mercredi, mars 01, 2006

Les martyrs d’aujourd’hui

De nombreux prêtres, religieuses ou laïcs ont encore payé de leur vie, en 2005, leur engagement en faveur du Christ. Beaucoup ont été victimes de l’islamisme.
Quinze personnes ont été tuées au Nigeria, le 18 février, par des manifestants musulmans qui protestaient contre les caricatures de Mahomet. « Des églises catholiques ont été brûlées, l’évêché de Maiduguri également. Nous avons perdu un prêtre dans ces émeutes, le révérend père Michael Gajere. Il a été tué et brûlé », a précisé le père Peter Maidugu à l’AFP. De nombreux magasins appartenant à des chrétiens ont été pillés. Mardi, de nouveaux affrontements portaient ce bilan à quarante-neuf morts.
Le Nigeria, État fédéral, compte 130 millions d’habitants, 50 % de musulmans et presque autant de chrétiens, qui vivent surtout dans le sud du pays. Depuis 1999, douze États du Nord, à majorité musulmane, ont instauré la charia. En 2004, des centaines de milliers de chrétiens ont fui les persécutions : « Attaques et destructions d’églises et de lieux de culte, vols dans les paroisses, viols, assassinats et condamnations arbitraires », écrit Thomas Grimaux dans son rapport sur les Persécutions antichrétiennes dans le monde, édité par l’Aide à l’Église en détresse (AED).
Fondée en 1947 par un prêtre néerlandais, le père Werenfried van Straaten, pour venir en aide à l’Église derrière le “rideau de fer”, l’AED étend désormais son action à tous les pays où les chrétiens sont menacés : cent trente, en tout. « Le temps des martyrs n’est pas clos, écrit Grimaux, le Dieu fait homme est et reste le “signe de contradiction” par excellence. » La liberté religieuse, a dit Benoît XVI, est « bien loin d’être partout vraiment respectée : dans certains cas, elle est niée pour des raisons religieuses ou idéologiques ; dans d’autres, bien que reconnue par écrit, elle est entravée dans les faits par le pouvoir politique ou, de manière plus insidieuse, par la prédominance culturelle de l’agnosticisme et du relativisme. »
Ce constat établit la distinction entre les persécutions sanglantes (agressions physiques, assassinats) qui frappent encore l’Église dans de nombreux pays et les tracasseries sournoises (malveillances, insultes, difficultés administratives) que nourrit, ailleurs, un climat d’intolérance antichrétienne de plus en plus préoccupant, ce qui vaut à la France quelques pages fournies (lire page 35).
Le rapport d’Aide à l’Église en détresse dénombre quatre sources de persécutions : la plus importante, l’islamisme, qu’il soit d’État ou le fait de terroristes ; puis le communisme, vivace à Cuba comme en Chine ; les fanatismes hindou ou bouddhique qui arment des groupes extrémistes ; enfin, ce qu’il est convenu d’appeler, avec Jean-Paul II et Benoît XVI, la “culture de mort” qui s’oppose à la culture de vie défendue par l’Église, dans des pays proclamant pourtant la liberté de culte.
Jean-Paul II avait souhaité, lors du Jubilé de l’an 2000, que l’on conserve la mémoire des martyrs du christianisme. C’est l’objet de ce rapport, qui témoigne de l’engagement d’hommes et de femmes au service des plus pauvres, sur tous les continents, parfois au prix de leur vie.

