mercredi, novembre 30, 2005

De la Prière à l’Action

La Prière est essentielle. Sans elle, l’âme s’asphyxie.

Mais, à l’exception des ordres contemplatifs (qui ont aussi une vie de labeur « ora et labore »), la prière ne saurait se suffir à elle-même.
Saint Paul le rappelle : "... Frères, si je parle les langues des hommes et des anges, mais que je n’aie pas la charité, je suis en bronze sonore ou une cymbale retentissante. »

Qu’est la Charité ?
C’est la mise en pratique du premier des Commandements qui est d’aimer Dieu et de son corollaire qui est d’aimer son prochain.

Aimer son prochain, c’est vouloir pour lui le meilleur.
Le meilleur, c’est participer, en fils, en ce monde et après la mort à la Vie Divine.

Le vouloir c’est bien. Le mettre en situation de réaliser ce destin, c’est mieux et suppose un Ordre Politique qui non seulement ne l’en détourne pas mais se réclame ouvertement de cet objectif.

La Doctrine Sociale de l’Eglise qui n’a cessé de s’enrichir aucours des siècles et qui trouve son expression la plus achevée dans les Encycliques sociales, décrit avec précision les moyens de cette mise en situation.
Or ces moyens sont avant tout POLITIQUES en ce que leur mise en œuvre dépend du pouvoir que Dieu donne aux souverains.

C’est pourquoi la vie chrétienne est, à la fois et de façon indissociable, Prière et Action.
L’Action ne peut s’affranchir de la sphère politique.


« Seigneur, vous m’avez pourvue d’une âme, Graal qui ne peut être remplie que de Vous.
Vous m’avez aussi donné un corps pour Vous servir et servir mon prochain.
Un corps pour travailler et me nourrir.
Un corps pour donner l’Amour et transmettre la Vie.
Un corps pour écouter, voir, sentir et toucher les merveilles de votre Création.
Mais un corps, aussi, pour défendre votre Cité terrestre, chaque fois que c’est nécessaire, au prix de mon sang.»

mardi, novembre 29, 2005

La PATRIE selon Jacques Chirac

Le président CHIRAC l’a dit : « Nous sommes tous les enfants de la République ».
Et il a raison. Etre français ne signifie plus que cela.
En ce sens, le monde entier peut s’en prévaloir à condition d’adhérer à une Nouvelle Religion qui repose sur les dogmes de l’Universalisme, de la Démocratie et des Droits de l’Homme, eux mêmes sous-tendant celui du multiculturalisme.
A condition aussi, bien sur, de passer sous les fourches de moins en moins caudines de la reconnaissance citoyenne.
De même, tous les pays du monde peuvent demander leur adhésion à la Communauté Européenne à condition d’adhérer à la Nouvelle Religion.
On voit bien là que le concept de Patrie n’y a plus aucune place.
Si la République, à ses débuts, s’y référait encore, le terme a disparu aujourd’hui des discours officiels et fleure le soufre. On parle aujourd’hui de conscience « citoyenne » et de valeurs « républicaines ».
Pour paraphraser Charette (citation complète sur le blog Fils de Chrétienté) , il s’agit d’une simple construction intellectuelle qui ne siège que dans le cerveau auquel, d’ailleurs, on ne demande plus que cet hébergement.

La PATRIE selon Vladimir Poutine


Le président POUTINE semble avoir une autre approche :

L e ministère russe de la Défense a officiellement lancé lundi 21 février une chaîne de télévision destinée à développer chez les Russes le "sentiment de la fierté pour la Patrie"
La télévision, baptisée Zvezda (Etoile), émettra en régime d'essai à Moscou et dans sa région avant de passer à une programmation normale à partir du mois de mai
"Notre Patrie est la meilleure du monde, notre passé est le plus héroïque et notre avenir est entre nos mains", a déclaré le présentateur Ivan Kononov lors de la cérémonie de lancement officiel, formulant ainsi le credo de la chaîne.

Zvezda ne sera pas l'unique télévision thématique nationale: l'Eglise orthodoxe russe a postulé début février la création d'une chaîne orthodoxe qui véhiculerait aussi "les idéaux positifs", trop souvent absents, selon elle, du petit écran russe.

Les Nachis (les nôtres) sont quant à eux un nouveau mouvement de jeunesse résolument patriotique. Il se sont fait connaître au mois de mai 2005 à l’occasion de leur première manifestation d’envergure à Moscou. 50 000 d’entre eux ont défilé au cotés de vétérans de la seconde guerre mondiale. Basé sur une organisation de type militaire, leur objectif est de susciter une nouvelle élite russe sur le modèle du Président Poutine.
Leur credo : « Ne laissons pas les autres (sous entendu les Etats Unis) nous gouverner, la Russie appartient aux Russes. »

Décidément, le soleil se lève à l’Est.

La Voie Droite

Soleil d’hiver n’est pas un lieu de débat.

C’est celui d’une affirmation simple :
Il existe, pour chaque peuple, une VOIE DROITE qui n’est pas objet de choix ou de discussion.

Pour les peuples européens, la Voie Droite est celle qui conduit au point de rencontre entre leurs idéaux ancestraux et le plan d’adoption de Dieu.

I. Barsof

dimanche, novembre 27, 2005

La trifonctionnalité européenne écrite dans la pierre

Georges Dumézil, le plus notable mythologue de sa génération, professeur à l'école pratique des hautes études, puis au Collège de France, et membre de l'Académie française, conçoit un principe cosmique autant qu’une répartition des fonctions sociales * sous le terme d’ « idéologie trifonctionnelle » spécifique aux peuples Indo-Européens.
Il identifie trois grandes fonctions sociales dont l’harmonie est nécessaire pour fonder et assurer l’ordre du monde*

Le mont Saint Michel, parabole de pierre de la Cité catholique, illustre cette harmonie entre les trois fonctions :

La première, représentée par les remparts, est celle de la force martiale protectrice
La deuxième concerne la fécondité et la pérennité de la vie : vie sociale, métiers.
La troisième, celle de la connaissance et de la souveraineté, couronne l’édifice social.

I. Barsof

* Histoire et tradition des Européens. Dominique Venner. Editions du Rocher

samedi, novembre 26, 2005

Infidèles européens


Au-delà des incertitudes politiques, l'Europe d'aujourd'hui est confrontée à une nouveauté sans exemple dans le passé: la conversion à l'islam d'un nombre toujours plus grand de jeunes Européens de souche. En raison du caractère de cette religion redevenue conquérante, les conséquences sont sans aucun rap­port avec l'adhésion à des confessions qui n'affectent que le secret de la conscience et la vie privée. L'islam n'est pas une foi individuelle à la façon du bouddhisme ou du christianisme, mais une religion totale doublée d'une communauté politique à prétention hégémonique qui n'accorde aucun espace d'autonomie à la vie personnelle et collective. Rien n'échappe à l'islam. Le croyant a pour obligation de suivre à la lettre les prescriptions du Coran, y compris celles qui semblent absurdes ou révoltantes aux mécréants que nous sommes, qu'il s'agisse de la condition infériorisée de la femme ou de l'alignement des lois sur les commandements coraniques.

Cette question brûlante de la conversion des Européens de souche a été abordée par Vladimir Volkoff dans L'Enlèvement, roman prémonitoire, publié au Rocher en 2000. Comme souvent, un roman historique de qualité peut se révéler plus vrai que des documents d'archives. À la différence de l'historien, le romancier pénètre en psychologue dans le secret des âmes et des sensibilités pour en révéler les détours cachés. C'est un art que maîtrise admirablement Volkoff. Dans ce roman, donc, il décrit avec finesse et empathie la conver­sion totale d'un jeune Français d'origine catholique qui deviendra au final l'ennemi des siens. Les «siens», autrement dit ses frères de sang et de destin, c'est une notion dépourvue de sens pour lui. Ce jeune homme n'a aucune conscience identitaire, pas plus qu'il n'a conscience d'une quelconque altérité. Très représentatif en cela des Européens de son temps, il ne sait pas qui il est. Ses «représentations» inconsistantes barbotent dans la soupe universaliste et la religion humanitaire de son milieu, celui de la bonne bourgeoisie. Tous les hommes sont frères, n'est-il pas vrai?

Pourquoi cette conversion? C'est assez simple à comprendre. Ce jeune homme était vide, en attente d'un vague besoin mystique, et l'islam l'a rempli. Héritier d'une société repue et rompue, d'une civilisation détruite, d'une religion défunte, il est le fils de son époque. À la différence cependant de ses congénères qui se satisfont de leur néant tant que celui-ci permet de s'amuser et de s'étourdir, il éprouve le besoin de donner un sens à son existence inutile. Le hasard et, il faut bien le dire, une défaillance de tout sens esthé­tique, font de lui un futur « barbu », acteur d'opérations violentes contre les mécréants qu'il s'est pris à haïr.

La question lancinante que pose implicitement cette conversion est évidemment celle de l'oubli par les Européens de ce qu'ils sont. Cette question n'est pas nouvelle. Elle est même très ancienne. Seulement, quand nous étions forts, puissants et maîtres du monde, elle ne se posait pas. Il suffisait d'exister. Mais aujourd'hui que nous sommes affrontés à des défis inédits et mortels, la question de notre identité, de nos valeurs propres, s'impose comme jamais, sinon sans doute quand s'effondra l'ancienne romanité. Mais nos très lointains ancêtres par cousinage de ce temps-là ne disposaient pas des clefs qui nous permettent de répondre et de renaître. •

D. VENNER.

Editorial du n° 20 de la Nouvelle Revue d’Histoire. Septembre – Octobre 2005

88 avenue des Ternes 75017 Paris

vendredi, novembre 25, 2005


L’ Hôte du Pape

Le 5 septembre 1978, le Métropolite Nikodim de Léningrad meurt dans les bras du pape Jean-Paul I, soit 24 jours seulement avant que celui-ci ne soit trouvé mort dans sa chambre.
Que se sont-ils dit ?
De ce fait réel, de sa connaissance profonde du monde catholique romain et orthodoxe, Vladimir Volkoff a écrit un roman passionnant et souvent poignant au long duquel l’auteur, homme de Foi mais aussi de secrets, laisse le lecteur hésitant entre la fiction et une réalité jamais révélée.
Pour ceux qui rèvent d’une Eglise Catholique d’avant 1054.
Extrait :


Ilia revint à la table, se tint debout face au pape.

-Je vais vous le dire franchement: l'Église catholique romaine nous impressionne. D'abord, elle tient debout, toute seule, sans le soutien d'aucun gouvernement. Vous êtes extra-territoriaux où que vous vous trouviez. Le dernier des fidèles catholiques a beau être opprimé par son gouvernement, il sait que son vrai chef, le seul qui compte, est ailleurs, hors d'atteinte. Lui, le fidèle, peut être martyrisé sur place : ça ne lui ôte pas l'espoir. Ensuite, vous êtes une Église vivante et pas seulement vivace. Il vous a suffi d'un concile qui n'a pas duré trois ans pour secouer la poussière de dix siècles. Vous avez remplacé le latin par les langues nationales, réflexe purement orthodoxe... Vous avez peut-être eu tort de laisser vos curés se balader en pékins et de remplacer par de la musiquette sentimentale vos célestes chants grégoriens, mais vous avez su, brutalement quelquefois (pour le général Galkine « brutalement » était un éloge), donner la préséance à l'esprit sur la lettre. Pendant ce temps, nous restons esclaves des sept premiers conciles, nous n'osons pas changer un calendrier manifestement faux, nous ne comprenons plus nous-mêmes notre langue liturgique.

- Vous avez traduit le grec en slavon ; pourquoi pas le slavon en russe ?

