lundi, mars 06, 2006

Boulette vaticane
La réaction orthodoxe

Que signifie pour les orthodoxes l’abandon par le pape du titre de «patriarche d’Occident»?
Déclaration de Monseigneur Hilarion

Récemment la presse a annoncé que la nouvelle version de Annuario pontificio pour l’année 2006 omettra un des neuf titres du pape, celui de «patriarche d’Occident». De cette façon le pape sera désigné dans l’avenir comme «évêque de Rome, vicaire de Jésus-Christ, successeur du prince des apôtres, souverain pontife de l’Eglise universelle, primat d’Italie, archevêque-métropolite de la province romaine, souverain de l’Etat de la Cité du Vatican et le serviteur des serviteurs de Dieu».
Certains ont vu dans cet abandon du titre de patriarche d’Occident un signe du désir du pape d’améliorer les relations avec l'Eglise orthodoxe. Cependant, il reste mystérieux de quelle façon la suppression de ce titre peut améliorer les relations du siège de Rome avec les orthodoxes. Bien au contraire, ce geste peut être interprété comme une preuve des prétensions de plus en plus croissantes de l’évêque de Rome à la primatie universelle, bien soulignée dans les titres conservés.
A l’époque byzantine il existait quatre patriarcats orientaux : Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Le patriarcat de Rome était considéré comme le premier parmi les égaux; c’est en premier lieu que l’évêque de Rome était cité dans les dyptiques orientaux jusqu’en 1054. Ainsi, tandis qu’en Occident il n’y avait qu’un seul patriarcat, en Orient il y en avait quatre. Ensemble, les patriarcats d’Occident et d’Orient formaient ce qu’on appelle la «pentarchie».
De tous les titres du pape le plus acceptable pour les orthodoxes est celui de l’évêque de Rome. Les titres d’archevêque-métropolite de la province romaine et de primat d’Italie sont également reconnus par les Eglises orthodoxes. Ces trois désignations pourraient tout à fait être celles du pape si la communion devait être rétablie entre l’Orient et l’Occident. Dans ce cas le pape serait considéré aussi comme le patriarche d’Occident, c’est-à-dire le chef des chrétiens qui ne relèvent pas de la juridiction des patriarches orientaux.
Le modèle éventuel de l’unité entre l’Orient et l’Occident sera étudié par la Commission mixte internationale catholique-orthodoxe qui se réunira après six ans de pause en Serbie en automne 2006. Bien entendu, ce modèle aura un caractère hypothétique, car il existe encore de nombreux obstacles d’ordre dogmatique et ecclésiologique à élucider. Toutefois, les théologiens orthodoxes cosidèrent comme le principal et le plus grand obstacle à l’unité la doctrine latine de l’autorité universelle de l’évêque de Rome. Ce problème sera le premier à l’ordre du jour du travail de la Commission mixte.
Dans ce contexte les titres les plus inacceptables et même scandaleux de l’évêque de Rome sont ceux qui soulignent sa prétension à la juridiction universelle: vicaire de Jésus-Christ, successeur du prince des apôtres et souverain pontife de l’Eglise universelle.
Selon le point de vue orthodoxe, il n’y a pas et il ne peut y avoir de vicaire unique du Christ sur la terre. Le titre de successeur de l’apôtre Pierre a été utilisé par Rome dans un sens déformé, signifiant la soumission de toute l’Egluse universelle au siège romain. Le titre de souverain pontife (pontifex maximus) a été porté par les empereurs païens de Rome. L’empereur Constantin n’y a pas renoncé en devenant chrétien. Dans le cas de l’évêque de Rome le titre de souverain pontife de l’Eglise universelle une fois de plus renvoie à sa prétendue autorité universelle qu’aucune Eglise orthodoxe n’a jamais reconnue et ne peut reconnaître. Si le pape voulait faire un geste ou donner un signe aux orthodoxes, comme il le promettait dès son premier discours en tant qu’évêque de Rome, c’est au titre de souverain pontife qu’il aurait dû renoncer.
Espérons que le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens donnera une explication officielle de ce geste.