mercredi, décembre 14, 2005

Liberté pour l’histoire !
Novopress

Ils sont 19 historiens connus et reconnus. Dans un texte intitulé “Liberté pour l’histoire!”, ils demandent l’abrogation de tous les textes de loi qui imposent un jugement historique et qui violent ainsi les principes mêmes de la recherche historique. Et ils en profitent pour faire une belle leçon sur l’histoire et la mémoire, que l’on devrait faire apprendre par cœur aux petits inquisiteurs du microcosme politico-médiatique.
Ces historiens sont Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux (de l’Académie française), Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant (secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres), Pierre Milza, Pierre Nora (de l’Académie française), Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond (de l’Académie française), Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock.
“Emus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs”, ils tiennent à rappeler deux principes fondamentaux.
Le premier est que “l’histoire n’est pas une religion”. L’historien “n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous”. “L’histoire n’est pas la morale.” L’historien explique, il n’a “pas pour rôle d’exalter ou de condamner”. “L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité”: l’historien “ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui.” Et il est en effet de la première importance de rappeler cela (et que certains historiens se le rappellent à eux-mêmes…), en un temps où l’on fausse l’histoire en jugeant systématiquement des événements historiques selon notre mentalité actuelle.
Le deuxième grand principe est que “l’histoire n’est pas la mémoire”. L’historien établit des faits au terme d’une démarche scientifique. Il en résulte qu’il “n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique”. L’histoire n’est pas “un objet juridique”, et “la politique de l’Etat, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire.”
En conséquence, ces historiens demandent l’abrogation d’articles de lois qui, “en violation de ces principes”, “ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites”.
Ils visent explicitement les lois “du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005″. La première est la loi Gayssot, la deuxième est celle de la reconnaissance du génocide arménien, la troisième est celle qui reconnaît l’esclavage comme crime contre l’humanité, la dernière est celle qui a déclenché la polémique actuelle.
Puisque Jacques Chirac lui-même a déclaré que “ce n’est pas à la loi d’écrire l’histoire”, la “mission” qu’il a créée ne peut avoir d’autre objectif que de demander au Parlement de rayer de la législation les articles incriminés. C’en sera enfin fini de la loi Gayssot, et de toutes les prises de position sentimentalement “historiques” qui n’ont rien à faire dans notre législation.