-Chez nous, cela créerait une scission. S'il faut appeler les choses par leur nom, nous ne vous envions pas votre vérité, mais nous vous envions votre organisation.

- Bref- le pape sourit - vous êtes venu chez moi prendre des cours de « management » ?

Ilia se rassit. …..II posa ses deux belles mains à plat sur la table et aspira beaucoup d'air.
-Père, nous sommes quelques-uns à avoir fait un rêve. Dans ce
rêve, la monstruosité dans laquelle la Russie vit depuis un demi-siècle
cesse. Les pays satellites, que nous entretenons à grands frais, sont
largués, cet anachronisme qu'est le mur de Berlin s'effondre, la Russie
réinstaure la liberté de pensée, on arrache au parti communiste le peu
qui lui reste de dents, la terre est rendue à ceux qui la cultivent, tout se
reconstruit, tout devient transparent. Mais pas au nom d'un capitalisme
sauvage qui ne profiterait qu'aux mercantis.

- Au nom de quoi alors ?

-D'un... humanisme chrétien. Vous voyez pourquoi vous pouvez nous être précieux, vous : parce que vous êtes qui vous êtes et parce que vous êtes tel que vous êtes.

Le pape regardait son visiteur fixement. Il ne souriait plus.
- Quel rôle dois-je jouer dans votre rêve ?

- Celui d'exemple. De phare. De défi. Nous comptons sur vous pour montrer qu'on peut croire en Dieu et être à la page. Pour le montrer à nos dinosaures marxistes-léninistes et à nos ptérodactyles orthodoxes. Vous dissiperez à la fois les miasmes communistes qui s'attardent dans notre société et les superstitions formalistes qui défigurent quelquefois notre pauvre vieille orthodoxie. Accessoirement, nous vous demanderons peut-être un coup de main en Pologne : votre Église y est encore populaire, et nous pourrions commencer à déverrouiller le système par là.

- Comment voyez-vous notre collaboration ?

- De diverses manières. Vous avez une doctrine sociale de l'Église. Nous n'en avons pas. Nous pourrions nous inspirer de la vôtre. Ensemble, nous organiserions des congrès liturgiques, patristiques, eucharistiques. Nous visiterions les sanctuaires les uns des autres.
Dans certains cas, des concélébrations seraient possibles. Vous secoueriez la léthargie de notre liturgie. Un sourire malin parut dans les yeux du pape :

- Vous ne craignez pas que nous obtenions des conversions ? Ilia sourit en retour, d'un bon sourire barbu.

- On vous surveillera. De toute manière, les différences culturelles sont telles que nous ne risquerions de perdre que quelques intellectuels ou quelques snobs. Ce ne serait pas cher payer l'heureuse influence que vous aurez sur nous... malgré l'hostilité sourde ou moins sourde à laquelle vous devez vous attendre.

Maintenant, le sourire glabre du pape plissait de nouveau ses pattes d'oie et creusait des fossettes au bord des lèvres.
- Et si nous pratiquions chez vous ce que nous appelons l'inculturation, comme nous le faisons en Afrique, en Inde ... ?

- Vous voulez dire : si vous nous refaisiez le coup des Uniates -« Gardez vos rites, prenez nos dogmes » ? Ça n'a jamais très bien marché, les Uniates. Combien y en a-t-il dans le monde ? Et ils vous ont toujours apporté plus d'ennuis que de satisfactions. Vous êtes déjà embarrassés de ceux que vous avez : ce n'est pas pour en débaucher d'autres.

De vastes desseins s'ébauchèrent dans l'esprit du pape. Dans un premier temps, participer à la destruction de l'empire antéchristique, la déclencher peut-être. Et, dans un deuxième temps, si telle était la volonté de Dieu, ramener dans le bercail romain les brebis égarées d'Orient. Un seul troupeau, un seul pasteur. Le pape n'aurait pas été le pape s'il n'avait pas eu, lui aussi, son rêve.
…………….
-D'après vous, dit le pape qui avait réfléchi pendant ce temps et pensait qu'il ne risquait rien à faire un pas de plus... D'après vous, qu'est-ce qui nous sépare, maintenant que les anathèmes sont levés ? Vous savez que je ne suis pas fanatiquement œcuméniste, mais nous ne pouvons tout de même pas ne pas souhaiter, les uns et les autres, qu'il n'y ait plus qu'une seule Église du Christ. Vous, sur vos bases ; nous, sur les nôtres. Je serais ravi d'avoir l'honneur de vous convertir au catholicisme, et je suppose que vous ne me repousseriez pas si je décidais de...

- De revenir à l'orthodoxie.

-Ne chicanons pas sur les mots. Alors, pratiquement, qu'est-ce qui empêche...

- Votre grand fleuve et notre petite rivière de confluer ?

- On peut l'exprimer ainsi. Et le fait que vous ne soyez pas le chef de votre Église, mais simplement son ambassadeur, ou même que vous parliez en votre propre nom, nous permettra une liberté de langage que nous n'aurions pas eu autrement. Allez-y. Quels obstacles se dressent entre nous ?

- Vous le savez aussi bien que moi. D'abord, beaucoup d'obstacles formels. Nous faisons le signe de croix à l'envers les uns des autres. Nous plantons nos cierges, vous empalez les vôtres. Vous avez des statues, nous des icônes. Vous écoutez la messe assis, nous participons debout à la liturgie. Nos calendriers diffèrent. Le comput de Pâques aussi. Vous utilisez des pains azymes, nous de la levure. Vos fidèles communient rarement sous les deux Espèces ; les nôtres, toujours. Vos prêtres sont contraints au célibat ; les nôtres au mariage, à moins d'être moines. Le mariage des laïcs chez vous est indissoluble, et quelquefois reconnu nul ; chez nous, il peut être dissous. Passé le schisme, nous ne reconnaissons plus les saints les uns des autres. Tout ça - sauf peut-être la communion sous une ou deux Espèces -, c'est ce que j'appelle les problèmes de barbe.

- De barbe ?

-Oui. Comme vous l'avez peut-être remarqué, j'ai conservé une excroissance pileuse assez volumineuse au menton. Vous pas. Saint Photius écrivait déjà au pape Nicolas que les différences de discipline, de rite ou de coutume pouvaient être préservées dans la fraternité de la foi. Je cite de mémoire : « Si quelque Père établit une règle particulière, ou si un synode local promulgue une loi, il n'y a pas de superstition à l'observer, mais ceux qui ne l'ont pas reçue peuvent la négliger sans danger. Ainsi les uns coupent leur barbe selon la règle de leur pays, et des décrets synodaux interdisent aux autres de la couper. »

- Vous me citez Photius, je vous renvoie à saint Augustin : In necessariis imitas, in dubiis libertas...

-... in omnibus caritas. Le problème, c'est que nous ne sommes pas d'accord sur ce qui est necessarium et ce qui est dubium, mais un respect mutuel devrait pouvoir délier beaucoup de nœuds.

- D'accord. Continuez.

-Il y a aussi - comment dirai-je - une atmosphère différente qui prévaut chez vous et chez nous. Vous gardez les yeux fixés sur la Croix, nous sur la Résurrection. Vos traditions sont plus juridiques, les nôtres plus fantaisistes. Pour vous, chaque question de religion ou de morale doit être résolue par un dogme ou par un règlement. D'où ce purgatoire et ces limbes que vous avez inventés, et dont vous ne savez plus très bien quoi faire. Nous y mettons plus de latitude, ou peut-être plus de laisser-aller...

- Ou plus de déférence à l'égard du mystère. Je comprends cela.

-En revanche, nous restons furieusement attachés à nos usages, quelquefois jusqu'à la sclérose, jusqu'à l'encrassement. C'est peut-être la vocation de l'orthodoxie de se considérer comme le « petit reste » fidèle dont il est question dans l'Ancien Testament, mais je ne nous vois pas nous dépouiller de notre habit ou donner la sainte communion dans la main, comme vous avez commencé à le faire.

- Il peut être bon qu'une voiture ait un moteur et des freins, vous ne croyez pas ?

-Nous en arrivons à la théologie. Il y a bien sûr ce malheureux filioque...

-Vous savez que nous n'exigeons plus qu'il soit prononcé et, de toute manière, nous récitons plus souvent le credo des apôtres que celui de Nicée. Il doit y avoir moyen de s'entendre tant que vous n'exigez pas que « qui provient du Père » soit nécessairement interprété comme « qui ne provient pas du Fils » - ce que faisait votre cher Photius.

- Ça, mon cher Père, c'est un coup bas !

Quelque chose avait changé dans l'atmosphère et, malgré les apparences, pour le mieux. À force d'énumérer leurs différences, les deux hommes commençaient à se comprendre et même à se séduire. Une familiarité leur naissait.
Le pape eut son sourire le plus clair :
- Pardonnez-moi, Père. La mouche donne les ruades qu'elle peut.

Ilia tendit la main vers celle du pape, comme pour le consoler. ….
- Ce qui est plus grave, reprit Ilia, c'est la théologie filoquiste dont est responsable l'ignorance de Charlemagne, mais nous avons eu aussi des théologiens à la limite de l'hérésie, et tant que les théologoumènes ne deviennent pas des dogmes, tout peut encore s'arranger. Vous voyez où je veux en venir ?

- Les dogmes de 1854 et de 1870, je suppose, dit le pape pudiquement, sans les nommer.

-Il est navrant qu'on soit obligé d'y adhérer ou de les nier. Ils auraient pu rester comme des intuitions, comme des hypothèses...

- Comme des dubiis pour lesquels la lïbertas aurait été admise ?

- Ainsi qu'il en fut pendant près de deux mille ans.

- Mais enfin, Père, vous n'êtes pas protestant : qu'est-ce que vous avez contre Marie ?

La vue d'Ilia se brouilla devant tant d'injustice. Il respira plusieurs fois pour se calmer. ….
Il désigna la Madone à l'enfant, bleu et rouge sur fond d'or, assise sur un trône, et illustrant le mur au pied duquel le pape était assis.
Les personnages qui les entouraient avaient des visages expressifs, tandis que l'Enfant et sa Mère étaient hiératiques. L'Enfant bénissait d'une droite aux deux doigts repliés, trois allongés, presque à l'orthodoxe..
- Bien sûr, Marie est pleine de grâce, bien sûr, elle est immaculée, bien sûr, elle est la fine pointe de l'humanité, bien sûr, elle est, en un sens, à elle toute seule, l'Église. Je ne sais pas si vous connaissez notre acathiste à la Mère de Dieu : « Salut, toi par qui le salut s'allumera ; salut, toi sur qui l'enfer s'enferrera... » Vous ne pouvez pas nous soupçonner un instant de l'aimer moins que vous.

- J'ai l'impression de vous avoir blessé, dit le pape. Pardon. Je veux vraiment dire : pardon.

- Nous avons un cantique de Noël où nous disons que la création s'est associée pour permettre la venue du Christ. Le ciel a donné une étoile, la terre une grotte, l'humanité une vierge. Pour nous, Père (il souligna « Père » pour montrer que rien n'était changé entre eux), la garantie suprême de la vérité du christianisme, c'est Marie. C'est le fait qu'une jeune fille comme les autres jeunes filles puisse devenir la Mère de son propre Créateur. Aucune religion antique ou orientale n'a jamais rêvé d'une conception aussi sublime. Dieu n'est pas un visiteur sur terre, un révizor qui rentrera chez lui, l'inspection terminée. Si Dieu est le père de l'homme, l'homme est la mère de Dieu. La petite Juive Marie de Nazareth a vraiment enfanté le bon Dieu. Marie est la goutte la plus pure sortie du pressoir de l'humanité, et la distillation de cette goutte dans l'alambic de l'histoire humaine a donné... Dieu. L'humanité enfante réellement Dieu tous les jours. Vous voyez comme tout cela est riche philosophiquement, comme cela diffère du paganisme, du judaïsme, de l'islam. Vous imaginez une musulmane accouchant d'Allah ? Ou une mortelle donnant naissance à Zeus ? Je suis la mère de Dieu, Père, et vous aussi, vous êtes la mère de Dieu. Nous sommes deux fragments infimes de la mère de Dieu.

