dimanche, octobre 23, 2005

L’architecture des églises orthodoxes. L’iconostase.
D’après le commentaire de Olivier Clément à propos de « L'essai sur la théologie de l'icone dans l'Eglise orthodoxe» de Léonide Ouspensky


L. Ouspensky nous offre un important chapitre sur le « symbolisme de l'église».

Une église toute entière, en effet, doit constituer une icône du Royaume.
Selon les antiques Institutions apostoliques, elle doit être orientée (car l'Orient symbolise le lever du jour éternel et le chrétien, dit S. Basile, doit toujours, οù qu'il prie, se tourner vers l'Orient), elle doit évoquer un navire (car elle est, sur les eaux de la mort, l'arche de la Résurrection), elle doit avoir trois portes pour suggérer la Trinité, principe de toute sa vie.
L'autel se trouve dans l'abside orientale, légèrement surélevée - symbole de la Montagne sainte, de la Chambre haute- et nommée par excellence, le «sanctuaire». L'autel figure le Christ lui-même (Denys l'Aréopagite), le «cœur» du Christ dont l'église représente le corps (Nicolas Cabasilas) ... L'autel est le cœur de tout l'édifice, il l'aimante et le sanctifie.
Le «sanctuaire» qui l'entoure, réservé au clergé, est parfois assimilé au «saint des saints» du Tabernacle et du Temple de l'Ancienne Alliance. C'est le «ciel des cieux» (S. Syméon de Thessalonique), «le lieu οù le Christ, roi de toutes choses, trône avec les apôtres» (S. Germain de Constantinople), comme, à son image, l'évêque avec son «presbyterium».

Navire eschatologique, la «nef», surmontée souvent d'une coupole, représente la nouvelle création, l'univers réuni en Christ à son créateur, comme la nef s'unit au sanctuaire: «Le sanctuaire, écrit S. Maxime le Confesseur, éclaire et dirige la nef et cette dernière devient ainsi son expression visible. Une telle relation restaure l'ordre normal de l'univers, renversé par la chute de l'homme; elle rétablit donc ce qui était au Paradis et sera dans le Royaume de Dieu» (P.G. 91-872). Οn pourrait demander si l'union de la coupole et du carré ne reprend pas, en mode vertical, cette descente du ciel sur la terre, ce mystère thèandrique de l'Eglise...

L. Ouspensky ne pose pas le problème de l'iconostase, se réservant sans doute d'y revenir dans la seconde partie, encore inédite, de son ouvrage.
Οn sait que le sanctuaire ne fut séparé de la nef, jusqu'à la fin du moyen-âge que par un chancel très bas, une sorte de balustrade au milieu de laquelle se dressait, précédant l'autel, l'arc triomphal, véritable porte de la vie devant laquelle les fidèles reçoivent la communion (ce sont aujourd'hui nos «portes royales»).
Mais, à partir des XVe et XVIe siècles, à mesure que l'Orthodoxie, dans un monde sécularisé, se refermait sur son sens du mystère, le chancel a été remplacé par une haute cloison couverte d'icônes: l'iconostase. Les peintures de l'iconostase représentent l'Eglise totale, une à travers les temps comme à travers les espaces spirituels. Les anges, les apôtres, les martyrs, les Pères et tous les saints s'ordonnent de part et d'autre d'une composition centrale qui surmonte les Portes royales, la Déèsis (intercession) représentant la Vierge et le Baptiste intercédant de part et d'autre du Christ en majesté.

Description d’une iconostase classique:

Le premier registre en bas : les grandes icônes
L'iconostase est percée de trois entrées. Celle du centre est fermée par une porte à deux battants qu'on appelle "les portes royales". Elles donnent accès à l'autel et présentent l'image de l'Annonciation avec celles des quatre évangélistes. Sur les deux portes latérales figurent les archanges Michel et Gabriel.
À droite (au sud) des portes royales, se trouve l'icône du Christ bénissant. À gauche, celle de la Vierge Marie tenant le Christ. Ces deux images structurent l'espace liturgique et les gestes des participants.
À côté de l'icône du Christ se trouve celle de saint Jean-Baptiste puis d'autres icônes de saints particulièrement vénérés dans l'église. À côté de l'icône de la Vierge se trouve l'icône de la dédicace de l'église (un saint ou une fête) puis d'autres icônes. L'usage russe place l'icône de la dédicace à côté de celle du Christ et repousse saint Jean Baptiste d'une place.

Un second registre : les fêtes (dodecaorton)
On trouve en général au dessus le cycle des douze grandes fêtes de l'année chrétienne.

Un troisième registre : la déisis
Le Christ siège au centre entouré de la Vierge Marie à sa droite et de saint Jean-Baptiste à sa gauche. Après viennent les archanges Michel et Gabriel, puis les princes des apôtres Pierre et Paul, puis des évêques, des diacres, la série peut être très longue et répartie sur plusieurs registres.

Un quatrième registre : les prophètes
Sur le modèle de la déisis, les prophètes entourent la Vierge Marie du Signe, tenant le Christ.

Un dernier registre : les patriarches
Sur le modèle de la déisis, les patriarches de la Génèse entourent l'image des trois anges apparus au chêne de Mambré.


Fresques et mosaïques recouvrent normalement presque tout l'intérieur de l'église. L. Ouspensky ... nous énumère les principaux thèmes de cette décoration murale. On est frappé de leur profondeur théologique qui donne un caractère organique au symbolisme global de l'édifice. Dans l'abside du sanctuaire, c'est tout le mystère de l'eucharistie, «sacrement des sacrements»: en bas, la communion des apôtres qui évoque le mémorial; sur la voûte la Pentecôte, évoquant la réponse divine a l'épiclèse; entre les deux, laVierge en orante, figure de l'Eglise (ses bras sont levés comme ceux du prêtre), désignant le Christ, notre Grand Prêtre lui-même sacrifice et sacrificateur...
La décοration de la nef récapitule l'unité théandrique de l'Eglise: au centre de la coupole, le Pantocrator, source du ciel de gloire qui descend pour tout envelopper, tout bénir et transfigurer. Ιl est entouré des prophètes et des apôtres. Aux quatre angles du carré portant la coupole, les quatre évangélistes. Sur les colonnes, les hommes-colonnes: martyrs, saints évêques, «hommes apostoliques». Sur les murs, les grands moments de l'Evangile.