lundi, janvier 02, 2006

Interview du patriarche de Moscou Alexis II accordée à la BBC le 28/12/2005 (extrait)

BBC: Comment appréciez vous les premiers mois du pontificat du pape Benoît XVI ? Quelles sont les relations actuelles entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine ?

Le patriarche Alexis II : Il est prématuré de parler de changements concrets dans nos relations. Nous saluons les déclarations du nouveau pontife sur la nécessité de poursuivre le dialogue. Nous espérons qu’elles seront suivies d’actes. Malheureusement, pour l’instant en Russie, en Ukraine, en Biélorussie, au Kazakhstan, l’Église catholique romaine poursuit la pratique du prosélytisme. On cherche à convertir au catholicisme des gens baptisés dans l’orthodoxie ou qui par leurs racines sont issus de l’orthodoxie. Cela concerne notamment les enfants. De nombreux missionnaires catholiques créent des orphelinats, y prennent des enfants baptisés dans l’orthodoxie et les élèvent dans un esprit catholique. Les oppositions qui existent dans les régions occidentales de l’Ukraine, où l’Église grecque catholique se montre très agressive vis-à-vis de l’orthodoxie, n’ont pas été surmontées. Par exemple à Lvov il n’y a pas encore une seule Église où l’office soit célébré en ukrainien pour les paroissiens de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou.

BBC: À ce propos, dans quelle mesure le transfert du siège de l’Église grecque catholique d’Ukraine de Lvov à Kiev a-t-il compliqué les rapports avec le Vatican et plus particulièrement avec les grecs-catholiques ?

Le patriarche Alexis II : En effet, c’est une action qui va compliquer les relations. Il est clair que dans les régions occidentales de l’Ukraine il y a beaucoup de grecs-catholiques, mais qu’à Kiev leur nombre est insignifiant. La construction d’une immense cathédrale uniate se fait dans la perspective d’un développement ultérieur et d’un renforcement des grecs-catholiques non seulement dans les régions occidentales, mais aussi en Ukraine centrale.

BBC: Beaucoup pensent que votre rencontre avec le pape de Rome dans un pays tiers pourrait contribuer à une sortie de l’impasse.

Le patriarche Alexis II : Voyez-vous, il en est question depuis 1977, sous le pontificat précédent. Mais notre approche de cette rencontre diffère de l’approche catholique romaine. Pourquoi se rencontrer devant les caméras de la télévision ? Pour montrer au monde que nous n’avons pas de problèmes ? Mais nous avons des problèmes. Il faut d’abord les surmonter, et ensuit se rencontrer. Habituellement, pendant les rencontres de ce niveau on ne résout pas les problèmes. De telles rencontres doivent être bien préparées. Pour que cette rencontre ait lieu, il faut que soient résolues les questions qui inquiètent l’Église orthodoxe russe et ses fidèles.

BBC: Mais les problèmes qui inquiètent les orthodoxes et les catholiques sont identiques. La sécularisation, la diffusion des croyances ésotériques, le culte de la consommation…

Le patriarche Alexis II : Là nous avons une position commune. Par exemple, quand dans les processus d’adoption de la constitution européenne on a décidé de retirer du texte la mention des racines chrétiennes de l’Europe, le Vatican a protesté et notre position était identique. Toute la culture européenne est fondée sur la tradition chrétienne. Nous avons des points de convergence et cela permet d’espérer qu’ils vont se multiplier.

Le texte complet