-Nous croyons cela aussi, même si nous l'exprimons autrement, dit doucement le pape.

- Oui, mais s'il a fallu un coup de pouce spécial de Dieu pour que Marie naquît affranchie de ce que votre Augustin appelle le péché originel, elle n'est plus vraiment notre petite sœur. Elle n'est plus la fille d'Eve. Elle est une seconde mouture d'Eve. Elle est une Eve réussie. Elle n'est plus...
Ilia chercha une autre façon de s'exprimer. ….. Il acheva faiblement, d'une voix brisée :
- Que voulez-vous que je vous dise ? Elle n'est plus ma petite sœur.

Le pape réfléchit. Une part de lui aurait tant voulu dire à cet homme que rien de tout cela ne comptait, que seul comptait l'amour, mais il n'avait pas été élu pape pour se montrer conciliant sur des dogmes auxquels il croyait de tout son être.
- Je vois, dit-il enfin. C'est en effet une conception sotériologique différente, mais je crois savoir que certains théologiens orthodoxes sont moins hostiles que vous à l'Immaculée Conception. Le père Callistos Ware, par exemple... Enfin, reconnaissons qu'il y a là un obstacle. Et je suppose que vous butez aussi sur l'infaillibilité ? Ne voyez-vous pas qu'elle est indispensable ? Qu'il faut qu'il y ait une voix pour dire : « l'Église croit que... » ?

- Si, mais les conciles œcuméniques sont faits pour cela : nous ne croyons pas que cette fonction puisse être celle d'un seul homme, quelles que soient sa légitimité et sa sainteté personnelle.

- Pourtant, la primauté de Pierre...

- Père, à votre tour, pardonnez-moi de vous parler comme je vais le faire. Personne n'a jamais nié la primauté ni de Pierre parmi les apôtres ni de l'évêque de Rome parmi les évêques. Si vous êtes invités à dîner, vous et le patriarche, la maîtresse de maison vous fera asseoir à sa droite et le patriarche trouvera cela normal. Je me tiens aujourd'hui devant le premier prélat de la chrétienté, j'en suis conscient, je vous assure. Mais de même que, dans les Évangiles et dans les Actes, nous ne voyons pas Pierre donner un seul ordre à un seul apôtre, nous ne croyons pas qu'il appartienne à l'évêque de Rome de commander aux autres évêques. En un sens, pour ma part, je le regrette. Ce doit être confortable de vivre en monarchie.

- Vous ne niez pas les clefs : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux », c'est clair ?

- Ça paraît clair.

- Ça paraît... ça paraît... Elles vous gênent tant que ça, les clefs ?

- Un peu. Mais nous les comprenons dans un sens collectif. Pour nous « Je te donnerai » s'applique à chaque évêque, donc à tous les évêques.

- Faiblard, Père, faiblard, dit gentiment le pape.

- Séparé du contexte, oui. Mais vous savez bien qu'une fois, il dit à Pierre : « Ce que tu lieras sur terre sera lié dans les cieux », et une autre fois il le dit à tous les apôtres : « Ce que vous lierez sur terre sera lié dans les cieux ». Quant à l'infaillibilité (qui ne vous a jamais servi qu'à promulguer le dogme de l'Assomption, sur laquelle tout le monde était déjà d'accord), dites-moi une chose, Père : que se passerait-il si un pape infaillible annonçait ex cathedra qu'il ne l'était pas ?

Le pape se mit à rire franchement. On voyait que cet Italien aimait rire.
- C'est une hypothèse piquante. Presque une aporie de Zenon. Si le pape infaillible dit qu'il est faillible, donc il l'est, donc il peut se tromper, donc il est peut-être infaillible tout de même. Bref, s'il est infaillible, il est faillible, et s'il est faillible, infaillible.

- Oui, mais sérieusement ? Que se passerait-il ?

- Dieu nous en garde : un schisme. Les uns diraient que le pape s'est mis en contradiction avec lui-même, que, par conséquent, sa déclaration ne compte pas, et qu'il est toujours infaillible ; les autres, qu'étant infaillible, il ne peut se tromper en se déclarant faillible et que, par conséquent, il faut l'en croire. On aurait alors des papes et des antipapes : ce ne serait pas nouveau, et cela finirait par se résorber, comme c'est déjà arrivé.
Ilia avança la main vers le verre de cristal gravé où miroitait le madère couleur de rouille, mais ce que dit alors le pape arrêta son mouvement :
- Bon, si je comprends bien, nous avons fait le tour de nos différences telles que vous les voyez. Et nos ressemblances, Père ?

-Ce ne sont pas des ressemblances, Père, ce sont des identités. Nous croyons en un Dieu trinitaire et créateur qui s'est fait homme une fois dans l'Histoire, sous un certain Ponce Pilate, pour sauver sa propre créature. Nous croyons qu'il a été crucifié, qu'il est ressuscité, qu'il nous a légué une Église indivisible que nous nous flattons d'avoir divisée, mais c'est là où nous trompons : nous avons peut-être partagé ses vêtements, mais nous n'avons pas déchiré sa tunique ; nous l'avons simplement tirée au sort, et on ne sait pas qui a gagné. Nous croyons que l'humanité a produit la Mère de Dieu, avec ou sans Immaculée Conception. Nous croyons en l'amour de Dieu et du prochain comme en des amours équivalentes. Nous croyons que le Fils de Dieu est présent parmi nous, entre autres sous la forme du pain et du vin consacrés. Avec tout cela, notre croyance n'est vraiment ni une philosophie ni une règle de vie : nous aimons une Personne, la même.

- Et nous ne communions pas au même calice ? !

- Le père Boulgakov pensait que cette séparation était la plus grande catastrophe jamais arrivée à l'humanité.

Les deux prêtres du Christ se regardèrent.
Le pape, qui avait peu songé à cette catastrophe, qu'il avait toujours perçue comme « le schisme d'Orient », hocha la tête.
- Vous devez en souffrir plus que nous, parce que vous êtes moins nombreux. Que, d'une certaine manière, vous vous êtes mis à l'écart de l'Histoire...

- Vous croyez vraiment que c'est nous qui ... ?

-Pardon pour cette maladresse d'expression. Nous devrions montrer pour vous plus de compréhension que nous ne le faisons. Ce sont les circonstances historiques qui... Il ne faut jamais sous-estimer les circonstances historiques, ni surestimer la mauvaise volonté des hommes.

Ilia ne répliqua pas. Il voyait les choses autrement. Pour lui, c'était Rome qui, en essayant de s'arroger un pouvoir absolu et paternel sur toutes les Églises, alors qu'elle n'aurait dû exercer sur elles que l'autorité morale d'un grand frère, avait émigré en dehors de la vérité apostolique. Mais à quoi bon le dire ? Il n'était pas venu pour cela.
-Nous avons encore bien d'autres ressemblances, Père. Par exemple, dans l'erreur et dans le péché. Les uns et les autres, nous avons cru tout savoir mieux que tout le monde. Nous avons converti par le fer et par le feu. Nous avons offensé les païens et humilié les juifs. Lui nous avait dit qu'on nous reconnaîtrait à l'amour que nous nous porterions, nous nous sommes détestés et entretués. Constantinople a enfanté l'iconoclasme, Rome le protestantisme. Vous avez eu les guerres de religion, nous avons persécuté nos Vieux-croyants. Nous nous sommes tous contredits sur les fins dernières, nous n'avons pas résolu le problème du mal, nous avons fait de la morale une fin, alors qu'elle n'est qu'un moyen, et pas toujours sûr. Nous n'avons jamais su ce qu'il fallait faire de l'instinct guerrier : tantôt nous le condamnons, tantôt nous l'exaltons...

Le pape semblait ravi :
- Et la chair donc ! Comme nous nous sommes embrouillés dans les questions de la chair ! Nous prêchons la transmission du péché originel par la voie sexuelle, et nous prônons la sainteté du mariage. Pas mal, hein ? Sans compter la fornication, dont nous avons fait le plus grand péché, alors que c'en est peut-être le moindre, parce qu'il est lié à notre fragilité, pas à notre hubris. C'est comme si nous faisions exprès d'oublier la femme adultère et les pécheresses de l'Évangile.

- Théoriquement, elles cessaient de pécher aussitôt converties.

- Oh ! vous en êtes sûr ?
Et les fossettes d'indulgence et d'humour palpitèrent aux coins de la bouche du pape.
………………………………..
La crise derrière la crise

Xavier Eman (pour novopress)

Les récents et dramatiques événements qui ont vu de nombreuses cités dites françaises s’embraser et une partie de leur population organiser une véritable guérilla urbaine contre l’Etat ne doivent pas masquer la complexité et la profondeur hétérogène de la crise que nous traversons dont ils ne sont qu’un des nombreux symptômes et un élément (fortement) aggravant mais en aucun cas la cause principale et unique.
Si les problèmes de l’immigration et leurs délétères conséquences ethnico-culturelles et sociales ne doivent aucunement être minimisées, il convient de ne pas tomber pour autant dans la facilité exutoire d’en faire le « deus ex machina » de toutes nos tares et de tous nos maux.
Il faut garder à l’esprit que ce qui est le plus visible et le plus agressif, voir le plus insupportable, au quotidien n’est pas pour autant, automatiquement, la cause essentielle du mal.
Bien sûr il faut lutter avec toute l’énergie nécessaire contre ces atteintes quotidiennes à notre sécurité et à notre intégrité mais si l’on ne se penche pas parallèlement sur les causes plus profondes, plus fondamentales, de la dégénérescence aboulique de l’Europe, on se bornera à tenter d’apaiser la douleur sans soigner la maladie et donc pouvoir un jour l’éradiquer.
Et ces causes ontologiques de notre actuelle décadence apparaissent à l’analyse comme étant internes beaucoup plus qu’exogènes.
Nous traversons, au delà d’une crise civilisationnelle, une crise humaine, une crise de l’homme européen.
Ce ne sont pas tant (comme il est rassurant de croire…) nos ennemis qui sont forts et les dangers qui nous menacent qui sont insurmontables mais nous qui sommes faibles, perdus, sans volonté ni repères.
Où se situe le vrai fond du problème ?
Dans la vitalité démographique, proche de l’incontinence, des « mamas » africaines ou dans notre incapacité à créer des couples durables et des familles solides conscientes des valeurs qu’elles veulent transmettre à des enfants bien élevés et nombreux ?
Dans le fait que quelques bandes de voyous multi-ethniques fassent régner le désordre dans la rue ou dans celui que les « petits blancs » ne trouvent plus l’énergie et le courage nécessaires pour les affronter ?

