mardi, janvier 31, 2006

La spiritualité orthodoxe et la philocalie
Placide Deseille

Paris, Éd. Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes » (édition de poche d'un livre paru, en 1997, aux Éd. Bayard), 2003. - (11x18), 282 p. 14 €
Esprit et Vie n°107 - juin 2004 - 1e quinzaine, p. 32-34.

L’ouvrage est en trois parties : La première, historique, est consacrée aux pères de l’Eglise. La deuxième est une anthologie des textes des pères de l’Eglise regroupés selon les grands thèmes de la spiritualité orthodoxe. Cette deuxième partie est la plus intéressante comme aide à la méditation. La troisième aborde l'influence du courant hésichaste à partir de la Russie dans les autres contrées d'Orient et jusqu'en Occident
A lire et à relire en livre de chevet.

Le père Placide (Deseille) , moine cistercien passé à l'orthodoxie, est archimandrite à Saint-Antoine en Royans. Il est spécialiste de la spiritualité monastique tant orientale qu'occidentale. Malgré l'engouement de l'Occident pour la musique « byzantine », les icônes et les voyages en Europe de l'Est, on connaît assez peu la spiritualité des Églises d'Orient alors que le pape demande que l'Église retrouve sa respiration par ses deux poumons que sont l'Église latine et les Églises orientales. Cet ouvrage rédigé avec la clarté habituelle de l'auteur est une initiation à la spiritualité orthodoxe par le courant monastique « hésychaste » (contemplatif). Sa lecture demande un effort car nous ne sommes pas familiers de certaines notions et l'on peut regretter l'absence de lexique, mais elle devient vite passionnante et enrichissante pour tout chrétien soucieux d'ouverture aux aspects complémentaires des deux traditions de l'unique Église du Christ. Les maîtres spirituels cités sont ceux du monachisme ancien vénérés aussi en Occident : Antoine, Macaire, Basile, Jean Climaque… L'auteur a passé pratiquement sous silence les polémiques soulevées par l'œuvre de Grégoire Palamas et les interprétations contradictoires qui en sont faites. Sa présentation des textes fondamentaux dans un commentaire équilibré est dans la pure tradition patristique reçue par l'Église universelle.

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lundi, janvier 30, 2006

Quelques vérités retrouvées sur l’aventure algérienne

On est dans un temps où le politique se pique d’écrire l’histoire dans la loi.
Il le fait, parfois, dans une intention louable comme, par exemple, d’apposer un peu de baume sur les plaies toujours ouvertes des pieds-noirs et de harkis.
Encore faudrait-il le courage introuvable d’aller jusqu’au bout de la démonstration, n’en déplaise au FLN Bouteflika et de tous les français qui ont encore à la main leurs explosives valises.
Soleil d’hiver publie ici le long extrait d’un texte récent paru sur l’Internet.
Je n’en indique ni l’auteur ni la source pour ne pas les exposer aux malveillances de toutes sortes.
Qu’importe, j’assume pleinement ce texte que j’aurais aimé écrire si j’en avais eu le talent.

Cela fait maintenant 23 ans que l'on a publié la thèse du professeur Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français. Histoire d'un divorce, qui a démontré de manière irréfutable à quel point les colonies furent pour la France un boulet. Le professeur Marseille avait commencé à rédiger sa thèse pour défendre certaines positions mais les découvertes qu'il a faites au cours de sa recherche l'ont amené à complètement réviser sa position. La désinformation tiers-mondiste ne s'en est jamais remise.

La thèse du professeur Marseille a été confirmée, pour le cas particulier de l'Algérie, par un livre publié l'année dernière, Chère Algérie de Daniel Lefeuvre, montrant le poids insupportable des dépenses d'investissement en Algérie pour le budget de l'Etat français entre 1930 et l'indépendance.

