samedi, avril 08, 2006

Une réponse orthodoxe
aux justifications du Vatican
concernant l’abandon par le pape
du titre de « patriarche d’Occident »


Suite des articles précédents 1, 2 et 3

Mgr Hilarion (Alfeyev) de Vienne et d’Autriche, de la Représentation du Patriarcat de Moscou à Bruxelles, a répondu à l’explication donnée par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens concernant l’abandon par le pape du titre de « patriarche d’Occident ».

Il observe tout d’abord que cette décision n’est pas seulement une question interne à l’Eglise catholique car « (…) dans le contexte de la reprise du dialogue théologique entre les Eglises catholique et orthodoxe qui portera précisément sur la question de la primauté de l’évêque de Rome, les changements des titres du pape ne peuvent passer inaperçus auprès des représentants des Eglises orthodoxes (…) .
Puis, il aborde la question de l’universalité des Eglises. L’Eglise orthodoxe, comme l’Eglise catholique « (…) n’est plus confinée à l’Orient et s’est répandue dans le monde entier. Dans de nombreux pays les juridictions catholique et orthodoxe sont juxtaposées. Sous cet angle on peut effectivement croire que les notions d’Occident et d’Orient ont perdu leur sens.
Ensuite, développant le principe du territoire canonique, il observe : "l’Eglise orthodoxe insiste sur la nécessité de respecter le principe du territoire canonique qui suppose une certaine solidarité et coopération entre les deux Eglises qui conservent la succession apostolique de la hiérarchie. » Il en déduit l’idée qu’il est nécessaire d’éviter tout prosélytisme.
Après avoir rejeté l’uniatisme comme démarche, il expose le problème ecclésiologique en mettant en cause la primauté universelle de l’évêque de Rome, car « (…), le chef de l’Eglise universelle est le Christ lui-même qui n’a pas et ne peut avoir de vicaire. » C’est pourquoi « L’Eglise orthodoxe n’a jamais reçu et ne recevra pas la primauté de l’évêque de Rome dans les termes dans lesquels elle est exprimée aujourd’hui par l’Eglise catholique. Pour les orthodoxes, tout au long du premier millénaire l’évêque de Rome a été le premier parmi les égaux (primus inter pares), le premier parmi les autres primats des Eglises locales : il était perçu comme le « patriarche d’Occident » et se distinguait ainsi des patriarches d’Orient : ceux de Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem. Ce n’est que sous cette forme que les orthodoxes pourraient recevoir la primauté de l’évêque de Rome si l’unité ecclésiale entre l’Orient et l’Occident devait être rétablie. »
Il n’est pas satisfait des explications du Conseil pontifical : « Le communiqué ne donne aucun commentaire au sujet des autres titres du pape qui sont inacceptables, voire scandaleux du point de vue de l’ecclésiologie orthodoxe. »
Il en conclut : « Les Eglises orthodoxes ne feront pas le deuil du titre de « patriarche d’Occident » auquel le pape a renoncé. Cependant, du point de vue orthodoxe, seul le renoncement aux titres soulignant la juridiction universelle du pape, et à la doctrine ecclésiologique qui se cache derrière eux, seront un pas réel sur la voie du rapprochement entre l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique, un geste pour remédier à une division qui existe depuis presque mille ans déjà. »

Source 1 Source 2