Dans la tendance exponentielle des jeunes filles européennes à fréquenter des allogènes ou dans la transformation de nos frères en demi-tapettes névrosées et peureuses incapables d’assurer la sécurité matérielle, physique et affective que réclament les femmes ?
Dans le développement de l’Islam ou dans l’abandon du catholicisme et de toute spiritualité par nos compatriotes ?
Dans « l’agression impérialiste de la culture américaine » ou dans notre hédonisme dévorant, notre désintérêt pour la lecture et notre appétence boulimique pour l’image et les jeux vidéo ?
Notre premier adversaire, c’est nous même. Et pour combattre les autres il faut avoir des bases solides, être bien construit et intérieurement riche, savoir ce que l’on veut et ne pas se contenter de rejeter ce que l’on ne veut pas…
Lutter contre l’immigration-subsitution de populations, bien sûr ! Mais pas pour vivre « entre soi », entre bons petits bourgeois libéraux, jouisseurs, matérialistes et décérébrés comme le fait aujourd’hui la majorité de nos compatriotes !
Cette boue ne mérite ni d’être défendue ni d’être sauvée.
Défendre son identité ce n’est pas rejeter, par principe, celle des autres, c’est d’abord connaître la sienne, la redécouvrir, l’enrichir, la consolider, la renouveler…
Commençons par nous reconstruire, par prêcher par l’exemple, par nous ressourcer, nous éduquer, nous former, créer un contre-modèle effectif et efficient (qui ne se limite pas au discours) plus beau, plus élevé et plus solidaire…
Car si nous n’avons à opposer à l’utopie cosmopolite et à l’impérialisme islamiste que la sordidité d’un monde vétuste et sans joie composé d’hommes et de femmes sous médicaments, égarés entre sentimentalisme névrotique et consumérisme compulsif, nous perdrons… et ce ne sera, finalement, que justice…
La première des révolutions : la révolution intérieure !


Métaphysique de l'histoire

Le texte ci-dessous est un extrait de l’ouvrage de Dominique VENNER « Histoire et tradition des Européens – 30 000 ans d’identité » paru en 2002 aux éditions du Rocher.
Il n’est pas éxagéré d’affirmer que ce livre devrait ètre le livre de chevet de tout ceux qui pensent qu’ils existe bien une identité européenne aux antipodes de l’utopie abstraite et formatée de Bruxelles.

L'histoire est-elle une science, un art, une métaphysique ? Le monde antique a répondu à sa façon. Il connaissait une Muse nommé Clio qui plaçait l'histoire au rang des arts. À l'inverse, les historiens qui prétendent exclusivement à la science entendent se parer d'un prestige qu'ils jugent supérieur, tout en affichant une prétention à la neutralité objective. Mais qui pourrait croire que la « science », tant invoquée au XXe siècle par la plupart des idéologues, puisse être une garantie d'impartialité ? Les sciences de l'esprit se rapportent à une réalité qui n'est pas abstraitement construite, comme dans les sciences physiques et mathématiques, mais connue intuitivement, grâce à une compréhension psychologique de ce qui a été vécu. C'est pourquoi l'histoire reste un art d'interprétation, ce que résume un mot de Georges Duhamel : «L'impartialité historique est une duperie. L'historien véritable n'est point greffier mais poète. »
Oui, dans sa plénitude, l'histoire est poésie, mais elle est aussi une métaphysique. Qu'est-ce à dire ? Parler d'une « métaphysique de l'histoire » ce n'est pas faire de celle-ci une lecture selon telle ou telle doctrine métaphysique. Cela signifie que ce que révèle l'histoire est au-delà du factuel, au-delà de la « physique », au-delà de la simple restitution des faits et du passé. Autrement dit, l'histoire est créatrice de sens. À l'éphémère de la condition humaine, elle oppose le sentiment de l'éternité des générations et des traditions. En sauvant de l'oubli le souvenir des pères, elle engage l'avenir. Elle accomplit un désir de postérité inhérent aux hommes, un désir de survivre à sa propre mort. Ce désir a pour objet la mémoire des générations futures. C'est en espérant y laisser une trace que l'on s'efforce de forger l'avenir. Avec la perpétuation d'une lignée, cela fut l'un des moyens conçus par nos ancêtres pour échapper au sentiment de leur propre finitude.
Bien que le domaine de l'histoire soit le mémorable, la « mémoire », tant invoquée à la fin du xxe siècle, se distingue de l'histoire. L'histoire est factuelle et philosophique alors que la mémoire est mythique et fondatrice. La mémoire juive, par exemple, avant la Shoah, s'est enracinée sur l'événement légendaire de la sortie d'Egypte, qui manifeste la sollicitude de Yahvé à son peuple. Inversement, la mémoire hellène s'enracine dans les poèmes homériques, sur l'exemplarité des héros confrontés au destin.
Orwell avait compris les enjeux modernes de l'histoire et de la mémoire. « Qui contrôle le passé contrôle l'avenir, écrivait-il dans son roman 1984. Et qui contrôle le présent contrôle le passé. »
II serait erroné et naïf de négliger la réalité de menées hostiles dans les causes du grand bouleversement de l'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale '. Un bouleversement qui trouve ses applications dans les sciences humaines et dans l'interprétation de l'histoire. Passés de l'arrogance au masochisme, les Européens se sont appliqués à pourchasser leur ancien ethnocentrisme, tout en flattant celui des autres races et des autres cultures. De grands efforts ont été faits pour briser le fil du temps et sa cohérence, pour interdire aux Européens de retrouver dans leurs ancêtres leur propre image, pour leur dérober leur passé et faire en sorte qu'il leur devienne étranger. De tels efforts ont des précédents. Du Haut Moyen Âge à la Renaissance, de nombreux siècles ont été soumis à une ablation de la mémoire et à une réécriture totale de l'histoire. En dépit des efforts déployés, cette entreprise a finalement échoué. Celle, purement négative, conduite depuis la deuxième partie du xxc siècle, durera beaucoup moins. Venant d'horizons inattendus, les résistances sont nombreuses. Comme dans le conte de la Belle au bois dormant, la mémoire endormie se réveillera. Elle se réveillera sous l'ardeur de l'amour que nous lui porterons.

jeudi, novembre 24, 2005


Vladimir Volkoff a rejoint sa garde des ombres.

Chaque soir, selon la coutume orthodoxe, Vladimir Volkoff priait tous ses morts.

"J'ai le sentiment, confiait-il, de me recruter une sorte de garde priante pour l'autre monde, une garde d'ombres qui m'accueillera sur le seuil de ce prétoire céleste quand mon tour viendra."

Son tour est venu le 13 Septembre, beaucoup trop vite, subitement comme pour "L'hôte du Pape", le métropolite de Léningrad, dans les bras de Jean-Paul I.
La vie et l'oeuvre de Vladimir furent une victoire sur les destins brisés de sa famille. La révolution soviétique avait tout balayé. Son grand-père, ses parents, ses oncles ont tout reconstruit et le génie de la vieille Russie parlait de nouveau par la bouche de l'écrivain. Sa rubrique du Who's Who annonce crânement: "profession du père, laveur de carreaux".
Son grand-père Diedouchka, marqué par la première guerre mondiale, cherchait à lui expliquer ce que la noblesse signifierait pour lui quand il serait grand: "Pour l'assaut, le premier à sortir de la tranchée, ce sera toi".
Devenu grand, Volodia - né en 1932 - mena le combat en Algérie. Une seconde fois, le sort des armes politiques eut raison de son camp. Il devint un témoin et rendit leur honneur aux combattants et toute sa force à la vérité historique.
La guerre devenue idéologique, il fut l'un des premiers à définir et dénoncer la désinformation comme arme massive du bloc communiste. Ce même grand-père, colonel de l'armée du Tsar, aimait la France, la grande alliée à laquelle la Russie avait sacrifié sa propre armée en août 1914. Vladimir Volkoff hérita de cet amour et servit la France à son tour. Mais son immense joie fut de retourner sur la terre russe libérée et d'honorer la famille impériale, à Saint-Petersbourg.
Cet ancien agent des services secrets, qui a vu beaucoup de choses dans sa vie (en témoigne son roman Le Retournement), qui a vécu de longues années aux Etats-Unis, était "Moyennement Démocrate", et "Plutôt Aristocrate" selon les titres de ses deux percutants petits livres, remèdes infaillibles contre la bêtise égalitaire contemporaine.
Le mère de Volkoff, sorte d'héroïne de Pasternak, écrivait des dialogues de théâtre. Fou de littérature à son tour, et particulièrement de théâtre, l'écrivain avait écrit des pièces, les mettant en scène et les jouant lui-même. Qui a assisté à "L'Interrogatoire", ce dialogue entre un officier allemand prisonnier et son geôlier, officier russe, a senti toute la force et la justesse de l'écrivain.
Ses deux plus grands regrets: que les Alliés aient osé remettre aux soviétiques les prisonniers allemands et russes, sachant que les malheureux seraient exécutés dès leur arrivée, et que le monde libre n'ait jamais organisé de procès du communisme. Mais n'oublions pas, derrière le combattant, le poète tendre d'"Il y a longtemps, mon aour", l'homme pétillant d'humour, insolent du matin au soir pour le plus grand bonheur de ses amis et de ses lecteurs, l'homme riche de mille un projets sans cesse mis en chantier, et enfin, le passionné d'escrime.
Il eût aimé être élu à l'Académie Française. Tout est perdu fors l'honneur. C'est la seule chose qui comptait pour lui.
Son livre préféré, qu'il voulait voir réédité, était "Les humeurs de la mer".
Son dernier roman, "L'hôte du pape", nous lègue enfin la plus profonde de ses aspirations, la réunion de l'Eglise catholique et de l'Eglise orthodoxe. Chrétien fervent, Vladimir nous avait donné sa lecture de l'Evangile selon Saint Jean, Saint Luc, Saint Marc et Saint Mathieu. "Si Dieu n'existe pas, tout est permis", aimait-il rappeler, après Dostoïevski. Et il ne ratait pas ceux qui se permettent tout, les crapules de son roman "Le Bouclage", "La Trinité du mal" - Lénine, Trotski, Staline - comme Hitler, mais combien de fois n'a-t-il pas rappelé à un public ébahi, abruti de propagande, que le marxisme avait fait infiniment plus de victimes et provoqué plus de troubles que le national-socialisme ? Ce fut le sujet de l'une de ses dernières conférences dans le Var.
Il ne savait ni le jour ni l'heure mais, comme la sentinelle, il était prêt. Pas nous....

Anne Brassié.

mercredi, novembre 23, 2005

Lien vers le Forum Orthodoxe Francophone

Avertissement :
Le forum orthodoxe est une mine d’informations et de réflexions sur l’orthodoxie.
Les discussions y sont le plus souvent d’une très haute érudition.
Il offre aussi une iconothèque très riche. Certaines icones sont fort rares.
Il faut aussi noter la présence d’un calendrier des saints très fourni et bien tenu ainsi qu’une liste de livres et de textes sur l’Orthodoxie.

Il n’est pas nécessaire d’être inscrit pour avoir accès à l’ensemble du forum.

Les seules raisons de l’être sont :
- la participation aux discussions
- l’attribution d’une messagerie privée permettant des échanges avec les autres membres du forum.
- Un lien vers l’email personnel.

Mais attention :
Il ne faut pas prendre l’avertissement « Échangez vos idées librement ici » au premier degré.
Il s'agit d'un forum privé dont l'objectif est d'échanger et de s'informer sur l'orthodoxie.


