lundi, février 27, 2006

L'alliance nécessaire

Monseigneur Hilarion, de retour du C.O.E. répond au quotidien « La croix ».
Mgr Hilarion vient de publier un ouvrage, en anglais intitulé Orthodox witness today, portant sur le christianisme et la sécularisation ainsi que sur les enjeux du dialogue œcuménique.
Pour le chef de la délégation du patriarcat orthodoxe de Moscou, le dialogue de l’orthodoxie avec le catholicisme semble plus prometteur qu’avec les protestants

- La Croix : Lors de l’assemblée du Conseil œcuménique des Églises (COE) à Harare en 1998, les orthodoxes, en particulier le patriarcat de Moscou, étaient prêts à quitter le Conseil œcuménique des Églises. Depuis, une commission spéciale s’est réunie pour tâcher de répondre aux demandes des orthodoxes. Celles-ci ont-elles été entendues ?

- Évêque Hilarion : On peut dire que cette assemblée est plus « orthodoxe » que les précédentes. Le COE a pris acte avec sérieux des inquiétudes orthodoxes exprimées à Harare. Ainsi les délégations des Églises orthodoxes sont-elles aujourd’hui plus conséquentes, et il faut reconnaître que les prières de l’assemblée sont mieux organisées : moins syncrétiques, s’abstenant de mélanger des éléments de divers rites, elles répondent mieux aux demandes orthodoxes.

– Le fond des débats de cette assemblée générale répond-il aussi à vos préoccupations ?

– Dans cette assemblée de Porto Alegre, il y a sans doute plus de chorégraphies que de théologie ! Et les discussions sur les sujets théologiques ne sont pas profondes, ce qui évite de révéler les points de division… Mais je crois que ces questions sont davantage du ressort du comité central du COE, à qui il revient de prendre les décisions : l’assemblée est davantage un point de rencontre, il ne faut pas trop en attendre.

– La voix de l’orthodoxie au sein d’une telle assemblée n’est-elle pas étouffée par les tensions inter-orthodoxes, notamment entre les patriarcats de Constantinople et de Moscou ?

– Je ne le pense pas. Je crois que si tension il y a, c’est clairement entre deux visions du christianisme : la vision orthodoxe et la vision libérale, portée plus particulièrement pas les protestants du Nord. Ainsi les anglicans, qui semblent de plus en plus s’éloigner, ou l’Église de Suède, avec qui nous avons rompu tout dialogue depuis qu’elle a décidé de bénir des unions entre personnes de même sexe. Ces deux visions du christianisme se sont développées dans des directions opposées, et je ne vois pas tellement comment on peut surmonter ces divisions. À moins que les protestants ne stoppent d’eux-mêmes cette évolution.

– À vos yeux, le dialogue œcuménique est-il donc bloqué ?

– Je ne pense pas qu’il soit bloqué, mais je crois qu’il est moins prometteur qu’avec les catholiques.

– Il y aurait plus d’avenir dans les relations des orthodoxes avec les catholiques qu’avec les protestants ?

– Je ne vois pas comment surmonter nos différences avec les Églises les plus libérales. À mon avis, le temps est venu de créer une alliance stratégique entre catholiques et orthodoxes, en vue de défendre la tradition chrétienne contre le sécularisme et contre l’islam militant. Même si nous sommes deux Églises séparées, nous avons des positions très similaires – ce qui ne veut pas dire identiques –, et nous devons agir ensemble. Nos différences ne sont pas insurmontables. Il ne faut donc pas attendre trop longtemps : la défense de la tradition est ce qu’il y a de plus urgent.
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