mardi, janvier 10, 2006

introduction du Père Gabriel Bornand à
Entretien avec Motovilov
Saint Séraphim de Sarov
Traduit du russe par Madame Mouraview 1957

Nous sommes heureux de présenter à tous " ceux qui sont partis à la queste du Graal ", le célèbre entretien de saint Séraphim de Sarov avec Motovilov.
Ces quelques lignes, que le lecteur devra sonder avec, attention, sont capitales. Elles sont capitales pour plusieurs raisons :
1) Saint Séraphim est à la fois un joyau de la spiritualité russe et une lumière universelle de la plus pure orthodoxie.
2) Elles nous font connaître et toucher du doigt un des éléments essentiels du christianisme: la " possession du Saint Esprit " ou le resplendissement, dans l'homme, de la Grâce ou Lumière divine, qui est le but de la vie chrétienne.
3) Saint Séraphim, par le contenu et par le ton de ses paroles, désire que nous nous appuyions, non sur la théologie livresque et "scolastique" mais sur la réalité spirituelle et la Tradition.
4) A travers elle perce une juste vision de ce que peut être, doit être et est, invisiblement, l'Église.
5) Elles sont une réponse prophétique à la crise et aux aspirations du monde moderne.
6) Elles rectifient les fausses conceptions de la charité qui se sont emparées des âmes et des esprits des chrétiens.
7) Saint Séraphim est pratiquement notre contemporain, ce qui le situe d'une façon vivante près de nous.
A celui qui arguerait qu'il existe une unité transcendante des religions et que, par conséquent, on trouve an chemin de " réalisation spirituelle " partout, à cette spéculation intellectuelle saint Séraphim opposerait l'expérience de la plénitude de vie dans l'Église Orthodoxe.
Si glorieuse et universelle que soit la figure de saint Séraphim de Sarov, il ne faudrait pas croire qu'elle est l'unique. Non. Jusqu'à maintenant, la grande lignée des saints orthodoxes nous désigne la même doctrine et nous engage à pénétrer dans la même tradition pour atteindre la même. expérience, car l'Orthodoxie, dans l'Histoire, est le lieu géométrique vivant de la plénitude divine.
Saint Séraphim a vécu en Russie, vers la fin du XVIIème siècle, début du XVIIème. Il passa la plus grande partie de sa vie dans les forêts, comme ermite ou anachorète. Ce n'est qu'assez tard qu'il s'ouvrit au monde extérieur, commença sa vie de staretz (maître spirituel) et se mit à diriger les âmes. Des foules vinrent alors vers lui.
Il avait un don de prophétie et de clairvoyance tout à fait extraordinaire, et un don de connaissance directe, pour ainsi dire, des choses. Il s'adressait à ses visiteurs presque toujours en ses termes: " Ma joie, Christ est ressuscité! ". Parfois, il connaissait, sans qu'on lui ait dit, le nom et les questions intimes de ceux qui venaient quérir son aide, et il leur donnait des conseils, non seulement sur leurs problèmes spirituels, mais aussi sur leurs problèmes domestiques, toujours dans les termes de la plus profonde tendresse. Ses miracles furent également nombreux.
Il mourut dans la nuit du 1er au 2 janvier 1833, nuit qu'il passa en prière. On le trouva à l'aube, à genoux, les doigts croisés sur l'Évangile ouvert, la tête penchée en avant. On s'aperçut qu'il était mort en prière.
L'humilité de saint Séraphim n'avait d'égal que la richesse de son cœur et la profondeur de sa compréhension. Son enseignement nous intéresse particulièrement, quoi qu'il n'ait rien écrit lui-même. La tradition a fait voguer jusqu'à nous sa mémoire et ses paroles. Dans le texte que nous présentons ici, nous voudrions attirer l'attention sur quelques points particuliers.
Le but de la vie chrétienne est l'acquisition du Saint Esprit reçu et vécu expérimentalement par nous. Ce but dépasse l'obéissance, la moralité, la connaissance. Les vertus et les bonnes œuvres en elles-mêmes ne sauvent pas l'homme; nous devons chercher Dieu.
Ce que nous appelons faire la charité, faire le bien, n'a pas de valeur céleste si nous le faisons en dehors de Dieu. Ce n'est ni par émotivité, ni par idéalisme, ni par intérêt qu'il nous faut parvenir à agir, mais par Dieu en nous, dans l'union de nous et de Dieu. Tant que Dieu n'est pas " source en nous ", nos actes sont le fruit de notre psychologie, au lieu que notre psychologie s'efface pour laisser agir la nature spirituelle . Ce ,chemin, quoique simple, est long et difficile. Il est conforme à la tradition " hésychaste ", qui nous apprend à sortir du " mental " et à faire descendre l'intellect dans le cœur, pour y vivre leurs ineffables " noces ".
Saint Séraphim appartient à l'Orthodoxie Universelle, car il est orthodoxe par son universalité, et universel par son orthodoxie. Il n'est pas l'homme d'une caste ou d'un point de vue. Il ne cherche pas à communiquer à Motovilov sa démarche, son expérience personnelle, mais il dit seulement: " Rends-le digne de voir par ses yeux de chair ton Saint Esprit. " Il n'impose aucune limitation par un vouloir personnel, aucune conception des choses, mais il demande uniquement: " Rends-le digne ", et c'est le Seigneur Dieu qui redonne à la nature de l'homme la ressemblance de Sa propre Image , ressemblance " qui permet de voir ".
Autrement dit, dans notre action dans le monde, nous devons œuvrer pour que la purification soit atteinte. Lorsque la nature est purifiée, ce qui doit être est. C'est le péché qui voile la lumière et cause les problèmes. La Grâce divine n'est pas quelque chose d'extérieur; elle est donnée par Dieu, mais est dans l'homme. Beaucoup de problèmes et discussions philosophiques ou théologiques de notre époque proviennent de ce que, inconsciemment, ceux qui pensent situent la Grâce à l'extérieur, d'une façon ou d'une autre et, par conséquent, tombent dans une position juridique qui rend nécessaire une autorité extérieure autre que celle de " Dieu en nous ".
La Lumière du Saint Esprit n'est pas, absolument pas, ce que beaucoup appellent la " lumière intellectuelle ", mais elle est Une seule Lumière se manifestant dans l'esprit, dans l'âme et dans la chair. Saint Séraphim nous montre son action comme sensation, action se révélant sous sept aspects: lumière, bien-être, silence, douceur, chaleur, aromate et joie.

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