On notera que ces études ne font d'ailleurs que confirmer ce que tous les économistes sérieux écrivaient dans les années précédant la décolonisation. C'est ce que l'on avait résumé sous le nom de cartiérisme, d'après l'article de Raymond Cartier "La Corrèze avant le Zambèze". C'est aussi ce qu'avait expliqué Raymond Aron dans un article retentissant au début de la guerre d'Algérie.
Le patronat français, constatant le poids que représentait les investissements à fonds perdus (et qui ne furent jamais récupérés) pour construire des usines d'aluminium en Guinée-Conakry ou des chaînes de montage de camions en Algérie (usine Berliet construite dans le cadre du plan de Constantine et dont le FLN eut la bonne idée d'enlever, torturer et tuer le directeur après les accords d'Evian, montrant ainsi l'importance qu'il accordait aux investissements venus de l'étranger), et fasciné par le décollage économique qu'avaient connu les Pays-Bas après la perte de l'Indonésie, ne s'y trompait pas. Dans les années 1950, il fut le soutien le plus ferme de la décolonisation.

La décision de lâcher l'Algérie alors que le FLN n'avait pas remporté la victoire sur le terrain fut aussi une conséquence de cette perception des colonies comme un poids mort économique et financier. Le caractère inflexible de cette décision s'est d'ailleurs traduit par les circonstances peu glorieuses de cette décolonisation (Français d'Algérie laissés sans aucune protection et dont un millier furent égorgés à Oran le 5 juillet 1962 sous les yeux de 15 000 soldats français qui avaient reçu de leur commandant, le général Katz, l'ordre de ne pas intervenir; Algériens pro-français abandonnés dans la confusion et dont beaucoup - à peu près 80 000 - furent exterminés dans les semaines qui suivirent l'indépendance, quoiqu'il y ait eu des camps de concentration dans le Sahara algérien pour Algériens pro-français et Français enlevés par le FLN au moins jusqu'en 1967, le tout étant parfaitement connu du gouvernement français). Il fallait vraiment se débarrasser de ce boulet à tout prix, et cette fin dans le sang, le chaos et le déshonneur n'était que la concrétisation du "à tout prix". De Gaulle ne se cachait absolument pas que sa volonté de se débarrasser de l'Algérie était motivée par la démographie galopante de ce pays et par le coût financier insupportable non seulement de la guerre, mais aussi de l'Algérie en elle-même.

Et il est vrai que, une fois définitivement (mais à quel prix) débarrassée de l'Algérie, la France connut de 1962 à 1973 une croissance économique inespérée, qui rappelait les plus belles heures du Second Empire et valut au pays de connaître pendant quelques années le taux de croissance le plus élevé de tous les pays industrialisés.

Il paraît que les Anglais se sont mieux débrouillés avec leur Empire colonial. (Il est vrai que l'Australie, le Canada ou l'Inde, c'était quand même plus prometteur que le Niger et Djibouti et autres perles du Konfetti-Reich construit par la IIIe République).

Mais force est de constater qu'en Europe occidentale, ce sont les pays qui n'ont jamais eu de colonies (Suisse, Luxembourg, Norvège) ou qui s'en sont débarrassés très vite (Allemagne, Suède, Pays-Bas) qui jouissent d'une prospérité que n'ont pas les pays qui se sont empêtrés dans une aventure coloniale longue et sans issue (France, Royaume-Uni, Belgique, Espagne, Portugal).

Si l'on excepte le premier Empire colonial français, celui bêtement perdu par Louis XV et qui correspondait à une réalité puisqu'il en reste au moins aujourd'hui la province francophone du Québec, l'aventure coloniale de la France … se limite à une opération de propagande visant à donner à l'armée quelques victoires pour faire oublier aux yeux de l'opinion publique l'humiliation totale de 1870, la trahison de Bazaine et la perte de l'Alsace-Lorraine. Il n'est donc pas étonnant de constater qu'entre 1871 et 1914, les royalistes et les nationalistes étaient systématiquement hostiles au projet colonial, en qui ils voyaient de la poudre aux yeux destinée à faire oublier la perte de l'Alsace-Lorraine, la ligne bleue des Vosges et la Revanche. (Notons que, Dieu merci qu'on ne les a pas suivis: une guerre de revanche en 1887 aurait abouti à une défaite encore plus catastrophique qu'en 1870 et à la perte de Belfort, Briey et Nancy.) En revanche, les républicains et la gauche étaient porteurs de ce projet colonial (qui eut finalement le seul mérite de retarder l'éclatement de la guerre en Europe).

