mardi, février 21, 2006

Remplissez d’eau ces vases
(Jn 2, 1-11)


Jésus et Marie étaient présents aux noces.
Le maître et les gens de la maison étaient bien embêtés. Certes, il avaient une grande joie à partager avec leurs invités. Mais le breuvage du partage vint à manquer et les serviteurs n’avaient plus rien à servir. Les invités allaient-ils, poliment, partir ? Ceux qui étaient encore à la porte allaient-ils s’en retourner ? Aux prochaines noces, qui se rendrait à l’invitation ?

Le Seigneur s’est bien aperçu de ce manque.
Mais c’est Marie qui lui demande de faire quelque chose.
Réponse bougonne du Seigneur. Mais Marie connaît son fils et passe outre : « Faites ce qu’Il vous dira ».

Les serviteurs reçurent l’ordre de remplir d’eau les six vases de pierre.
L’eau : humble, abondante et gratuite. L’eau de la terre humaine.

Il aurait pu remplir les vases de vin. Comme ça, en claquant des doigts. Mais non. Il réclame aux hommes le peu qu’ils possèdent, comme lors de la multiplication des pains.

Aujourd’hui, les invités de l’Eglise sont dans la même situation que ceux de Cana. Certes, l’Eglise a de quoi partager. La Bonne Nouvelle est là, inchangée et surabondante.
Mais les invités sont au régime sec. Beaucoup ne rentrent pas. D’autres s’en vont, chercher ailleurs de quoi boire un coup.
Et les gens de la maison de dire : « C’est bien triste. Mais qu’y pouvons nous ? »
Tranquilles dans leur bonne conscience.

Ils ont bien tort :
« Allez et baptisez toutes les nations. »
Toutes !
Mais les deux tiers, au moins, de l’humanité attendent une invitation qui tienne la route.

Quel est donc ce vin qui manque à l’Eglise ?
Pourquoi, de quoi les vases sont-ils vides ?
Il sont vides d’Unité sans laquelle il n’est pas de fraternité.
Quel spectacle offre la Chrétienté divisée à tous les hommes assoiffés de Transcendance et qui la cherchent où ils peuvent ?
Mettre les pieds dans une maison où les serviteurs se bouffent le nez ? Merci bien !

Le Seigneur ne nous demande pas de faire des miracles. Cela est Son affaire. Il nous demande seulement ce qui est à notre portée. L’humilité et la simplicité de notre eau.
Alors, tant que nous ergotons sur la façon de mettre ne serait-ce que quelques gouttes dans les vases de l’Eglise, quand les serviteurs discutent à n’en plus finir sur des choses aussi simples que la date de Pâques (déjà fixée il y a 17 siècles !) ou la reconnaissance mutuelle des baptêmes, le Seigneur ne peut rien et Sa patience est mise à rude épreuve.

Je le crains fort : ça va barder lors du debriefing.