mardi, janvier 03, 2006

Le Filioque
une question qui divise l'Église ?
Déclaration commune de la Commission théologique orthodoxe-catholique d'Amérique du Nord

Long texte passionnant pour tous ceux qui veulent comprendre ce qui est souvent présenté comme une des grandes causes du schisme d’Orient.
La question du Filioque recouvre deux réalités :
L’une est théologique et relève de la compréhension de la vérité de Dieu dans son Etre propre,
L’autre est ecclésiologique et concerne la compréhension de la structure et de l’exercice de l’autorité en Eglise.

La Commission théologique orthodoxe-catholique d'Amérique du Nord, de 1999 à 2003, a centré son dialogue sur une question reconnue pendant plus de douze siècles comme une des raisons principales de la division de nos Églises : nos manières divergentes de concevoir et de parler de l'origine du Saint-Esprit, à l'intérieur même de la vie de Dieu trine.

Nos deux traditions professent la « foi de Nicée » comme la formulation normative de notre compréhension de Dieu et de son action dans sa création, et elles considèrent la version révisée, associée avec le premier Concile de Constantinople (381), comme l'expression classique de cette foi. La plupart des catholiques cependant et les autres chrétiens d'Occident ont employé, au moins depuis la fin du VIe siècle, une traduction latine de ce Credo, qui ajoute à la confession que le Saint-Esprit « procède du Père » les mots « Filioque » (« et du Fils »). Pour la plupart des chrétiens occidentaux ces mots restent une des formulations centrales de leur foi, proclamée dans la liturgie, et fondement de la catéchèse et de la réflexion théologique. Pour les Catholiques et la majorité des Protestants, il s'agit simplement d'une donnée de l'enseignement courant de l'Église, et en tant que tel, partie intégrante de leur compréhension du dogme de la Sainte Trinité. En effet, au moins depuis la fin du VIIIe siècle la présence du « Filioque » dans la version occidentale du Credo a été une cause de scandale pour les chrétiens d'Orient, aussi bien en raison de la théologie trinitaire qu'elle exprime, qu'en raison de son adoption par un nombre croissant d'Églises en Occident comme formulation canonique d'un concile œcuménique reçu, sans accord œcuménique préalable. Au fur et à mesure qu'au cours du moyen âge la division entre chrétiens d'Orient et d'Occident s'aggravait, la théologie associée avec le « Filioque » et les questions de la structure de l'Église et de l'autorité en son sein, soulevées par son adoption, sont devenues un symbole des différences, un signe évident de ce que chaque partie de la chrétienté divisée trouvait comme manque ou distorsion chez l'autre.

Notre étude commune de cette question a impliqué notre Commission dans une intense recherche commune, une réflexion priante et des discussions intenses. Nous espérons que beaucoup d'études présentées au cours des années par les membres de notre Commission pourront être publiées en un volume pour présenter le contexte académique de notre déclaration commune. Un thème aussi complexe que celui traité, aussi bien du point de vue historique que du point de vue théologique, exige des explications détaillées pour discerner clairement les vraies questions. Nos discussions et notre déclaration commune ne mettront pas fin automatiquement à des siècles de désaccord entre nos Églises. Mais nous espérons qu'elles contribueront à la croissance de l'entente et du respect mutuels, et que, au temps voulu par Dieu, nos Églises ne considéreront plus comme une cause de séparation la manière dont nous réfléchissons à et parlons de cet Esprit, dont le fruit est amour et paix (cf. Gal 5, 22).
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7/ Que l'Église catholique, en raison de la valeur normative et dogmatiquement irréformable du Credo de 381, n'utilise que le texte grec original dans ses traductions pour usage catéchétique et liturgique ;
8/ Que l'Église catholique, suite à un consensus théologique grandissant, et en particulier suite aux paroles de Paul VI, déclare que la condamnation du 2e Concile de Lyon (1274) de « ceux qui ont l'audace de nier que le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils » ne s'applique plus.

Nous proposons ces recommandations à nos Églises, convaincus que nous sommes, grâce à une étude et des échanges intensifs, que les manières différentes de nos traditions de comprendre la procession du Saint-Esprit, ne doivent plus nous diviser. Nous croyons plutôt que notre profession de l'antique Credo de Constantinople doit pouvoir devenir, grâce à un même usage et à nos nouvelles tentatives de compréhension réciproque, le fondement d'une unité plus consciente dans la foi commune, que toute théologie essaie simplement de clarifier et d'approfondir. Bien que notre expression de la vérité que Dieu révèle de son Etre propre ne peut que rester toujours bornée par les limites de l'entendement humain et de nos mots, nous croyons que c'est vraiment « l'Esprit de vérité » que Jésus souffle sur son Église, qui demeure jusqu'à présent avec nous pour « nous conduire dans la vérité toute entière » (Jn 16 ,13). Nous prions pour que la compréhension qu'ont nos Églises de l'Esprit cesse d'être pour nous un scandale ou un obstacle à l'unité dans le Christ. Puisse l'unique vérité vers laquelle l'Esprit Saint nous conduit, être vraiment un « lien de la paix » (Eph 4, 3), pour nous et pour tous les chrétiens.
Saint Paul's College, Washington, le 25 octobre 2003

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