A propos de la béatification de Charles de Foucauld. La personne du père de Foucauld n'est pas en cause; je pense que c'était une sorte d'ermite qui avait succombé, comme beaucoup de Français de ce temps-là, à la fascination du Sahara. (Le film Fort Saganne, avec Gérard Depardieu, décrit très bien ce phénomène.) Simplement, il avait été récupéré par la mythologie qui existait autour de la présence française en Afrique du Nord. Il est vrai que, celle-ci n'ayant laissé aucune trace, on a peine de nos jours à imaginer ce qu'elle fut par sa durée et son importance. Il a fallu beaucoup d'efforts et de sacrifices, sur le plan économique et financier, à l'Algérie indépendante pour effacer en quelques années tout ce qui pouvait rappeler plusieurs décennies de cette présence (cas inverse de l'Inde, qui a préféré garder tout ce que les Britanniques avaient laissé, dans le but de favoriser la croissance économique). … ce contexte … explique aussi pourquoi la béatification du père Charles de Foucauld, dont les vertus étaient pourtant évidentes pour tous depuis longtemps, est venue seulement en 2005.
En effet, c'est à cause … du risque d'assimilation d'une béatification du RP de Foucauld avec la colonisation française au Maghreb que le Vatican a ralenti le plus possible la procédure de béatification. Celle-ci fut par exemple suspendue en 1954 (début de la guerre d'Algérie) et ne reprit qu'en 1967 (cinq ans après l'indépendance de l'Algérie, quand on pensait que les susceptibilités seraient apaisées). … le Vatican a eu peur que la béatification du RP de Foucauld ne soit considérée comme un hommage rendu à cette idéologie, et ce nonobstant l'engagement d'une grande partie du clergé catholique d'Algérie (le cardinal Duval, l'abbé Scotto) en faveur du FLN.

Deux remarques encore:
1) A propos du massacre d'Oran, le député UMP Georges Fenech a eu le courage d'évoquer la responsabilité du général Katz dans ces événements lors d'une séance de l'Assemblée nationale française le 2 décembre 2003. Mais, quarante-et-un ans après, c'est un peu tard...
2) A propos des camps de la mort de l'Algérie indépendante, se reporter au témoignage du soldat du contingent André Aussignac, enlevé quelques semaines après l'indépendance (quatre mois après le prétendu cessez-le-feu...) et évadé au printemps 1963 d'un de ces camps de la mort de Ben Bella - celui-ci réservé aux Européens enlevés -, celui de la mine de fer de Miliana. (Les camps de la mort pour les Algériens pro-français se situaient plutôt plus au Sud, dans le Sahara, quoiqu'il y en eut aussi en bordure de la mer.) On eut tellement peur des révélations du soldat Aussignac sur l'existence de centaines de détenus français détenus dans les camps algériens avec la pleine complicité du gouvernement français que la Sûreté militaire tortura M. Aussignac à son retour en France (il avait pu quitter l'Algérie caché sur un chalutier) pour le dissuader de raconter son histoire. Toutefois, l'appelé Aussignac réussit à transmettre son témoignage au sénateur radical-socialiste Etienne Dailly qui le lut lors d'une séance du Sénat en octobre 1963. Le témoignage du soldat Aussignac ayant ainsi été publié au Journal officiel grâce au discours courageux du sénateur Dailly, il n'était plus possible au gouvernement de liquider ce témoin gênant. M. André Aussignac a ainsi pu vivre assez longtemps pour que son témoignage soit à nouveau publié dans l'hebdomadaire Le Point de M. Claude Imbert en 2002, lorsque ce journal a décidé de sortir un peu la presse de sa torpeur à propos de la glorieuse décolonisation de l'Algérie. Le témoignage de M. Aussignac est aussi reproduit plus longuement dans l'ouvrage de Raphaël Delpard Les oubliés de la guerre d'Algérie.

