mercredi, décembre 07, 2005

Rebatir la Maison Commune de l’Eglise
par Monseigneur Stephanos, Métropolite de Tallinn et de toute l'Estonie

Comment appeler l'humanité à une œuvre commune aimantée par l'amour de l'homme, image de Dieu, et de l'univers, qui est sa création, sinon par un engagement commun, un partage de tous les chrétiens à travers l'acquis de leurs expériences réciproques et de leurs communes espérances ? Prenons donc la peine, avant toute autre démarche, de nous regarder un instant les yeux dans les yeux, en élargissant nos cœurs par-delà l'Occident, par-delà l'Orient : l'Occident qui symbolise l'intelligence et la volonté ; l'Orient qui symbolise la sagesse ontologique ; l'Occident qui pense, et pense encore par opposition ; l'Orient qui sent et, par-là même, pense par intégration ; l'Occident, ce « moi » vigilant, structuré, formé par une culture humaniste aux fortes disciplines, cherchant Dieu dans une tension pathétique qui fouette sa conscience et sa volonté ; l'Orient, ce « soi » longtemps fluctuant et menacé d'ambivalence, mais qui, une fois «centré», permet à la lumière de Dieu de pénétrer les profondeurs de la vie, du cosmos : non point tendu vers Dieu, mais paisiblement saturé de sa présence... Et nous verrons, nous comprendrons alors que l'un ne peut aller sans l'autre
……
Il est dans l'ordre des choses que dans l'Eglise convivent des éléments bons et mauvais, et que la ligne de partage passe dans chaque âme, jusqu'à ce que le Seigneur vienne dans la gloire pour juger les vivants et les morts. La patience des saints est peut-être le seul secret de la paix, car elle est abstention de jugement, confiance aussi dans le dessein de Dieu et notre destinée glorieuse. L'Eglise se définit dans ses livres liturgiques comme un asile de malades. Elle ne devient une communauté de sauvés que parce qu'elle est constamment une communauté de la chute qui expérimente perpétuellement le pardon. C'est parce que le Seigneur l'aime qu'il suscite en elle l'amour. Dans quelle mesure, en nos Eglises respectives, répondons-nous réellement à cet amour ? C'est sur cette interpellation, clé de tout notre témoignage, que je désire terminer, convaincu que, pour les chrétiens que nous sommes, c'est la seule voie de laquelle dépendra pour l'essentiel le sort de nos véritables retrouvailles.

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Soleil d’Hiver remercie Monseigneur Stephanos de son autorisation et de son message d’amitié.