jeudi, avril 13, 2006

Sœur prodigue (fin)
Réflexions d'un fils de l'église romaine

Soleil d’hiver a essayé de clarifier la nature des divergences existant entre les catholiques et les orthodoxes sur ces trois points que sont l’expression de la Foi (Filioque), la primauté dans l’Eglise et la liturgie eucharistique.
Il y en a bien d’autres qui seraient restées du domaine des spécificités d’une église locale si la communion n’eut été rompue pour les questions plus graves que l’on vient d’évoquer et qui, dans ce contexte, viennent aggraver le contentieux.
L’église catholique est-elle pour cela hérétique ?
L’amour et la reconnaissance que j’éprouve pour elle m’empèche d’y répondre ici.
En outre, il y a dans l’hérésie une « volonté » de se détacher de la foi commune qu’il est impossible d’affirmer de la part de l’église catholique prise dans sa globalité. D’ailleurs, dans leur immense majorité, les catholiques ne savent pas et ne comprennent pas ce qui les sépare de leurs frères orthodoxes.

Mais ce qu’il est en revanche possible d’affirmer sans détour ni discussion, c’est que l’église catholique s’est bel et bien détachée de la foi et de l’expression liturgique commune et qu’elle a été l’unique initiatrice
- d’une expression unilatérale et discutée car discutable du dogme, défiant en cela les canons de plusieurs conciles œcuméniques, qui, en l’espèce, sont la « voix » de l’Eglise,
- d’innovations liturgiques sans vraie justification ecclésiologique et patristique,
- d’une prétention à la primauté universelle démentie par toute la tradition.

Et que, quand bien même on arriverait à force d’arguties à relativiser une par une ces multiples ruptures d’avec la Tradition, on ne peut, et c’est sans doute le plus grave, que reconnaître que s’est progressivement installée, dans l’église catholique, une « façon de penser » le mystère du salut, qui diffère, à bien des égards, de l’enseignement des pères de l’Eglise, successeurs directs des Apôtres ayant eux mêmes recueilli l’enseignement du Sauveur et reçu l’Esprit Saint.
Progressivement, s’est, en effet, installée dans l’église catholique une théologie de la « satisfaction », une judiciarisation du salut, où la justice de Dieu ne signifie plus, comme l’entendent les Saintes Ecritures, qu’Il est bon et aimant mais qu’Il est ce juge, infiniment offensé et avide de réparation au point d’exiger, pour cela, la mort infâmante de Son Fils.
Nous invitons vivement le lecteur à se reporter au « Fleuve de feu » déjà évoqué dans un précédent article.
Comment ne pas, au moins, se poser la question ? Ce dieu là est-il le Dieu des Béatitudes ou Jupiter lui-même ?


C’est donc le moins qu’ on puisse dire que l’église romaine a fait preuve, à l’égard de ses sœurs orientales d’une extraordinaire arrogance, d’un non moins troublant manque de charité et reste l’unique responsable d’un considérable désordre et de grandes souffrances au sein de l’Eglise.
Certains diront « si ce n’est pas hérétique, qu’est ce donc ? »
Oui, cela en a, au moins, l’apparence.

Qu’est donc l’église romaine ?
Une sœur prodigue ? c’est ainsi que je veux la voir car le « prodigue » n’est jamais privé d’un amour en attente.
Mais une sœur prodigue qui, par grâce, je pense, n’a pas dilapidé toute sa part d’héritage et qui permet ainsi a beaucoup de ses enfants d’en vivre encore.
Tout n’est pas « à jeter » dans l’église latine. Toute son histoire (et les innombrables traces qui en tapissent le sol de l'Europe) recèle des trésors de foi, de sainteté, de même qu’un long martyrologue. Le nier serait offrir une commode position de repli aux catholiques confrontés à ces génantes vérités.
Il faut seulement qu'ils sachent que cela ne suffit pas. D’authentiques et indiscutables hérésies peuvent aussi se prévaloir de magnifiques œuvres de foi et de nombreux martyrs. Cela ne leur confèrent pas pour autant la Vie divine.

Nous sommes là dans le secret de Dieu qui ne sait pas, qui ne peut pas, Lui qui sait et peut tout, donner du vent à ceux de Ses enfants qui Lui réclament du pain et, par foi, sont persuadés de le recevoir.

L’église catholique romaine et l’église orthodoxe sont-elles, comme l’a dit Jean Paul II « les deux poumons de l’Eglise ». La formule laisse dubitatif.
Les poumons, droit et gauche, ont, certes, une forme légèrement différente. Mais ils exercent, au service de l’organisme entier, la même fonction et, surtout, il n’existe, entre eux, ni compétition, ni « spécialisation ».
La formule recouvre le même concept que celui d’ « églises-sœurs » oh combien séduisant. Les églises othodoxes de dénominations diverses sont effectivement sœurs car la communion entre elles est maintenue et quand elle fut, à l’occasion, rompue, elle fut restaurée.
L’église latine s’inscrit t-elle, hélas, dans ce schéma ?

On peut tourner le problème sous tous les angles, se torturer le cerveau et le cœur, l’église latine s’est bien séparée du cep de l’Eglise auquel est resté soudée « sans altération ni ajout » l’église orthodoxe.

On ne peut pénétrer le plan de Dieu qui agit à tout instant dans l’histoire des hommes et dont les pensées sont aussi éloignées des notres que le ciel est éloigné de la terre.
L’église catholique s’est épanouie dans l’espace européen occidental ouvert sur les océans et, pour cela, a évangélisé, avec plus ou moins de succés, le monde entier.
A l’inverse, les églises d’Orient ont vu leur expansion menacée par les forces de l’histoire, limitant leur vocation missionnaire.
L’esprit moderne aurait assez tendance à juger « numériquement » de la valeur des choses. Mais on sait bien que, pour le Seigneur, le critère a peu de valeur .

Les vents de l’histoire viennent de tourner.
Le catholicisme romain est confronté de plein fouet à l’apostasie moderniste, matérialiste, relativiste. Ses églises et ses séminaires se vident, la pratique religieuse s’étiole, malgré, ici ou là, quelques beaux exemples de réveil.
Dans le même temps, l’église orthodoxe, confrontée, dans son espace naturel, à une persécution jamais vue dans l’histoire de l’Eglise, a pénétré la sphère d’influence romaine en lui apportant la foi et la spiritualité profonde qui l’ont, en grande partie, désertée.
Elle lui apporte aussi une beauté liturgique que le catholicisme moderne a impitoyablement chassé de ses églises et célébrations.

De nombreux enfants de l’église romaine commencent à ressentir la faim.
Il est donc naturel qu’ils se souviennent de ces « cousins », dont certains sont venus jusqu’à eux, et qui sont si visiblement rassasiés de cette nourriture qui leur fait défaut.
Ils prennent alors le chemin du retour et « rentrent à la maison ».
Un jour, Sœur Prodigue comprendra qu’elle doit leur emboiter le pas car là, et pas ailleurs, est le chemin de cette Unité voulue par le Seigneur.
Elle a du chemin à faire. Elle est partie si loin.




Parce qu'il lui en paraît la suite logique, Soleil d’hiver publiera, au cours des semaines à venir les « épapes d’un pèlerinage », témoignage du Père Placide Deseille, moine cistercien devenu Archimandrite du Monastère Saint Antoine le Grand à Saint Jean en Royans (Drome)