dimanche, janvier 29, 2006


"Le pire ennemi de l’Europe, c’est la fatigue"

Edmund Husserl
La patrie trahie par la République
Jean Raspail

J’ai tourné autour de ce thème comme un maître-chien mis en présence d'un colis piégé. Difficile de l'aborder de front sans qu'il vous explose à la figure. Il y a péril de mort civile. C'est pourtant l'interrogation capitale. J'ai hésité. D'autant plus qu'en 1973, en publiant Le Camp des saints, j'ai déjà à peu près tout dit là-dessus. Je n'ai pas grand-chose à ajouter, sinon que je crois que les carottes sont cuites.
Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu'« ils sont chez eux chez moi » (Mitterrand), au sein d'une « Europe dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes » (Chirac), parce que la situation est irréversible jusqu'au basculement définitif des années 2050 qui verra les « Français de souche » se compter seulement la moitié la plus âgée de la population du pays, le reste étant composé d'Africains, Maghrébins ou Noirs et d'Asiatiques de toutes provenances issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de l'islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne faisant que commencer.
La France n'est pas seule concernée. Toute l'Europe marche à la mort. Les avertissements ne manquent pas : rapport de l'ONU (qui s'en réjouit), travaux incontournables de Jean-Claude Chesnais et Jacques Dupâquier, notamment , mais ils sont systématiquement occultés et l'Ined pousse à la désinformation. Le silence quasi sépulcral des médias, des gouvernements et des institutions communautaires sur le krach démographique de l'Europe des Quinze est l'un des phénomènes les plus sidérants de notre époque. Quand il y a une naissance dans ma famille ou chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce qui se prépare pour lui dans l'incurie des « gouvernances » et qu'il lui faudra affronter dans son âge d'homme...
Sans compter que les « Français de souche », matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l'homme, de « l'accueil à l'autre », du « partage » cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites « antiracistes », conditionnés dès la petite enfance au « métissage » culturel et comportemental, aux impératifs de la « France plurielle » et à toutes les dérives de l'antique charité chrétienne, n'auront plus d'autre ressource que de baisser les bras et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule « citoyen » du Français de 2050.

Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce qu'on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français et pas nécessairement tous de race blanche qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s'obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu'elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.
Face aux différentes « communautés » qu'on voit se former dès aujourd'hui sur les ruines de l'intégration (ou plutôt sur son inversion progressive : c'est nous qu'on intègre à « l'autre », à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s'agira en quelque sorte je cherche un terme approprié d'une communauté de la pérennité française. Celle-ci s'appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore.
Cela ne plaira pas. Le clash surviendra un moment ou l'autre. Quelque chose comme l'élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés. Et ensuite ?
Ensuite la France ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que par des bernard-l'ermite qui vivront dans des coquilles abandonnées par les représentants d'une espèce à jamais disparue qui s'appelait l'espèce française et n'annonçait en rien, par on ne sait quelle métamorphose génétique, celle qui dans la seconde moitié de ce siècle se sera affublée de ce nom. Ce processus est déjà amorcé.

Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement qu'en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon avocat, c'est que les derniers isolats résistent jusqu'à s'engager dans une sorte de reconquista sans doute différente de l'espagnole mais s'inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire là-dessus. Ce n'est pas moi qui m'en chargerai, j'ai déjà donné. Son auteur n'est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à point nommé, j'en suis sûr...

Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c'est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d'hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n'ose dire cyniquement, à l'immolation d'une certaine France (évitons le qualificatif d'éternelle qui révulse les belles consciences) sur l'autel de l'humanisme utopique exacerbé. Je me pose la même question à propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de droits à cela, et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans tous les rouages de l'Etat (éducation, magistrature, partis politiques, syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias correctement consensuels et tous ces « intelligents » qui jour après jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans l'organisme encore sain de la nation française.
Même si je peux, à la limite, les créditer d'une part de sincérité, il m'arrive d'avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes. Je sens poindre le mot renégat, mais il y a une autre explication : ils confondent la France avec la République. Les « valeurs républicaines » se déclinent à l'infini, on le sait jusqu'à la satiété, mais sans jamais de référence à la France. Or la France est d'abord une patrie charnelle. En revanche, la République, qui n'est qu'une forme de gouvernement, est synonyme pour eux d'idéologie, idéologie avec un grand « I », l'idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu'ils trahissent la première pour la seconde.
Parmi le flot de références que j'accumule en épais dossiers à l'appui de ce bilan, en voici une qui sous des dehors bon enfant éclaire bien l'étendue des dégâts. Elle est extraite d'un discours de Laurent Fabius au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003 : « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d'une jeune Française issue de l'immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République... »

Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure : « Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d'êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. » (Président Boumediene, mars 1974.)
Et celle-là, tirée du XXe chant de l'Apocalypse : « Le temps des mille ans s'achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée. »
Information:
Colloque de l'Institut supérieur d'études oecuméniques

Esprit et Vie n°142 - janvier 2006 - 2e quinzaine, p. 37.

La Faculté de théologie et de sciences religieuses, l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, l'Institut protestant de théologie, en partenariat avec le Service biblique catholique Évangile et Vie, le Service biblique de la Fédération protestante de France et l'Alliance biblique française, organisent un colloque, les 31 janvier, 1er et 2 février 2006, à l'Institut catholique de Paris, sur le thème :

Lire la Bible aujourd'hui. Quels enjeux pour les Églises ?

Avec des interventions de : S. Coffard, C. Flot, Y.-M. Blanchard, É. Parmentier, J. Breck, M. Stavrou ; H.-C. Askani, P. Prétot, R. Guérinel, G. Billon, S. Schlumberger, M. Mallèvre, G. Daudé, M. Evdokimov.

Renseignements et inscriptions :
Institut catholique de Paris - Sonia Verdu
21, rue d'Assas - 75006 Paris
Tél. : 01 44 39 52 56 - iseo@icp.fr