De la boussole au navigateur

Je ne sais rien faire d'autre. J'indique mon Nord.
Je pourrais tout aussi bien indiquer le Sud, ou l'Est, ou l'Ouest, ou n'importe quel point de la rose des vents ... comme le font, d'ailleurs, d'autres boussoles "étrangères".
Une chose est sure, c'est que si j'indique autre chose, c'est que je suis ... déboussolée.
Mon Nord, c'est ma raison d'être. Et même si le roulis et le tangage de la vie me font osciller, je finis toujours par me stabiliser en pointant vers ce point. Je n'y suis pour rien. "On" m'a construit comme ça.
Comme je ne sais rien faire d'autre, je le fais avec une constance un peu brutale que, souvent, cher capitaine, tu dois trouver obtuse et énervante.
Pourtant, il a bien fallu, faute de n'être qu'un bête et passif instrument du voyage, trouver des justifications à cette polarité, l'habiller de raison, la parer d'une Transcendance.
C'est ainsi, qu'avec la patine et les rides du temps, je le trouve beau, mon Nord. Tellement d'autres boussoles, du même fabriquant, l'ont indiqué avant moi, avant de reposer au fond des océans. Ce Nord, il n'est ni à droite, ni à gauche, ni en bas, il est en haut et une étoile brille sans bouger au dessus de lui.
Mais je ne suis qu'une boussole et n'ai pas la prétention d'indiquer la direction du bateau. Là, c'est ton affaire, Cher Capitaine. Je ne suis pas là pour t'indiquer où tu dois aller mais pour que, toujours, tu saches où tu es et où tu vas.
Si parfois, tu trouves que j'indique un nord bizarre, c'est soit que je suis déréglée par une "masse" quelconque qui me perturbe, soit que, quelque part, ton estime est erronée et que tu n'es pas où tu croyais être. Les courants de la vie sont tellement traitres ! Ce n'est jamais trés grave: un petit tour vers la table de navigation, quelques calculs à refaire et c'est bon.
Cher Capitaine, je n'ai pas d'autre raison d'être que ton service. "On" m'a construit pour ça. Sous la vitre froide de ma rosace et malgré la rouille, mon coeur de boussole bat pour toi.
I. Barsof
La France et la Russie



L’acharnement particulier des forces du Mal sur la France et la Russie révèle, à ceux qui ont des yeux pour voir, le destin tout aussi particulier de ces deux nations dans le plan de Dieu.

I. Barsof

Légitimité du pouvoir politique


Un pouvoir n’est légitime que s’il est l’incarnation et le gardien des idéaux ancestraux de son peuple.

I. Barsof
La catéchèse de Saint Nectaire d’Egine

Saint Nectaire d'Egine est sans aucun doute parmi les plus aimés et les plus vénérés saints de l' Eglise en ce XXe siècle. L'Evêque de la Pentapole, le Thaumaturge d'Egine est très populaire, bien entendu en Grèce mais aussi à travers toute la Diaspora Orthodoxe d'Occident où son culte s'est fortement répandu. Cela en raison de ses nombreuses intercessions et de ses innombrables guérisons miraculeuses. Ayant beaucoup souffert avec patience par amour pour le Christ, la calomnie, le mépris et les vexations, il a appris à se montrer compatissant pour les souffrances de ceux qui se confient en lui. Sa catéchèse, toute emprunte de profonde simplicité, montre combien il est proche de nos préoccupations spirituelles et particulièrement de celles des plus petits et des plus humbles.

La voie du bonheur
Rien n'est plus grand qu'un cœur pur, parce qu'un tel cœur devient le trône de Dieu. Et qu'y a-t-il de plus glorieux que le trône de Dieu ? Bien entendu, rien du tout ! Dieu dit à propos de ceux qui possèdent un cœur pur : " J'habiterai et je circulerai au milieu d'eux ; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple ! " ( 2 Cor. 6/16 ).
Qui oserait encore affirmer être plus heureux que ces gens-là ? Car de quels biens prétendraient-ils être privés ? Ne trouve-t-on pas tous les dons et tous les bienfaits de l'Esprit Saint dans leurs âmes bienheureuses ? Que leur manque-t-il par conséquent ? Vraiment, ils ne souffrent de rien car ils gardent dans leur âme la plus précieuse des richesses : Dieu Lui-même. Combien se trompent les hommes lorsqu'ils font fi de leur propre personne pour aller prendre ailleurs du bonheur : en se rendant dans des terres lointaines, en parcourant le monde par de nombreux voyages, en rêvant de richesse et de gloire, en courant après la fortune et les vains plaisirs ou encore en voulant s'approprier les choses de ce monde, qui ne procurent que des lendemains amers ! L'édification de la tour du vrai bonheur en dehors de son propre cœur équivaut à vouloir construire un édifice qui reposerait sur des fondations instables et secouées par des tremblements fréquents. Sûrement qu'une telle bâtisse finira un jour par s'effondrer toute entière d'elle-même. Mes frères, le vrai bonheur n'existe qu'à l'intérieur de vous-mêmes et bienheureux est celui qui a compris cela. Scrutez donc votre cœur et prenez le temps de vous pencher sur votre propre état spirituel. A-t-il perdu son assurance en Dieu ? Est-ce que vos consciences se plaignent que vous vous détournez des commandements divins ? Vous accuse-t-elle, cette conscience, de pratiquer l'injustice et le mensonge, de négliger vos devoirs envers Dieu et votre prochain ?
Examinez-la par conséquent scrupuleusement : il se pourrait bien que des pensées et des passions mauvaises fourmillent dans votre cœur et qu'ainsi il se soit engagé sur des routes tortueuses et infranchissables… Hélas, celui qui a négligé son propre cœur, celui-là s'est aussi volontairement privé de tous les biens pour les remplacer par de nombreux autres maux. C'est ainsi qu'il a chassé la joie loin de lui et le voilà maintenant plongé dans l'amertume, la tristesse et toutes sortes d'inquiétudes. Sans la paix intérieure, il est saisi par le trouble et la peur. L'amour parti c'est la haine qui s'y est installée. En se dépouillant des dons et des fruits que l'Esprit Saint lui a offerts au moment de son baptême, il est devenu un familier de tout ce qui fait de l'homme un être pouilleux et misérable. Mes Frères ! Le Dieu plein de miséricorde n'aspire qu'à notre bonheur aussi bien dans cette vie que dans l'autre. C'est pour cela qu'Il a fondé sa sainte Eglise. Afin de nous purifier par Elle de notre péché ; pour nous sanctifier ; pour nous réconcilier avec Lui ; pour nous combler de ses bénédictions célestes. Et les bras de cette Eglise vous sont très largement ouverts. Courons-y vite, nous qui avons le cœur lourd. Courons-y très vite et nous verrons que l'Eglise nous attend pour prendre sur Elle notre lourd fardeau, nous mettre en confiance avec Dieu et remplir notre cœur de félicité et de joie.

Le saint baptême
" Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ " ( Gal.3/27 ) Que de vérités dans ces paroles de l'Apôtre Paul ! Les baptisés en Christ ont quitté la tunique du vieil homme, entachée de passions et de mauvais désirs et ils ont revêtu celle de l'homme nouveau, autrement dit le Christ Lui-même qui maintenant vit au plus intérieur de leur cœur. Car la phrase " vous avez revêtu " n'a plus aucun rapport avec les vêtements que nous portons. Il est question ici d'une autre réalité ; d'une réalité bien plus profonde ; de quelque chose de plus essentiel et que plus rien ne peut vous arracher. Par l'affirmation de notre foi et le baptême nous recevons réellement pour vêture le Christ et nous devenons les vrais enfants de Dieu, les demeures de l'Esprit Saint, les temples du Très-Haut. Nous sommes appelés à la sainteté, à la perfection et à la divinisation par la grâce qui nous est ainsi conférée. Nous voici donc libres de toute corruption puisque revêtus d'incorruptibilité. Dépouillés désormais de l'homme du péché, nous sommes en retour revêtus de l'homme de la justice et de la grâce.
Nous avons chassé la mort en recouvrant la vie éternelle. Au fait : sommes-nous réellement conscients de l'engagement que nous avons pris devant Dieu lors de notre baptême ? Avons-nous compris qu'il nous incombe désormais de nous comporter en fils authentiques de Dieu et en véritables frères de Notre Sauveur ?
Comprenons-nous bien que notre premier devoir consiste à faire concorder notre propre volonté avec celle de Dieu Lui-même ; qu'il nous faut nous libérer du péché ; qu'il est impératif pour nous de nous adonner à la charité avec toutes nos forces, de toute notre âme et de tout notre cœur; qu'il est de notre devoir de louer et adorer Dieu et de garder notre regard tourner avec la plus grande impatience vers cet instant où nous serons définitivement unis à Lui? Avons-nous fait notre cette pensée que notre cœur ne peut désormais que déborder d'authentique amour afin qu'il ne perde jamais de vue le prochain ? Enfin, sommes-nous convaincus que notre unique vocation est d'acquérir la sainteté et la perfection ; que nous sommes des icônes vivantes de Dieu, des enfants et des héritiers de son Royaume, le Royaume des cieux ? C'est pour toutes ces raisons qu'il n'y a de cesse à notre lutte spirituelle afin que nous soyons dignes de l'appel que Dieu nous a adressé en vue de nous éviter de subir un jour l'affront d'être désavoué à cause de nos actes. Oui mes Frères, ayons à cœur de remporter victorieusement le bon combat en usant de zèle et d'abnégation. Marchons avec audace, sans négligence, sans crainte, sans buter sans cesse devant les épreuves : Dieu est avec nous ; Il est notre aide et notre soutien ; Il nous fortifie et nous conforte sur le difficile chemin de la vertu.


Le combat spirituel
Le but de notre vie, c'est l'acquisition de la perfection et de la sainteté. C'est devenir les dignes enfants de Dieu et les héritiers de son Royaume. Prenons garde de nous priver de cette vie future en donnant la priorité aux choses de la vie présente. Ne nous écartons pas du but et du sens de la vraie vie en privilégiant les soucis et les tribulations qui sont inhérents au monde d'ici-bas. Le jeûne, les veilles et la prière ne peuvent à eux seuls produire les fruits escomptés. Ils ne constituent pas en soi le véritable but ; ils ne sont que des moyens pour atteindre ce but. Aussi, ornez vos cierges d'authentiques vertus. Luttez sans cesse pour déraciner les
passions qui sont en vous. Purifiez vos cœurs de toutes ses souillures pour qu'il devienne la demeure de Dieu et que l'Esprit Saint y trouve de quoi le remplir de ses dons divins. Mes bien-aimés, que toutes vos préoccupations et tous vos soucis tendent uniquement vers cela, vers ce seul but déjà cité qu'il ne faut en aucun cas délaisser. C'est en vue de cela que votre prière est essentiellement adressée à Dieu. A chaque instant de votre existence cherchez d'abord Dieu. Mais cherchez-Le là où Il se trouve : à l'intérieur de votre cœur et uniquement là. Et lorsque vous L'aurez enfin trouvé, tenez-vous devant Lui avec effroi et crainte à l'instar des Chérubins et des Séraphins parce qu'alors votre cœur sera devenu le trône de Dieu. Toutefois, pour trouver le Seigneur, humiliez-vous plus bas que terre parce que Dieu vomit les orgueilleux tandis qu'Il aime au contraire et visite les humbles de cœur. C'est pour cette raison qu'Il a dit par la bouche d'Isaïe (ch. 66/2) : "Celui qui attire mes regards, c'est l'affligé, le cœur contrit qui craint ma parole". Mène le bon combat donc et Dieu en retour te fortifiera. Par ce combat nous localisons nos propres faiblesses, nos manques et nos défauts personnels. Car ce combat incessant n'est que le miroir de notre situation spirituelle : celui qui n'a jamais mené ce type de combat, celui-là n'a jamais non plus été capable de connaître son état intérieur réel.
Attention à ce que vous considérez comme étant " vos petits péchés ". Si par inadvertance il vous arrive de succomber à un péché, surtout ne désespérez pas : relevez-vous vite, tombez à genoux devant Dieu, Le seul capable de vous redresser. Ne vous enfermez pas dans votre grande tristesse, qui ne sert qu'à couvrir votre fierté. Les états de tristesse exagérée et les moments de désespoir qui nous saisissent nous font beaucoup de tort et ils finissent par devenir pour nous un vrai danger. Très souvent ils ne sont que l'œuvre du diable afin que nous mettions un terme à notre bon combat. On trouve aussi en nous des faiblesses et des défauts et des passions dont les racines sont profondes ; plusieurs d'entre eux nous sont par ailleurs héréditaires. On ne se défait pas de tout cela en usant d'expédients spasmodiques ni en succombant à l'anxiété et au désespoir mais on en guérit en usant de patience, de persévérance, de fermeté envers soi-même, de sollicitude et d'attention. C'est vrai : la route qui mène à la perfection est longue et ardue. Priez Dieu de vous en donner la force. Affrontez vos chutes avec patience et une fois debout, ne vous attardez pas, comme le font d'habitude les gosses, sur le lieu de votre chute en poussant des hurlements et en versant des pleurs la plupart des fois inconsolables. Restez sans cesse vigilants et sans cesse priez pour ne point succomber à la tentation. Et s'il vous arrive de tomber dans des fautes déjà anciennes, surtout ne vous laissez pas aller au désespoir car nombre d'entre elles sont naturellement puissantes et c'est par habitude qu'on les commet. Cependant, avec le temps et la persévérance, on trouve aussi le moyen de les vaincre. Pour cela loin de vous tout désespoir !

