lundi, avril 10, 2006

Sœur prodigue (7)
Réflexions d'un fils de l'église romaine

Quelles sont donc ces doctrines contraires à la Foi qui feraient que l’église catholique romaine est hérétique ?

Le troisième point est celui de la célébration de l’Eucharistie que nous abordons au travers de trois éléments litigieux :
- l’usage, par les catholiques, du pain sans levain, dit pain azyme, (Sœur prodigue 5)
- la communion sous l’espèce du pain uniquement, (Sœur prodigue 6)
- l’absence ou plus exactement le déplacement de l’épiclèse.

Reste donc le problème de l’épiclèse.

L’Epiclèse est un usage antique de l’Eglise, usage, attesté par saint Justin (IIème siècle) et saint Hippolyte de Rome

Rappelons par deux citations, le point de vue orthodoxe :

Le terme vient d’un mot grec qui signifie : «invocation». Moment du canon eucharistique où le célébrant avec l'assemblée, après avoir loué le Père et, au cours de l'anamnèse, rappelé l'institution de la sainte cène, demande à l'Esprit-Saint de sceller le pain et le vin en corps et en sang du Christ.
Tous les sacrements, lorsque l'action de Dieu est demandée, comportent une invocation à l'Esprit, une épiclèse, qui leur donne leur efficacité par la présence invisible des énergies incréées du Verbe et de l'Esprit. Dans l'épiclèse, le mystère est accompli par la prière de l'Église tout entière qui est entendue de Dieu, parce que l'Église est le lieu de la nouvelle alliance à laquelle Dieu S'est engagé à jamais par son Fils et dans l'Esprit-Saint. L'épiclèse est l’accomplissement de l'action eucharistique.

« Il est significatif que l'Eglise orthodoxe n'a pas été empêchée de vivre la collégialité et de dispenser la Parole de Vérité, malgré le fait que depuis neuf siècles, elle n'a plus réuni de concile ayant formellement le statut de concile œcuménique. Cela est compréhensible dès lors que l'on redécouvre l'Eucharistie non pas dans une conception individualiste, mais à la fois comme le sacrement où l'Eglise est l'Eglise, où elle se révèle comme sacrement et où toute sa réalité est englobée.
Forte de cette conviction, l'Eglise orthodoxe n'a pas été tentée de voir en un organisme particulier, " la plus haute autorité ", car elle sait que la plus haute autorité, c'est bien l'Eglise dans sa signification totale et dans sa plénitude, profondément unie dans le Christ ressuscité par la puissance et la force du Saint-Esprit, qui change universellement ce qu'il touche.
En accord avec cette doctrine, le prêtre orthodoxe, lorsqu'il célèbre la divine Liturgie, ne s'identifie pas au Christ, il ne prononce pas les paroles " Ceci est mon corps " in persona Christi, mais il s'identifie à l'Eglise et parle in persona ecclesiae et in nomine Christi, de sorte que les paroles du Christ, mémorisées par le prêtre, acquièrent l'efficacité divine par l'invocation du Saint-Esprit dans l'épiclèse. Après quoi, une fois les dons changés, l'Esprit-Saint opère le changement des communiants eux-mêmes : en consommant la chair du Fiancé et son Sang, ils entrent dans la " koinonia " nuptiale et deviennent à leur tour des hommes eucharistiques. »
Monseigneur Stéphanos

L’opinion communément admise, pour les catholiques, est que le simple prononcé par le prêtre des paroles dites de l’institution « prenez et mangez, ceci est mon corps... » et « Buvez en tous,... » suffit à consacrer le pain et le vin. Le prêtre agirait ainsi « in persona Christi ».

Pourtant à lire
L’article 1348 du catéchisme :
Les chrétiens accourent dans un même lieu pour l'assemblée eucharistique. A sa tête le Christ lui-même qui est l'acteur principal de l'Eucharistie. Il est le grand prêtre de la Nouvelle Alliance. C'est Lui-même qui préside invisiblement toute célébration eucharistique. C'est en Le représentant que l'évêque ou le prêtre (agissant "in persona Christi capitis") préside l'assemblée, prend la parole après les lectures, reçoit les offrandes et dit la prière eucharistique.

L’article 1353 :
Dans l'épiclèse elle demande au Père d'envoyer son Esprit Saint (ou la puissance de sa bénédiction: cf. MR, Canon Romain 90) sur le pain et le vin, afin qu'ils deviennent, par sa puissance, le Corps et le Sang de Jésus-Christ, et que ceux qui prennent part à l'Eucharistie soient un seul corps et un seul esprit

ainsi que l’article 1358:
Il nous faut donc considérer l'Eucharistie:
- comme action de grâce et louange au Père,
- comme mémorial sacrificiel du Christ et de son Corps,
- comme présence du Christ par la puissance de sa Parole et de son Esprit.

Enfin la proposition 22 du Synode des Evèques sur l’Eucharistie
« Etant donné que la lex orandi exprime la lex credendi, il est essentiel de vivre et d’approfondir la foi dans l’Eucharistie à partir de la prière avec laquelle l’Eglise la célèbre depuis toujours, c’est-à-dire la prière eucharistique.
En particulier, la spiritualité eucharistique gagne à reconnaître l’importance de l’Esprit Saint qui transforme les oblats et fait que la communauté tout entière devienne toujours davantage corps du Christ. Le Synode souhaiterait que le lien entre l’épiclèse et le récit de l’institution apparaisse plus clairement. Il deviendrait ainsi plus évident que toute la vie des fidèles est, dans l’Esprit Saint et le sacrifice du Christ, une offrande spirituelle agréable au Père.
Dans ce contexte le Synode souligne la nécessité que soit mieux précisée la nature des différentes significations exprimées dans la formule : « L’Eglise fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Eglise ».

Il ne peut échapper à la lecture de ces citations qu’il persiste une ambiguité dans la doctrine catholique quant à la transformation des dons.
D’un coté, il est affirmé que cette transformation (dite « transsubstantiation ») s’opère lors “les paroles de l’institution”, c’est-à-dire les mots que doit prononcer le prêtre, représentant du Christ et que les sacrements opèrent ex opere operato, c'est-à-dire par le fait même de l'action accomplie (§ 1128 du catéchisme de Jean-Paul II).
D’un autre coté, certains articles du même catéchisme et de nombreux théologiens catholiques s’accordent pour reconnaître que l’invocation de l’Esprit saint, lui demandant de descendre sur les dons est indispensable pour que le pain et le vin « deviennent, par sa puissance, le Corps et le Sang de Jésus-Christ »
Mais pour les orthodoxes, le fait qu’une épiclèse soit apparue dans le nouvel ordo avant les paroles de l’institution souligne la prédominance, dans la doctrine catholique, du « in persona Christi ».

En fait, cela revient à vouloir définir un « moment » quasi magique, tout à fait étrange pour la liturgie eucharistique qui est un tout.
Que la puissance de l’Esprit soit l’agent essentiel de la transformation des dons, l’église catholique le reconnaît, même si c’est au prix de circonlocutions alambiquées visant à entretenir l’idée que finalement, ce n’est pas contradictoire avec l’action de l’officiant agissant « in persona Christi ».
Une fois encore, on voit, à propos de l’Epiclèse, à quel point, ce que d’aucuns pourraient penser être une « innocente innovation liturgique » est générateur de désordre et combien une discrète inflexion visant à corriger le tir, justement parce qu’elle est discrète et incomplète, entretient le désordre.

Suite et fin jeudi 13 avril