mercredi, mars 22, 2006

Sœur prodigue (2)
Réflexions d'un fils de l'église romaine

Hérésie ou schisme ?
On l’a vu, Runciman, dans « le schisme d’Orient. La papauté et les églises d’Orient, XIème, XIIème siècles » se garde de répondre à la question et même privilégie la thèse du schisme.
Mais Steven Runciman est historien. Pas théologien.
D’abord, qu’est-ce qu’une hérésie ?
Le mot vient du grec "hairesis", nom formé à partir du verbe grec" haireo " : qui signifie "choisir"auquel on a ajouté le suffixe nominal "-sis", qui donne en français "-sie".
Etymologiquement, le mot signifie donc "choix, opinion particulière".
Dans son acception religieuse, le mot " hérésie " signifie donc une opinion contraire aux idées généralement reçues et plus spécialement une doctrine contraire à la doctrine établie.
Dans le domaine de l’ecclésiologie, l’hérésie est la doctrine de celui qui en matière de foi soutient des opinions condamnées par l'Église. On le voit, il faut donc que la doctrine soit préalablement examinée et condamnée et qu’elle le soit par l’Eglise elle-même, ce qui revient à poser la question : « Qu’est la voix de l’Eglise ?».
Enfin, l’histoire de l’Eglise Orthodoxe le montre à plusieurs reprises : un évèque, un patriarche peut être convaincu d’hérésie sans pour autant que la communion soit rompue entre l’église locale concernée et les autres dans la mesure où ses successeurs rompent avec la mauvaise doctrine.

Est-il besoin de le dire, cette question est LA question.
Elle est, bien entendu, soulevée par certains orthodoxes qui y répondent de façon tranchée : Oui. L’église romano-catholique est hérétique.
Pas tous les orthodoxes.
Mais quel intérêt y aurait-il à ne retenir que l’opinion de ceux qui donnent, a priori, la réponse qui ne fache pas ?
Parmi, les orthodoxes les plus formels quant au caractère « hérétique » de l’église catholique, certains sont des historiens pointus, d’autres des érudits impossibles à prendre en défaut. Ce sont tous des hommes et des femmes de grande Foi et de prière.
Leurs arguments méritent donc la plus grande considération. (De nombreux passages en italique figurant dans les chapitres à paraître de « sœur prodigue » sont leurs citations.)
Non seulement parce qu’ils sont ce que je vient de dire, mais surtout parce qu’ils en tirent la conclusion, somme toute logique et terrifiante, que les « sacrements » de l’église catholique (et que l’Orthodoxie appelle « Saints Mystères ») sont VIDES. Vides de la grâce divine. Vide du Corps et du Sang du Christ en ce qui concerne l’Eucharistie.
Il faut le reconnaître, la pilule est grosse à déglutir.
Deux solutions :
La recracher et n’y plus penser,
L’avaler quand même et examiner ses effets. C’est la solution choisie par Soleil d’hiver.


Depuis quand l’église catholique serait-elle hérétique ?
Là, les avis divergent.
D’abord parce que les doctrines dont nous parlerons plus loin ne se sont pas répandues uniformément dans la chrétienté occidentale, qu’en de nombreux endroits, les communautés chrétiennes, voire certains papes, leur ont opposé une vigoureuse résistance ce qui, soit dit en passant, constitue déjà un indice sérieux.
Pour certains, au motif imparable « qu’il ne peut y avoir de sacrements sans la foi qui fonde la succession apostolique » , « le moment à partir duquel on peut avoir des doutes sérieux sur la validité de l’eucharistie à Rome, doit se situer probablement en 1014, quand l’empereur germanique Henri II a imposé le Filioque à Rome ». « En dehors de Rome, cela peut-être variable selon les lieux, … il y a des lieux où on a été azymite (NDSH : sont azymites ceux qui communient sous la forme du pain sans levain) et filioquistes avant que Rome ne le devienne, et des lieux où l’on ne l’est devenu que sous la pression centralisatrice ».

Cela échappe, en effet, à beaucoup de catholiques , mais la suprématie papale s’est imposée en Occident au prix d’énormes difficultés. Là où tout se trouble, c’est qu’au regard des catholiques d’aujourd’hui, la papauté du « se battre contre des hérétiques » alors que la plupart de ces derniers se réclamaient en fait de la Tradition. (voir l’histoire du mouvement utraquiste en Bohème au XVème siècle)

“Jusqu’au XIe siècle, d’ailleurs, Rome ne se posait pas en patriarcat d’occident. Son territoire couvrait le nord de l’Italie – et l’Illyrie jusqu’à la querelle des icônes. Les métropoles des Gaules, l’Eglise celtique, l’Eglise d’Angleterre, l’Espagne étaient autonomes, parfois même autocéphales au même titre que l’Eglise d’Afrique ».

Pour d’autres, la communion cesse d’être « en 1216, date de l’excommunication solennelle des latins par le patriarche de Constatinople en exil à Nicée, après le sac de Constantinople et la latinisation forcée des grecs du Péloponèse, ou en 1245 à la suite du concile de Lyon. »


Quelles sont donc ces doctrines contraires à la Foi qui feraient que l’église catholique romaine est hérétique ?
A suivre