marché sans être du Marché !

Le Marché a toujours existé dans les sociétés humaines. Il est l’une des formes de l’échange, de la loi de l’offre et de la demande. Il donne à l’économie un souffle dont elle a besoin en responsabilisant l’homme. Le Marché n’a pas cependant de nature propre. Il fonctionne en principe comme un moyen et non comme une fin en soi. Il doit être régulé, non par l’Etat, mais par les hommes entre eux, sans quoi ceux-ci sont livrés à une loi de la jungle invivable où l’individualisme et l’utilitarisme sont les deux critères dominants et
déterminants leur existence. L’homme n’est pas « un loup pour l’homme », contrairement à ce qui découle de la doctrine libérale. L’homme doit conserver sa liberté personnelle tout en s’agrégeant à une communauté organique et non devenir un atome interchangeable utilisé par des marchands sans foi ni loi qui ont en vue de l’exploiter et de le monnayer sur les grands marchés financiers à des fins de rentabilité et de profits immédiats. L’homme n’a pas vocation à devenir un « homo économicus », mais une personne reliée à Dieu et à ses structures d’appartenances traditionnelles (famille, région, métier). Il faut mettre fin à la logique techno-productiviste, consumériste et spéculative aliénant l’homme et les communautés auxquelles il appartient. Restaurer un solidarisme communautaire où l’altruisme, le don et le désintéressement reprennent tous leurs sens ! Les voies à expérimenter sont celles du créditisme, associationnisme, mutuellisme, autogestion et co-gestion, participation, néo-corporatisme, auto-centrage économique à l’échelle locale, nationale et continentale en vue de se préserver de la mondialisation américanocentrée et de ses sous-produits qui nous colonisent.

Contester le socialisme étatique et le capitalisme libéral. Pour une économie autocentrée et protégée où les sociétés soient des sociétés avec marchés et non des sociétés de marchés ! Notre organicisme va de pair avec le respect de l’ordre naturel où l’homme est libre– s'il sait que Dieu le considère comme une Créature apte à défendre la Création - et non pas livré à la concurrence sauvage.

Arnaud GUYOT-JEANNIN