samedi, janvier 28, 2006

Hymne à l'amour divin
Saint Nectaire d'Egine

L'Eros (nous employons le mot éros dans le sens des Pères. C’est l'amour opérant, dynamique, qui propulse l'âme sortie d'elle-même, vers Dieu) divin, c'est l'amour parfait pour Dieu, manifesté comme désir insatiable du divin. L'éros divin naît dans le cœur purifié où habite la grâce divine.
L'éros pour Dieu est un don divin. Il est offert à l'âme innocente par la grâce divine qui la visite et se révèle à elle.
L'éros divin ne se lève chez personne sans une révélation divine. L'âme, qui n'a pas reçu de révélation, n'est pas sous l'influence de la grâce et demeure insensible à l'amour divin.
Les amants du divin ont été poussés vers l'amour divin par la grâce de Dieu, révélée à l'âme et qui agit dans le cœur purifié. C'est elle qui les a attirés vers Dieu.
Celui qui s'est épris de Dieu a d'abord été aimé de Dieu. Ce n'est qu'ensuite qu'il a aimé le divin.
L'amant du divin est devenu avant fils de l'amour, ensuite il a aimé le Père Céleste.
Le cœur de celui qui aime le Seigneur ne sommeille jamais ; il veille à cause de l'intensité de son amour.
Si l'homme dort par nécessité de sa nature, le cœur, lui, veille pour la louange de Dieu.
L'âme blessée par l'éros divin ne cherche plus rien en dehors du Bien Suprême; elle se détourne de tout, éprouve pour tout de l'indifférence.
L'âme, éprise de Dieu, se délecte des paroles de Dieu et passe son temps dans Ses tabernacles.
Elle élève la voix pour raconter les merveilles de Dieu et quand elle conserve, elle parle de Sa gloire et de Sa majesté.
Elle chante Dieu et Le loue sans cesse.
Elle Le sert avec zèle.
L'éros divin s'empare de toute cette âme, la change et se l'approprie.
L'âme, amoureuse de Dieu, a connu le divin et cette connaissance a enflammé son divin éros.
L'âme, amoureuse de Dieu, est bienheureuse, car elle a rencontré le Juge divin qui a comblé ses désirs.
Tout désir, toute affection, tout élan étranger à l'amour divin, elle le rejette loin d'elle, comme méprisable et indigne d'elle.
O combien l'amour du divin, porté par l'amour de Dieu, élève dans les airs l'âme amoureuse de Dieu ! Cet amour, telle une nuée légère, s'empare de l'âme et la transporte vers la source éternelle de l'amour, vers l'amour intarissable et la remplit de la lumière éternelle.
L'âme, blessée par l'éros divin, se réjouit en tout temps. Elle est dans l'allégresse, elle tressaille de joie, elle danse, car elle se trouve reposer dans l'amour du Seigneur comme sur une eau tranquille.
Rien de ce qui afflige en ce monde ne peut venir troubler sa quiétude et sa paix, rien de triste ne peut ôter sa joie et son allégresse.
L'amour enlève dans les airs l'âme amante du divin. Etonnée, elle se voit séparée de ses sens corporels, de son corps lui-même. En se livrant totalement à Dieu, elle s'oublie elle-même.
L'éros divin procure la familiarité avec Dieu ; la familiarité procure l'audace, l'audace le goût et le goût la faim.
L'âme, touchée par l'éros divin, ne peut plus penser à autre chose, ni rien désirer.
Elle soupire sans cesse et dit : « Seigneur, quand irai-je à Toi et quand verrai-je ta face ? Mon âme désire aller à Toi, ô Dieu, comme la biche soupire après les courants d'eau. »
Tel est l'éros divin qui fait de l'âme une captive.

O amour, véritable et constant !
O amour, ressemblance de l'image divine !
O amour, douce jouissance de mon âme !
O amour, divine plénitude de mon cœur !
O amour, méditation incessante de mon esprit!

Tu possèdes toujours mon âme, tu l'entoures de prévenances et de chaleur.
Tu la vivifies et tu l'élèves jusqu'à la divine affection.
Tu remplis mon cœur et le fais brûler d'amour divin, tu ranimes mon désir du Juge Suprême.
Par ta puissance vivifiante tu fortifies la force de mon âme ; tu la rends capable d'offrir à l'amour divin le culte qui lui revient.
Tu t'empares de mon esprit et le délivres de ses liens terrestres.
Tu le libères pour qu'il monte sans obstacle jusqu'à l'amour divin dans les cieux.
Tu es le trésor le plus précieux des fidèles, le don le plus. honorable des charismes divins.
Tu es l'éclat déiforme de mon âme et de mon cœur.
Tu es celui qui fait des fidèles des fils de Dieu.
Tu es la parure des croyants et tu honores tes amis.
Tu es le seul bien permanent, car tu es éternel.
Tu es le vêtement de beauté des amis de Dieu, qui se présentent ainsi vêtus devant l'amour divin.
Tu es les agréables délices, car tu es le fruit du Saint-Esprit.
Tu introduis les fidèles sanctifiés dans le royaume des cieux
Tu es le parfum suave des croyants.
Par toi, les fidèles communient au paradis des délices.
Par toi, la lumière du soleil spirituel se lève dans l'âme.
Par toi, s'ouvrent les yeux spirituels des croyants.
Par toi, les croyants participent à la gloire divine et à la vie éternelle.
Par toi, naît en nous le désir des cieux.
C'est toi qui rétablis le royaume de Dieu sur la terre.
C'est toi qui répands la paix sur les hommes.
C'est toi qui fais que la terre ressemble aux cieux.
C'est toi qui unis les hommes aux anges.
C'est toi qui fais monter nos chants harmonieux vers Dieu.
C'est toi qui, en tout, es vainqueur.
C'est toi qui es au-dessus de toute chose.
C'est toi qui en vérité gouvernes l'univers.
C'est toi qui diriges avec sagesse le monde.
C'est toi qui portes et conserves le tout.
TOI, tu ne chutes jamais !