La Prière
La tâche première de l'homme, c'est la prière. En tant qu'image de Dieu, il a soif de Lui et c'est avec passion qu'il s'efforce de s'élever jusqu'à Lui. Plus l'homme prie, plus il dépouille son âme de tout désir mondain, plus il accède aux biens célestes. Et encore, plus il se dépouille des plaisirs de cette vie, plus il jouit de la vraie joie qui vient du ciel. C'est par l'expérience acquise qu'il nous est possible de témoigner de cela. Dieu agrée toute prière qui lui est offerte de manière correcte, c-à-d dès lors que nous la formulons en étant conscients de notre imperfection et de notre indignité. Aussi faut-il pour cela renier totalement le mauvais qui est en nous et nous soumettre aux commandements divins. Cela exige que nous soyons humbles et que sans relâche nous nous adonnions au vrai travail spirituel. Remettez à Dieu tous vos soucis. Il est votre Providence. N'ayez pas peur ;
ne laissez pas le trouble s'installer en vous : Dieu scrute les profondeurs cachées de vos âmes et Il répond à vos désirs à Sa manière. Aussi demandez, ne perdez pas courage et dites-vous que vous n'avez pas le droit de vous plaindre quand votre attente n'est pas comblée. Les voies du Très-Haut vous sont inconnues ; pour cette raison restez sereins et sans cesse tournez votre regard vers Lui. A elles seules les demandes et les prières ne nous apportent pas la perfection. Seul le Seigneur nous conduit vers la perfection en venant habiter en nous chaque fois que nous nous conformons à Ses volontés. L'une des premières c'est de ne pas vouloir réaliser coûte que coûte nos propres désirs mais Ses préceptes. De la même façon que les anges les pratiquent au ciel avec justesse. C'est pourquoi, si le Christ ne réside pas en nous, nos prières et nos demandes restent vaines.

La paix
La paix est un don divin, richement distribué à tous ceux qui sont réconciliés avec Dieu. La paix ressemble àla lumière , à l'opposé du péché qui est ténèbres : un pécheur ne peut jamais être artisan de paix. Luttez contre le péché et ne soyez pas troublés par le réveil de vos propres passions . Si tu sors vainqueur , cet éveil de passions se transformera en joie et paix. Si tu succombes ( et fasse qu'il n'en soit pas ainsi ), ce sont la tristesse et le trouble qui prennent le dessus. Et si encore, après avoir mené un rude combat, il advient que le péché l'emporte momentanément sur toi, toi au contraire persiste dans ta lutte et au bout du compte tu en sortiras et vainqueur et pacifié. " Cherchez à être en paix avec tout le monde ; cherchez la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur " ( Hébreux 12 / 14 ). La paix et la sanctification sont deux conditions nécessaires pour celui qui recherche avec zèle le visage de Dieu. La paix est le fondement sur lequel se construit la sanctification. Point de sainteté dans un cœur troublé et coléreux. La colère, lorsqu'elle perdure dans notre âme, devient cause de haine et d'inimitié. Voilà pourquoi il convient de vite se réconcilier avec son prochain. Pour ne pas être privé de la grâce divine qui sanctifie nos cœurs ! Celui qui est en paix avec lui-même, celui-là pacifie aussi les autres et il demeure dans la paix de Dieu.

L' amour (agapé)
Chaque jour demandez à Dieu qu' Il vous fasse la grâce du don d'aimer. Préservez avec toute la vigilance nécessaire la qualité de vos relations avec les autres et témoignez-leur de votre respect car ils sont " images " de Dieu. Ne vous laissez pas surprendre par le seul spectacle de la beauté du corps : lorsque le cœur n'est pas réchauffé par la prière pure, l'amour se contente du seul charnel, avec pour conséquence de rendre confuses les pensées et de réduire le cœur en cendres. Celui qui reste sur ses gardes pour que le don de l'amour soit préservé dans sa pureté, celui-là ne tombera pas dans le piège du Malin, lequel consiste à transformer pas à pas et sans bruit l'amour prôné par l'évangile en amour purement sentimental.

Le discernement
Je vous conseille la raison et la sagesse en toutes circonstances et d' éviter les extrémités de toutes sortes.
Allez de l'avant avec discernement. De même n'affaiblissez pas votre corps en lui imposant des excès insurmontables. Rappelez-vous que l'ascèse du corps a pour unique but d'aider l'âme à atteindre la perfection. La seule voie possible pour l'acquérir, c'est le bon combat de l'âme. Aussi ne tendez pas la corde plus que nécessaire. Sachez que Dieu n'impose pas des contraintes lorsqu'il distribue Ses dons : ce que nous recevons de Lui, c'est tout-à-fait gratuitement que nous le recevons parce que Sa miséricorde est sans limites.
Ne visez pas trop haut non plus en vous adonnant à de grands actes d'ascèse si par ailleurs vous ne possédez pas d'abord ces vertus sans lesquelles vous risqueriez de vous égarer dans l'élévation et l'audace. Tant que l'on croule sous les passions, on court le risque de se tromper comme cela arrive aux imbéciles et aux prétentieux. A ceux qui sont dépouillés de leurs passions, les dons de la grâce divine leur sont distribués tels des récompenses ; en toute discrétion et alors qu'ils s' y attendent le moins.

L' arrogance
L'arrogance de la raison ressemble à la fierté satanique qui renie Dieu et blasphème contre l'Esprit Saint. C'est pourquoi elle guérit très difficilement. Par contre, la fierté du cœur n'est pas un produit de la fierté satanique car elle tire son origine de diverses situations et à travers de multiples évènements : richesse, gloire, honneurs tant spirituels que physiques ( intelligence, beauté, force, adresse…). Tout cela atteint le cerveau des insensés ; ils tombent dans la vanité sans que pour cela ils ne cèdent à l'athéisme…Très souvent le Seigneur les prend en pitié et use de sa divine pédagogie pour qu'ils redeviennent raisonnables. Alors leur cœur, grâce à la contrition, cesse de courir après les vaines gloires et finit par guérir. Il me paraît juste de dire que toute notre attention spirituelle devrait se concentrer sur la nécessité de neutraliser en nous l'arrogance et la fierté ainsi que leurs acolytes. Si par contre nous les remplaçons par la véritable humilité, alors nous sommes sûrs de posséder le tout. Car là où il y a humilité en Christ, là aussi il y a regroupement de toutes les vertus qui mènent directement à Dieu.

La noblesse chrétienne
Les chrétiens doivent, selon le commandement du Christ, tendre vers la perfection et la sainteté. La perfection et la sainteté commencent d'abord par creuser un profond sillon dans l'âme pour ensuite imprégner nos pensées, nos désirs, nos paroles et nos actes. De cette manière tout ce qui emplit l'âme déborde aussi extérieurement sur le caractère de l'homme tout entier. Aussi comportons- nous envers tous avec délicatesse.
Que nos paroles et nos actions transpirent la grâce du Saint Esprit, dont nous sommes les porteurs au fond de notre cœur. Alors tout notre vécu témoignera que ce qui est glorifié, c'est d'abord le nom de Dieu. Qui mesure ses paroles, mesure aussi ses actes. Qui fait attention à ce qu'il dit, fait aussi attention à ce qu'il entreprend ; jamais il ne va au-delà de la mesure et de la bienséance . Car les vains mots engendrent les haines, les inimitiés, les tristesses, les disputes, les troubles de tous genres, les guerres aussi. Délicatesse donc et profond respect ! Que jamais ne sortent de nos lèvres des paroles blessantes ; des paroles qui n'ont pas d'abord été salées par la grâce de Dieu. Que les mots prononcés dans notre bouche soient pleins de bonté comme venant du Christ Lui-même et qu'ils soient le reflet de la façon dont nous cultivons notre propre âme.

La doxologie
Le devoir du chrétien, c'est de toujours rendre gloire à Dieu aussi bien avec son corps qu'avec son esprit. D'ailleurs tous les deux sont la propriété de Dieu et à cause de cela nous n'avons pas le droit ni de les déshonorer ni de les corrompre. Tout être qui se souvient que son corps et son esprit appartiennent à Dieu est saisi de piété et de crainte mystique à leur égard et cela contribue à les préserver du péché tout en restant en constante relation avec Celui qui est la cause même de leur sanctification, le Seigneur notre Dieu . Ainsi l'homme rend mêmement gloire et avec son corps et avec son esprit chaque fois qu'il se souvient qu'il a été sanctifié par Dieu et qu'il s'est de la sorte uni à Lui. Cela devient possible chaque fois qu'il fait concorder sa propre volonté avec celle de Dieu afin que ses agissements soient conformes aux préceptes divins. Etre ainsi agréable à Dieu, c'est témoigner que l'on ne vit plus pour soi mais pour Dieu. C'est construire le Royaume des cieux sur la terre. Tout devient prétexte pour glorifier le nom du Seigneur et faire briller ici-bas le divin éclat de la vraie Lumière, douce et joyeuse ainsi que nous le proclamons lors de la célébration de l'office des Vêpres :
" Phôs hilaron…Lumière joyeuse de la sainte gloire, du Père immortel, saint et bienheureux Jésus-Christ…" !
Si vraiment nous prenons la décision d'agir ainsi, alors nous deviendrons le véritable chemin qui conduira directement à Dieu tous ceux qui ne l'ont pas encore rencontré ou connu.

Source

La vie aprés la mort
Conférence donnée par J.L. Palierne le dimanche 26 février 2006 dans le cadre de la catéchèse pour les adultes de la paroisse Notre-Dame Souveraine de Chaville

Nous craignons tous la mort. Tous nous savons bien qu’un moment viendra où la vie quittera notre corps et où toutes ses fonctions vitales s’interrompront, laissant la voie libre pour sa décomposition. Il retournera en poussière pour se mêler aux éléments de la terre. Souvent la mort survient à l’issue de grandes douleurs corporelles, mais ce n’est pas toujours le cas et elle peut tout simplement être causée par l’épuisement de nos facultés vitales, et avoir lieu dans la sérénité.

Cependant notre “moi” sent profondément qu’il n’est pas possible qu’il disparaisse à jamais. Notre “moi” est d’une part attaché à la vie physique de cet objet matériel qu’est notre corps, mais en même temps il vit d’une vie tout à fait différente, en grande partie distincte de celle du corps. Il a besoin du corps pour affirmer son existence, pour s’exprimer et en quelque sorte pour apposer sa signature à chacun de ses actes comme à la fin de sa vie, mais cette vie distincte peut-elle continuer à se dérouler indépendamment de celle du corps ? Peut-elle se poursuivre après la mort corporelle ?

