mercredi, mars 15, 2006

28 février 2006 Moscou
« Droits de l'homme et dignité de la personne humaine.
Point de vue de l'église et de la société »


Est-ce que reconnaître la conception des droits de l'homme et suivre les normes qui en découlent sous la forme où elles sont appliquées dans les législations mondiales et nationales se trouve en contradiction avec le dessein de Dieu pour l'homme ? Dans quelle mesure les droits de l'homme peuvent-ils favoriser le chrétien pour vivre sa foi ou y faire obstacle ? Aujourd'hui la vie elle-même met les fidèles de l'Eglise Orthodoxe Russe face à ces questions qui sont proposées à la discussion des esprits éclairés de cette haute assemblée

Le concept des droits de l'homme est né et s'est développé dans les pays occidentaux avec leur propre destin historique et culturel. Il faut reconnaître que dans ces conditions il a eu des réussites mais a également révélé des défauts. Est-ce que cela signifie que les standards occidentaux d'organisation de la vie sociale et individuelle peuvent convenir de la même manière à tous les pays, tous les peuples et toutes les cultures de notre monde ? C'est que les autres civilisations ont également leur propre expérience historique positive d'organisation de la vie sociale et de création de conditions favorables pour le développement de la personnalité. N'ont-elles pas le droit de dire leur mot dans le dialogue des cultures et des civilisations, d'apporter leur contribution au trésor de l'expérience de l'humanité ? Bien entendu, elles l'ont, c'est le droit inaliénable de chaque peuple.

Aux yeux d'un croyant qui voit en soi-même et dans son prochain l'image de Dieu, la thèse de l'humanisme libéral que le principe universel qui règle la vie sociale et individuelle c'est l'anthropocentrisme moral ne peut pas ne pas susciter des doutes. Les croyants s'élèvent contre le fait que l'être pécheur lui-même établisse et définisse ce qui est bien et ce qui est mal. Seuls les commandements de Dieu peuvent et doivent servir de base pour distinguer l'un de l'autre. A ce sujet il y a un fait très important et significatif que les principales religions du monde sont d'accord entre elles dans la définition du bien et du mal. … du point de vue des religions traditionnelles, ne peuvent être reconnues comme normes la dérision envers les choses sacrées, les avortements, l'homosexualité, les jeux de hasard, l'euthanasie et d'autres, toutes choses qui sont activement défendues et dont on fait la propagande sous prétexte de défendre les droits de l'homme .

Les orthodoxes sont prêts à respecter le choix de vision du monde des autres peuples. Mais ils ne peuvent se taire quand on leur impose des normes qui leur sont étrangères et qui sont en contradiction avec les fondements de la foi de leurs pères. Je pense que les musulmans, les bouddhistes, les juifs et les autres sont du même avis. Pour éviter un conflit dans notre monde actuel, il est nécessaire d'effectuer un travail intense pour harmoniser les différents systèmes de conception du monde. Les principes communs de la vie de la communauté mondiale doivent être élaborés en commun par les différentes civilisations.

Les orthodoxes sont prêts à accepter le concept des droits de l'homme et à œuvrer pour son développement. Mais à condition que ces normes contribuent au perfectionnement de l'homme et non à son enracinement dans les ténèbres du péché. Le but suprême du concept des droits de l'homme, ainsi que nous le comprenons, consiste à affirmer la valeur ontologique de chaque personne, favoriser sa croissance, son développement propre et sa dignité. C'est en cela que l'on peut voir la destination principale et unique d'un tel concept du point de vue chrétien.

Métropolite Cyrille, de Smolensk et de Kaliningrad, vice-président du Congrès Mondial Populaire Russe et président du Département des Relations Ecclésiales Extérieures du Patriarcat de Moscou.
Conférence donnée dans le cadre du Congrès Mondial Populaire Russe
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