jeudi, mars 30, 2006

Sœur prodigue (4)
Réflexions d'un fils de l'église romaine

Quelles sont donc ces doctrines contraires à la Foi qui feraient que l’église catholique romaine est hérétique ?

La position de Photios sur le Filioque, parfaitement en accord avec la tradition de l’Eglise, revenait aussi à remettre en cause les prétentions affichées de Rome à sa suprématie sur l’Eglise universelle et à l’ infaillibilité « de fait » du pape.
Ainsi, la question du Filioque a introduit celle de l'autorité pastorale et magistérielle dans l'Église ; plus spécifiquement, celle de l'autorité de l'évêque de Rome à résoudre définitivement les questions dogmatiques, simplement en vertu de sa charge.
Le concile de 787 s'exprimait aussi au sujet du siège romain avec grand respect et attribua aux légats du pape leurs prérogatives traditionnelles de présidence, reconnaissant leurs droits d'ouvrir et de clore les discussions et de signer les documents en premier. Néanmoins, les documents ne livrent aucune indication que les évêques présents auraient reconnu une quelconque primauté de juridiction au siège de Rome au-delà de la compréhension patristique de la communion des Églises et de la théorie canonique de la pentarchie (VIe siècle).

Sur ce second point de doctrine, on se réfèrera aux longs développements de Runciman.
L’histoire explique clairement ce qu’il faut bien appeler la dérive autocratique romaine puisque qu’elle constitue une rupture nette avec la Tradition.
L’excuse t-elle, c’est une autre affaire.
La théologie catholique a fini par considérer que proclamer et élucider la foi de l’Eglise est un exercice légitime de l'autorité papale, là où les orthodoxes, en cohérence avec la tradition ecclésiale du premier millénaire, considèrent que l'approbation finale par les papes, au XIe siècle, de l'emploi du Filioque dans la Credo latin est bien une usurpation de l'autorité dogmatique n'appartenant qu'aux Conciles œcuméniques.

Cette prétention de Rome au magistère suprême, n’a, depuis, cessé de se confirmer, des incroyables « dictatus » de Grégoire VII en 1075 jusqu’à l’affirmation du dogme de l’infaillibilité papale, au concile Vatican I de 1870. La seule définition dogmatique engageant l’infaillibilité pontificale prise depuis lors est celle de l’Assomption de Marie (1950).
Quant au dogme de l’Immaculée Conception dont la formulation catholique est aussi contestée par les orthodoxes (dont la dévotion à Marie, Théotokos, est au moins aussi grande que celle des catholiques), elle est antérieure de 16 ans au concile Vatican I et déjà, Bernard de Clairvaux et Thomas d'Aquin étaient hostiles à cette idée apparue au XIIème siècle.

Il n’est pas inintéressant de considérer que si tous les autres Évêques de Rome professant le Symbole universel de la Foi orthodoxe, dit de Nicée-Constantinople, et le pape Jean VIII condamnant expressément le filioque étaient, a priori, infaillibles, leurs successeurs, en adoptant et en généralisant le filioque ne l’étaient plus. Ou alors, c’est l’inverse. Dans tous les cas, il y a, quelque part une discontinuité dans l’infaillibilité …Le dogme étant l’affirmation d’une vérité intemporelle, il n’y a plus de « dogme » de l’infaillibilité.

Que l’histoire ait conduit à la mise en place d’une « constitution autocratique de l’Eglise d’Occident sous la direction du pape » et que sans elle, comme le reconnaît Runciman, « l’Eglise de Rome n’eut pas survécu aux ages d’ignorance et d’obscurantisme », on peut en convenir.
Mais ces circonstances contraignantes ne sont plus depuis longtemps et rien ne justifie, au regard de l’Unité et de la stabilité de l’Eglise, que les effets s’en fassent sentir jusqu’à nos jours, sauf « course aux fidèles » que l’Eglise catholique est en train de perdre

Suite lundi 3 avril