Pour le savoir il faut recourir au récit que nous fait le livre de la Genèse de la chute de nos ancêtres. Lorsqu’il a fait l’homme, son Créateur lui a conféré l’inimaginable dignité d’être créé “à son image et à sa ressemblance”, et ceci vaut aussi bien pour le corps que pour l’âme. En tout premier lieu il lui a donc accordé par sa Grâce l’immortalité, ce qui en principe ne devrait pas être le cas d’une créature. L’immortalité fait donc partie de l’immense cadeau gratuit que le Créateur a fait à notre nature créée en posant sur elle, en lui imprimant, le sceau de son image. C’était là l’état primitif et paradoxal de la nature humaine : créée mais aussi immortelle parce qu’elle porte l’image de Dieu. Le corps ne devrait donc pas être un objet périssable.

D’où vient alors que notre corps puisse mourir, retourner à la poussière de la terre ? Lorsque Adam et Ève nos Ancêtres, ont voulu, à l’instigation de la jalousie du Diable, connaître le Bien et le Mal, ne craignant pas de désobéir ainsi au commandement de Dieu, leur nature, qui était primitivement glorieuse, s’en est trouvée corrompue tout en restant immortelle. Rendue donc faible et infirme dès l’instant de la désobéissance initiale, notre nature s’est faite une proie facile pour les illusions suscitées par Satan.

La miséricorde et la justice du Créateur ont alors ajouté à la nature humaine la faculté de connaître la mort corporelle, c’est-à-dire une séparation, provisoire et contre nature, du corps et de l’âme, d’une part pour abréger le temps de nos épreuves, et d’autre part dans un dessein thérapeutique, pour faire de la vie ainsi devenue mortelle, un temps intermédiaire où il nous est possible, dans la durée et par la durée, de prouver notre désir de retourner vers Dieu, c’est-à-dire notre repentir.

Notre nature en effet n’est pas pour autant totalement devenue mauvaise. En elle subsiste le désir du Bien, mais elle reste soumise aux suggestions du Diable. Pour que chacun de nous puisse affirmer son choix en faveur de la volonté divine, un temps limité nous a été assigné, une durée dont le terme est marqué par la mort corporelle. La mort consiste alors en une séparation provisoire entre notre âme immortelle et notre corps, qui va, lui, se dissoudre provisoirement dans les éléments de la nature, sans toutefois perdre son individualité (c’est-à-dire sans cesser d’être le corps de cette âme).

L’âme n’a plus alors de prise sur le déroulement de la vie de ce monde. Elle ne peut plus prendre de responsabilité, elle n’a plus de libre-arbitre. Pour pouvoir participer avec son corps à la vie glorieuse du Royaume, l’âme devra et pourra se réunir au corps, mais cela ne lui sera possible que lorsque toute l’humanité tout entière le fera solidairement, au même instant, au Jour du Second Avènement du Seigneur, un instant dont Dieu seul connaît l’heure et le jour.

Bien qu’elle soit spirituelle, notre âme n’en possède pas moins une certaine réalité concrète, très subtile et inconcevable pour nous-même, mais qui lui permettra de connaître, même dans cet état de séparation, perceptions et épreuves, comme le montre la parabole du Christ sur le mauvais riche et le pauvre Lazare (Luc 16:19-31). Notre âme n’est donc pas une “idée” pure, ni une étincelle jaillie de l’Être unique. Elle est un élément qui représente “quelqu’un”. C’est pourquoi elle devra et pourra alors connaître un séjour provisoire avant la résurrection universelle, lorsque à l’appel de Christ revenu en gloire les âmes des défunts rassembleront les éléments dispersés de leurs corps dissous pour que l’homme tout entier, ainsi restauré corps et âme, puisse participer à la vie éternelle du Royaume.

Auparavant nous vivons donc dans un monde qui est une réalité intermédiaire, provisoire et transitoire. Le temps intermédiaire qui nous est ainsi laissé, loin d’être un temps où nous pourrions ignorer Dieu, ou à l’inverse un temps où nous serions abandonnés par Lui, est un temps laissé à notre libre détermination, afin d’accumuler des richesses spirituelles, pour prouver que nous sommes fidèles à la loi de Dieu, et enfin pour nous construire en vue de l’éternité. Car nous devons nous construire spirituellement, par l’ascèse, et par la prière, en synergie avec la Grâce de Dieu. Nous devons travailler à nous enrichir spirituellement. C’est ce travail que nous proposent et nous décrivent les Béatitudes (Matthieu 5:3-12). Cela se fait selon la vie qui est proposée à chacun, parfois à ciel ouvert, parfois secrètement, parfois très invisiblement, mais parfois aussi sous les apparences d’un ratage complet.

Comment se déroulera cette restauration générale de la nature humaine ? Le Seigneur viendra en gloire, en sa chair, et nous pourrons donc voir le Seigneur de nos yeux de chair, nous verrons les Saints venir vers nous, et en tout premier lieu les Apôtres. Nous verrons aussi la Mère de Dieu, dont nous ne devons pas oublier qu’elle est déjà présente parmi nous. N’oublions pas en effet qu’elle a ressuscité avant tous les autres hommes et que son corps a été emmené aux cieux ; c’est ce que nous célébrons à la fête de la Dormition : la Mère de Dieu a été emmenée par le Seigneur et transportée en son corps, et les Apôtres, ouvrant son cercueil, n’ont pu y trouver que des fleurs. Donc elle est toujours vivante en son corps.

Nous verrons tout cela et le temps intermédiaire, ce temps présent, anticipe la venue du Seigneur. C’est le temps du « pas encore tout à fait définitivement acquis ». Dans l’Eglise, nous rencontrons déjà le Seigneur dans l’Eucharistie puisque nous pouvons communier à son corps. Nous recevons ainsi le gage de l’immortalité dans l’attente de la Résurrection générale. Mais auparavant, puisque nous attendons le Jour du Second Avènement du Seigneur et de la consommation des temps, nous devons affronter notre mort corporelle.

D’après l’enseignement de l’Église, l’âme de celui qui vient de mourir, entreprend un voyage dans des régions proches du monde présent, les anciens disaient “dans les airs”, alors que les nombreux péchés qu’elle a commis depuis sa naissance l’attirent encore vers ce monde déchu, par les passions que ses péchés ont suscitées (c’est-à-dire par tous les attachements que nous avons consentis et qui nous lient, nous ligotent, aux illusions présentes).

C’est pourquoi les serviteurs de Satan, les démons, l’assailliront, s’acharneront sur elle, lui réclamant ce qu’ils croient être leur dû, et ces assauts obligeront l’âme nouvellement défunte (qui n’aura plus même la possibilité de poser un acte concret de repentir, pas même un geste de regret) à recourir à l’aide des Anges qui l’escortent ou des saints hommes qu’elle se souviendra avoir vénérés sur terre, et surtout aux prières de l’Église. Elle pourra en effet connaître sur ce trajet une terreur aux limites du soutenable, si elle a beaucoup cédé aux sollicitations des esprits du Diable.

Une question alors se pose : y a-t-il des témoignages humains à ce sujet ? Oui, il est probable que de tels témoignages existent, car les progrès de la science sont tels qu’il est parfois possible de ramener de la mort à la vie des personnes qui viennent juste de mourir. En réalité ni la vie ni la mort n’obéissent à des processus simplement binaires. Le corps ne se défait que progressivement. Il y a donc parmi les vivants des personnes que les médecins ont pu ramener à la vie (très peu en réalité) et qui parfois disent avoir comme cheminé dans un tunnel et vu une grande lumière s’approcher d’eux. Ce témoignage est trop constant pour que l’on puisse le rejeter. Mais les divers témoignages que l’on a sur l’au-delà venant d’hommes qui sont encore de ce monde, sont des choses extrêmement difficiles à analyser et si rudimentaires que l’on ne peut pas se fonder sur de tels témoignages pour en tirer une théorie sur ce qui se passe après la mort.

Ce que nous en disons ne vient pas de ce type de témoignages. Ce que l’Église dit lui vient de la Révélation qui se trouve dans les Évangiles, en particulier dans la parabole dont nous parlions, comme dans tout le Nouveau Testament et dans la Bible, dans les prières de l’Église et également dans les écrits des Pères et dans les décisions des conciles. Il y a aussi des témoignages venant de visions qu’ont eues de saints personnages. Il nous est raconté à différentes reprises que des ascètes ont vu les âmes des défunts monter vers le ciel. Saint Antoine en particulier, a vu Satan tenter de les retenir dans cette montée. D’autres ont décrit les tentatives des démons sous la forme de postes de péages embusqués sur les chemins de l’éternité.

Mais c’est saint Marc d’Éphèse qui a proclamé de la façon la plus claire l’enseignement de l’Église concernant la situation dans laquelle l’âme se trouve au Paradis ou en Enfer dans l’attente du Jugement Dernier. Ce fut au cours de la discussion qui l’opposa aux catholiques romains au sujet de leur doctrine du Purgatoire (que l’Orthodoxie rejette parce qu’elle la considère comme fausse).

« Il ne fait aucun doute (je cite saint Marc d’Éphèse) que ceux qui se sont endormis dans la paix reçoivent le secours des prières et des offrandes qui ont été faites en leur nom, et que cette coutume était déjà en vigueur dans l’Antiquité, nous en avons le témoignage dans des affirmations nombreuses et variées provenant oralement et par écrit d’un certain nombre de nos Pères, tant latins que grecs, qui se sont exprimés en divers lieux et à diverses époques.

« Mais que les âmes puissent être délivrées (poursuit saint Marc) par une souffrance purificatrice qui leur serait imposée pour un certain laps de temps par un feu prétendument purificateur, qui leur procurerait une certaine amélioration, c’est un enseignement qui ne se trouve ni dans les saintes Écritures, ni dans les prières et les hymnes que nous disons pour les défunts, ni dans les écrits des Pères. »

Finalement la Lumière de la victoire de la Croix finira par venir illuminer toute âme qui a manifesté le minimum de repentir nécessaire -- et n’oublions pas que le premier homme qui soit entré au Paradis fut ce bon Larron qui avait dit sur la Croix : « Pour nous, il est juste que nous mourrions, mais Lui il n’a rien fait de mal. Seigneur, souviens-Toi de moi lorsque tu viendras dans la gloire de ton Royaume » et Jésus lui répondit : « En vérité je te le dis, aujourd’hui même tu seras avec Moi dans le Paradis. » (Luc 34:41-43). Et cependant cet homme n’avait rien fait de bien durant sa vie autrement que lorsque, cloué lui aussi sur la croix, il confessa la divinité de Jésus.

Mais que des hommes aient pu pousser leur obstination anti-Dieu au point de refuser la Lumière de la victoire de la Croix et de mériter le châtiment éternel, cela nous a été révélé au moins une fois dans le cas de Judas : « Il eût mieux valu pour cet homme qu’il ne fût pas né. »

Pourquoi alors devons-nous donc prier pour les défunts ? Les défunts peuvent-ils encore progresser spirituellement ? L’Église pense qu’effectivement, les défunts peuvent progresser. Nous avons des difficultés pour le comprendre, mais l’Église l’enseigne. Les défunts progressent spirituellement, comme tout homme, mais cette progression ne comporte plus le choix décisif ils ont déjà fait pour ou contre le Seigneur : ce choix nécessaire a déjà été fait, et c’est ce choix qui a déjà été fait, qui leur permet de progresser sans cesse. Saint Grégoire de Nysse disait que les saints progressent de perfection en perfection vers une perfection encore plus parfaite, mais toujours perfectible. Ils ne cesseront de progresser et nous ne serons que la queue de ce cortège, mais nous ne pouvons que désirer en faire partie.

