mardi, avril 18, 2006

Des « petits » péchés

Le péché est un état qui nous éloigne et nous détourne de Dieu.
C’est un désordre introduit dans l’ordre divin de la création.
Une conception judiciaire du péché nous conduit à une classification entre petits, moyens et gros péchés, classification qui introduit, dans la théologie catholique, le distinction entre péché veniel et péché mortel.
Si cette classification a pour effet de renforcer la vigilance à l’égards des péchés les plus « graves », elle a aussi celui de relativiser, de minorer les « petits » péchés habituels auxquels on ne prend plus garde et qui sont communément admis comme parasites dont on peut s’accomoder.
Le texte ci-dessous, du Père Bénigsen a le mérite de remettre en perspective, grace à une parabole imagée, la gravité réelle de ces soit disant « petits » péchés qui souillent l’âme comme la microscopique vermine habite le corps d’un homme sans hygiène.

En se préparant à la confession ou simplement en contrôlant son état spirituel, l'homme essaie de découvrir en lui-même tout ce qui est obscur et pesant, tout ce qui est associé à la notion de péché. Ceci est une bonne manière d'agir, mais notre éloignement de Dieu ne dépend pas de cela ; nous sommes habitués à "classer" nos péchés, à les sérier en gros, moyens et petits péchés, et à ces derniers nous ne voulons pas donner beaucoup d'importance. Cette classification comporte en elle-même une double tentation : tout d'abord, la tentation d'autojustification (je pèche comme tout te monde, ensuite la tentation d'un repentir limité, même si une infime partie du péché reste sur la conscience. L'amoncellement des péchés est comparable à une masse neigeuse qui augmente de volume jusqu'à ce qu'un dernier flocon provoque l'avalanche.
Chaque péché est un péché, comme chaque distance est un éloignement, qu'il soit mesuré en kilomètres ou en millimètres. Il faut se rappeler en outre, qu'en dehors, des péchés de faits, des péchés d'omission de charité existent aussi.

Deux femmes viennent demander conseil à un "starets". La conscience de l'une ploie sous le poids d'un si gros péché, qu'il lui semble ne jamais mériter de pardon. La deuxième dit au starets qu'elle n'a sur la conscience qu'une multitude de petits péchés, "rien de spécial, comme chez tout le monde". Le staretz dit à la première femme : "Va chercher la pierre la plus lourde que tu puisses soulever et apporte-la-moi". A la seconde il dit : "Va au bord de, la mer et apporte moi autant de petits cailloux que tu peux ramasser". Les deux femmes lui obéirent et accomplirent l'étrange demande du staretz. Lorsqu'elles revinrent avec leurs charges, le starets dit à la première : "Maintenant, va et rapporte la grosse pierre à l'emplacement où tu l'as prise". A la seconde : "Toi aussi va et remets chaque caillou à l'emplacement où tu l'as trouvé". Ce que la première réussit à faire facilement, la seconde ne put l'accomplir.

Cette parabole a été tirée des premiers écrits spirituels chrétiens dont Tolstoï, Leskoff et d'autres écrivains russes se sont servis plus d'une fois. Cette parabole se rapporte directement à la classification des péchés "gros, moyens, petits". Les "petits" péchés comme nous les appelons, sont souvent aussi graves que les "gros" péchés. Les petits péchés s'amoncellent si facilement qu'ils se transforment automatiquement en habitude, ce qui nous amène à l'autojustification.
L'autojustification est l'un des aspects les plus dangereux de la vie spirituelle. Nous prions peu, parce que nous n'avons pas le temps. Nous observons mal le jeûne, parce que notre santé ou bien les conditions de notre vie ne nous le permettent pas. Nous jugeons souvent en les condamnant les personnes autour de nous, qui nous semblent le mériter. II n'est pas nécessaire de continuer cette liste pour l'autojustification. Un véritable examen spirituel doit aboutir à l'auto-condamnation : tout ce que nous omettons, ne faisons pas, laissons, passer dans notre vie spirituelle, arrive à cause de notre faiblesse, à cause de notre peu de foi, à cause de la tiédeur de notre amour. Devant l'image de la perfection divine, notre conscience ne peut que nous faire des reproches et non nous disculper et en nous faisant des reproches, nous stimuler pour nous améliorer, corriger et perfectionner notre vie spirituelle et aussi pour nous encourager à nous libérer de nos péchés.