Les pays où la liberté de culte n’existe pas.
L’Arabie Saoudite (23 millions d’habitants) occupe la première place des pays qui répriment le christianisme. Riyad, « qui finance amplement la construction de mosquées à travers le monde, ne permet toujours pas chez elle la construction d’une chapelle », rappelle Thomas Grimaux. La possession d’une Bible vaut la prison, la célébration du culte est interdite. Les persécutions visent d’abord les chrétiens non-occidentaux, ouvriers pakistanais ou domestiques philippins.
Bien d’autres États musulmans interdisent toute manifestation publique du culte chrétien. C’est le cas de l’Afghanistan, officiellement devenue république islamique en 2004, où les chrétiens mènent une vie de catacombes. La conversion au christianisme est passible de la peine de mort (cinq Afghans convertis ont été assassinés en 2004), comme en Mauritanie. Au Yémen, où l’islam est religion d’État, les islamistes du Nord pratiquent l’intimidation par le rapt et la violence : deux religieuses de mère Teresa y ont perdu la vie en 1998. Aux Comores, dont les habitants émigrent en masse vers Mayotte, seuls les musulmans peuvent pratiquer sans souci, bien que la liberté religieuse soit légalement proclamée.
En Chine, c’est le communisme qui bride la liberté religieuse : il existe une Église “officielle” placée sous le contrôle du Parti. Bien que l’information circule mal, deux évêques au moins sont emprisonnés, treize autres sont empêchés d’exercer leur ministère, une vingtaine de prêtres sont incarcérés ou disparus. Les persécutions, répertoriées dans le rapport, sont innombrables. Arrestations de prêtres et d’évêques, violences envers des religieuses, interdictions de sortie du territoire : en octobre, les sièges des évêques chinois sont restés vides pendant le synode romain, sans explication de Pékin.
La Corée du Nord, marxiste, n’autorise pas d’autres cultes que ceux de ses grands timoniers : Kim Il-sung et Kim Jong-il. Selon la BBC, 10 000 chrétiens y seraient emprisonnés. Au Vietnam, bien que la liberté de culte soit proclamée, les chrétiens sont étroitement surveillés. Selon le père Chân Tin, le pouvoir communiste fonde sa politique répressive « sur un arsenal juridique extrêmement habile et subtil (…). L’utilisation de cet arsenal ne s’applique qu’aux Églises qui refusent le contrôle de l’État

Les pays où la liberté de culte est très limitée.
Leur liste est longue. On y retrouve quelques reliquats de l’ère soviétique (Cuba) mais, du Bangladesh à la Turquie, en passant par l’Algérie, l’Égypte ou le Soudan, c’est encore parmi les pays musulmans que l’on trouve les adversaires les plus résolus du christianisme.
Au Kosovo (2 millions d’habitants, 90 % de musulmans), 150 églises et couvents auraient été détruits par des extrémistes albanais musulmans depuis 1999. En octobre 2005, l’église du Christ- Sauveur, inachevée, est transformée en toilettes publiques. Les orthodoxes n’y ont plus aucune liberté.
En Algérie, bien que la liberté religieuse soit officiellement affirmée, catholiques et protestants, menacés par des islamistes, sont contraints à une extrême discrétion. En Turquie, l’État laïc garantit la liberté de culte, mais les chrétiens sont victimes de discriminations. Le 23 juin, le nonce apostolique en Turquie, Mgr Edmond Farhat, considère, dans une interview, que la liberté religieuse « n’existe que sur le papier ». Intimidations et vexations frappent surtout les orthodoxes. Selon l’AED, le gouvernement turc a confisqué 75 % des propriétés du patriarcat depuis 2002.
Au Pakistan, l’accusation de blasphème, puni de mort par une loi de 1984, est régulièrement portée contre des chrétiens pour les forcer à renier leur foi ou pour les évincer d’une transaction commerciale. Des activistes islamistes prennent pour cible les lieux de culte : un temple saccagé à Islamabad le 18 mars, trois églises prises d’assaut par 3 000 personnes et brûlées près de Lahore, le 12 novembre : la rumeur avait couru qu’un chrétien avait brûlé un Coran.
Au Bangladesh, où l’islam est devenu religion d’État en 1988, des groupes islamistes tentent d’obtenir l’interdiction du christianisme. Catholiques et protestants vivent sous la menace d’attentats. Le 24 décembre l’église du Saint-Rosaire, à Dacca, n’a pas pu célébrer la messe de Noël, de peur d’actions terroristes.
En Inde, les chrétiens sont surtout victimes de groupes sectaires hindous, au pouvoir dans certains États. On ne peut recenser tous les actes antichrétiens : assassinat du père Chittilappilly en août 2004, accusé de prosélytisme par des fondamentalistes hindous, attaque d’un évêché dans l’État de Kerala, déprédations d’un couvent au Maharashtra, agression de pèlerins au Rajasthan, conversions forcées à l’hindouisme dans le diocèse d’Amravati, incendie d’un temple protestant au Manipur, détention arbitraire d’un prêtre et de religieuses accusés d’avoir converti des hindous dans l’État de Madhya Pradesh. Dans l’État d’Orissa, Mgr Raphaël Cheenath juge la situation « insoutenable ».
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