L’Église catholique a sur ces questions un enseignement très différent, qui fait référence à un processus de nature uniquement judiciaire. C’est pourquoi elle présente le purgatoire comme un temps de peine temporaire capable de modifier par la souffrance le statut des défunts. Il y a aussi cette fameuse question des indulgences, qui voudrait que le pape puisse vendre des indulgences et que ces indulgences puissent être reportées sur les âmes du purgatoire. C’est là tout l’aspect judiciaire qui a empoisonné toute la vie de l’Occident, au point même que de nos jours beaucoup de bons orthodoxes ne trouvent plus, pour s’exprimer, que les mots que la mentalité occidentale a dictés à la vie moderne.

Le salut, par exemple, ne devrait dans ce cas être compris que comme un processus judiciaire, ce qui n’est qu’un aspect très partiel. Le purgatoire est une pure invention de la scolastique occidentale, de même que les limbes pour les enfants non-baptisés. Les non-baptisés, tous les non-baptisés, adultes comme enfants, sont reçus dans le sein d’Abraham, dans le Royaume du Seigneur, à moins qu’ils n’aient volontairement, criminellement et définitivement péché en refusant le Baptême. C’est pourquoi nous devons baptiser tous ceux qui le demandent car ils cherchent le salut.

Le destin éternel de tout homme sera déterminé par la loi qu’il a reçue et qu’il a observée. Mais ce n’est pas la loi du bouddhisme par exemple qui peut déterminer le salut des hommes qui s’en réclament, c’est la loi naturelle, celle qui a été remise à chaque homme, depuis Adam et Êve : c’est la loi adamique, qui est valable pour tout homme dès sa conception. Et les chrétiens ont aussi leur loi, qui est celle des Béatitudes. Chacun sera jugé selon la loi qu’il a reçue, mais la loi qui jugera les bouddhistes sera la loi qui fut donnée à Adam, et non pas celle de Bouddha.

Le secours que l’Église peut nous apporter consiste en sa prière pour les défunts. Il y a un grand nombre de telles prières. Ces textes sont d’une inépuisable richesse. Ce que nous pouvons faire pour les défunts est de prier pour eux. Plus que tout, c’est la mention des défunts faite lors de la prière eucharistique qui est puissante.

Certaines personnes pensent avoir des rencontres, des dialogues avec les défunts. Si vraiment vous avez des « contacts » avec des âmes de défunts, allez voir un prêtre et demandez-lui de célébrer un office pour ces défunts et surtout de mentionner leur nom à la Liturgie. Car si des âmes « viennent vous voir », c’est qu’elles souffrent.

C’est au moment de la mort que certaines personnes ressentent qu’elles se sont éloignées de l’Église. Mais on n’est jamais totalement en dehors de l’Église : même celui qui ne le sait pas, même celui qui croit s’opposer à elle, ou qui la combat, est sauvé par l’Église qui est en réalité l’ensemble de l’univers et le corps du Christ. Toute grâce passe par l'Église, y compris même lorsque l’Église (visible) ne le sait pas. Bien sûr elle ne sait pas tout, en particulier la grâce qui va aux défunts. Si vous avez vraiment des soucis avec les défunts, si vraiment vous êtes encore en rapport avec eux : priez pour eux et soyez sûrs que si les démons voient cela, ils s’enfuiront.

Ne craignons donc pas les assauts des démons mais repentons-nous. Les tourments éternels réservés aux hommes qui auront repoussé toute sollicitation au repentir viendront de ce qu’ils ne pourront plus ressentir l’amour éternel de Dieu pour eux que comme la preuve d’un perpétuel ratage d’eux-mêmes, un ratage qui n’aura été que leur œuvre propre s’ils ont cédé obstinément et aveuglément aux sollicitations des démons, dont ils saisiront alors toute l’absurdité. Et il y a dans les prières que l’Église lit le jour de la Pentecôte un moment où elle prie même « pour ceux qui sont retenus dans les Enfers » (5ème prière à genoux)

De nos jours de nombreuses personnes qui se sont écartées de l’enseignement culpabilisant de l’Église catholique, mais qui se refusent à adopter l’agnosticisme ambiant du monde contemporain croient que leurs préoccupations spirituelles seraient mieux satisfaites que par ce qu’elles pensent être une conception orientale de la “réincarnation”, qui est d’ailleurs en réalité bien étrangère aux véritables conceptions des philosophies et des religions orientales.

Il est important de remarquer que l’enseignement de l’Église orthodoxe n’a absolument rien à voir avec une quelconque doctrine de la réincarnation. Il serait même plutôt aux antipodes de celle-ci, puisque la doctrine de la réincarnation consisterait à négliger la réalité de la mort au profit d’un retour périodique dans les épreuves de ce monde (le “karma”), cependant que l’enseignement traditionnel de l’Église orthodoxe sur la mort nous révèle qu’elle consiste en une séparation, contre nature mais provisoire, entre l’âme et le corps, que le corps certes est appelé à se dissoudre pour un temps, mais sans perdre son individualité et qu’il y aura une restauration de chaque personne dans son intégralité, et en son corps et en son âme, et même dans une condition plus glorieuse que la condition présente — à moins que ce ne soit pour l’Enfer éternel,

En réalité ce que tant de nos contemporains cherchent à retrouver par leur fausse croyance en la réincarnation, c’est justement une restauration de la personne intégrale, corps et âme, ce qui a été passé sous silence par le christianisme occidental.

Dans la civilisation contemporaine, il y a aussi un rejet de l’existence de ces êtres invisibles que sont les Anges et les démons. Qui rejette cette existence ? c’est la science que l’on nous dispense, ce sont les enseignements qui nous sont donnés, ce sont les paroles et le langage qui sont mis à notre disposition, qui refusent d’exprimer le spirituel. Les Anges existent. Ce sont les serviteurs et les messagers de Dieu. Les démons sont ces Anges qui ont refusé la Providence divine et qui se sont dressés contre leur Créateur. Mais eux ne bénéficient pas d’un temps intermédiaire où ils pourraient et devraient se repentir.

Il est faux de prétendre que de nos jours le spirituel a disparu : la grande majorité des hommes de notre époque, y compris ceux qui prétendent refuser le spirituel et se conduisent comme tels, demandent encore à être enterrés religieusement. Quel paradoxe ! Et cela même si, somme toute, très peu de gens vont à l’église. La vie publique a supprimé toute forme de culte public quel qu’il soit, et pourtant un très grand nombre de gens vont, à la Toussaint, fleurir les tombes de leurs familles.

Et lors de catastrophes (par exemple aériennes), les familles des défunts exigent de retrouver les corps de leurs proches disparus. Dans le langage des médias on a pour cela inventé une expression : on dit qu’il faut que les familles “puissent faire leur deuil”. C’est probablement pour éviter d’avoir l’air d’accepter du spirituel et pour faire un peu “psy”. Et si tout simplement tout cela ne prouvait pas plutôt que l’homme ne peut pas faire autrement que croire à la vie éternelle, tant du corps que de l’âme ?

Les comportements personnels de nos contemporains ne coïncident donc pas avec les conceptions qu’on leur prête ou qu’on leur impose S’il y avait vraiment un rejet du spirituel, tout cela serait inexplicable ! Dans notre langue de tous les jours, comme dans l’enseignement qu’on nous dispense, dans les discours publics comme dans les médias, il y a effectivement un refus du spirituel, et cependant la mort continue de nous choquer, parce qu’on en a fait une blessure profonde pour la vie spirituelle, parce qu’on a voulu interpréter la mort comme une fin définitive, cependant que ce monde-ci serait une nécessité immuable.

Mais malheureusement un nombre croissant de gens demandent de nos jours à être incinérés, et appuient cette demande par divers arguments, qui ne font qu’exprimer en réalité leur rejet de l’Église telle qu’ils l’ont connue, parce que les Églises d’Occident ont oublié d’enseigner la résurrection de la personne intégrale, corps et âme et la nature provisoire du temps intermédiaire qui nous est imparti. L’Église ne peut pas autoriser la crémation parce que c’est un crime contre la vraie valeur du corps de l’homme, une véritable profanation.

Mais il faut prier quand même, et même pour les hommes qui recourent à cette pratique. Dieu peut bien sûr ressusciter même les cendres, et Il ressuscitera facilement les cendres de ceux qui se sont fait incinérer, aussi bien que celles des hommes qui ont péri dans des incendies et tous participeront à la résurrection. Mais demander d’être incinéré est compris par beaucoup comme un acte anti-Église. C’est cela que l’Église ne peut pas admettre, car l’Église concerne les corps autant que les âmes et elle ne peut donc pas bénir de telles pratiques.

Mais il faut tout de même prier pour tout le monde, même pour ceux qui meurent en déclarant qu’ils haïssent Dieu ou en luttant contre l’Esprit, de même qu’il faut aussi prier pour ceux qui se sont montrés des tyrans sanguinaires des âmes et des corps. Il faut prier pour tout le monde. Je répète que le premier homme qui soit entré au Paradis a été le bon larron, dont personne ne doute qu’il ait été effectivement un larron, un criminel. Mais le bon larron, au moment du choix suprême, a été le premier homme à confesser la divinité du Fils de Dieu qui était crucifié à côté de lui. Le fait d’avoir été un criminel aux yeux de ce monde ne l’a donc pas empêché d’être le premier à entrer au Paradis.

Petite catéchèse orthodoxe

Cette page est destinée principalement aux non-orthodoxes soucieux de s’informer sur la foi orthodoxe.
Elle regroupe, par thèmes, des liens utiles pour aborder pour découvrir les fondements de l’Orthodoxie.
Puissent ces premiers « liens » éveiller leur intérêt et la soif d’aller à la rencontre des plus anciennes traditions de l’Eglise,
peut-être aussi, ouvrir les cœurs aux œuvres de l’Esprit.

"Nous préservons, incorrompue, la doctrine du Seigneur, et adhérons à la foi qu'il nous a donné, nous la gardons intacte de toute souillure et amoindrissement, comme un trésor royal et un monument de grand prix, n'ajoutant rien et ne retranchant rien »
Lettre des patriarches (1718)


La Foi Orthodoxe
Le Symbole de Nicée-Constantinople

La théologie de l’icône

L’architecture des églises orthodoxes (et l’iconostase)

La catéchèse de Saint Nectaire d’Egine


La vie aprés la mort


La Divine Liturgie
La Divine Liturgie expliquée aux adultes
La Divine Liturgie de Saint Jean Chrisostome
La Divine Liturgie de Saint Basile


Les Saints Mystères
Baptême et chrismation
La confession
Prières, préparation, office de la confession
Eucharistie
Mariage


Grandes fêtes liturgiques (Liturgie, méditations)
Nativité de la vierge, 8 septembre
Exaltation de la Sainte Croix (14 septembre)
Présentation au Temple de la Vierge Marie (21 novembre)
Nativité du Christ (25 décembre)
Sainte Théophanie (6 janvier)
Sainte Rencontre ou Présentation du Christ au Temple (2 février)
Annonciation (25 mars)
Entrée du Christ à Jérusalem (Dimanche des palmes)

La fête de paques (la fête des fêtes)

Ascension du Christ
Pentecôte
Transfiguration du Christ (6 août)
Dormition – assomption de la mère de Dieu (15 août)

N.B. les dates sont celles du calendrier julien



Prières
La prière de Jésus
Petits offices pour les fidèles
Comment prier, selon Saint Séraphim de Sarov