samedi, décembre 03, 2005


Pourquoi je suis moyennement démocrate

90 pages de pure intelligence.
La première fois, on le lit goulument,
La deuxième, on souligne.
Les fois suivantes, c’est pour mémoriser. Car la démonstration est limpide.
Le florilège à paraître épisodiquement sur Soleil d’hiver lui devra beaucoup.

Extrait: La Nouvelle Religion

Mais c'est là que la démocratie moderne dévoile ses prétention au statut de religion : elle n'est plus un mode de désignation des gouvernants, elle a un corps de doctrine infaillible et obligatoire, elle a un catéchisme : les droits de l'homme, et hors des droits de l'homme, il n'y a point de salut.
La démocratie moderne détient d'autres éléments indispensables à toute religion.
Un paradis : les pays démocratiques libéraux, avec, de préférence, une législation anglo-saxonne.
Un purgatoire : les dictatures de gauche.
Un enfer: les dictatures dites de droite.
Un clergé régulier : les penseurs chargés d'adapter les thèses marxistes aux sociétés libérales.
Un clergé séculier : les journalistes chargés de répandre cette doctrine.
Des offices religieux : les grandes émissions de télévision.
Un index tacite qui interdit de prendre connaissance de tout ouvrage dont l'inspi-ration serait répréhensible. Cet index est admirablement efficace sous la forme de conspiration du silence médiatique, mais il est quelquefois utilisé de manière plus draconienne encore : des livres jugés déficients du point de vue de la démocratie sont non pas encore brûlés sur le bûcher mais déjà retirés des bibliothèques scolaires, comme cela est arrivé à Saint-Ouen-L'Aumône.
Une inquisition. Nul n'a le droit de s'exprimer s'il n'est pas dans la droite ligne de la religion démocratique et, s'il réussit à le faire tout de même, il en paye les conséquences : le lynchage médiatique auquel a été soumis en France un Régis Debray (que nul ne saurait soupçonner de n'être pas démocrate) parce qu'il avait mis en doute la légitimité des crimes de guerre commis par l'OTAN en 1999 sur le territoire de la Yougoslavie est exemplaire à cet égard.
Des congrégations de propagande de la foi : les officines de désinformation dites de «communication» ou de «relations publiques».
Des missi dominici et des évêques in partibus qui utilisent des couvertures empruntées soit aux diverses ONG soit à l'ONU.
Des indulgences, généralement délivrées à d'anciens communistes.
Une législation pénale et des tribunaux chargés de punir quiconque mettrait en doute la version officielle de l'histoire.
Et même des troupes chargées d'évangéliser les non-démocrates «par le fer et par le feu» : on l'a bien vu lorsque dix-neuf nations démocratiques se sont alliées pour aller bombarder un pays souverain avec lequel elles n'étaient pas en guerre.
Aujourd'hui, une phrase comme «Au nom des droits de l'homme» s'entend à peu près comme «Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit» s'est entendu pendant des siècles. Nous avons peut-être retrouvé le sentiment du sacré, mais je ne crois pas que ce soit un sacré de bon aloi.