O amour, plénitude de mon cœur !
O amour, image très douce de Jésus le très doux.
O amour, emblème sacré des disciples du Seigneur.
O amour, symbole de Jésus le doux.
Blesse mon cœur par ton désir,
Remplis-le de biens et de bonté, et d'allégresse.
Fais de lui l'habitacle du très Saint Esprit.
Brûle-le tout entier par la flamme divine, afin que ses passions misérables consumées, il soit sanctifié et entraîné à ta louange incessante.
Remplis mon cœur de la douceur de ton amour, afin que je n'aime que Jésus le très doux, le Christ mon Seigneur et que je Lui chante l'hymne sans fin, de toute mon âme, de tout mon cœur, de toute ma force, de tout mon esprit. Amen !

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mercredi, janvier 25, 2006

Les russes, maîtres chez eux.

Il y a quelques jours, le chancelier Angela Merckel, non sans une certaine arrogance, faisait part à Vladimir Poutine des préoccupations des pays occidentaux à l’égard du respect des Droits de l’Homme en Russie et de la mise sous surveillance des ONG.
Le 17 janvier, la Douma promulgue une loi permettant, entre autres, d'interdire toute ONG dont l'activité peut représenter une menace à "la souveraineté de la Russie, l'indépendance, l'intégrité territoriale, l'unité et l'originalité nationales, l'héritage culturel ou les intérêts nationaux".
Craignant sans doute que le message n’apparaisse suffisamment clair, une petite explication de texte illustrée s’imposait :
Le FSB (services spéciaux russes) a affirmé lundi 23 janvier avoir démasqué quatre espions britanniques bénéficiant du statut diplomatique, et avoir découvert d'importants versements d'argent par des diplomates britanniques à certaines ONG russes.
Parmi ces « diplomates » britanniques, M. Doe aurait remis, le 27 octobre 2004, 23 000 livres sterling au Groupe Helsinki de Moscou et, le 18 janvier 2006, 5 719 livres au fond Eurasie. La chaine de télévision Rossia a montré des documents fournis par le FSB concernant ces versements, qui auraient été signés par M. Doe.
Bien sur, les ONG nient en bloc.
Tony Blair s’est déclaré « surpris » et s'est refusé à commenter les accusations de Moscou, sans pour autant les démentir.
Quand on est pris la main dans le sac …
Etats-Unis : le métropolite Herman participe à la « marche pour la vie »
Lundi 23 janvier, le métropolite Herman, primat de l’Eglise orthodoxe en Amérique (OCA), a participé, avec plusieurs centaines d’orthodoxes, à la 33ème « marche pour la vie » annuelle. Celle-ci, qui a rassemblé 100.000 manifestants à Washington, des dizaines de milliers d’autres dans le reste du pays (reportages vidéos en anglais sur cette page), est une protestation contre l’arrêt de 1973 qui autorise l’avortement ("marche pour la vie" à Paris, cliquez ici).
Source
Le massacre des innocents

1975-2006 : plus de 6 millions d’enfants avortés…Les manifestants réclament des lois pour la vie !
Collectif « 30 ans ça suffit ! »

Partis de la Place de la République à Paris, ce dimanche, peu après 15h, près de 10 000 personnes rassemblées à l’appel du. Collectif « 30 ans ça suffit ! », parmi lesquelles un grand nombre de jeunes, viennent d’achever leur marche Place de l’Opéra.
Tout au long du parcours elles n’ont cessé de dénoncer, récuser et résister aux manœuvres tendant à banaliser l’avortement et à mentir aux femmes sur ses conséquences physiques et psychologiques.
Les slogans, régulièrement scandés par la foule, exigent une véritable politique familiale en faveur du respect de la Vie de l’enfant à naître et dénoncent les pressions intolérables subies par les femmes en faveur de l’avortement.
Deux délégations allemandes, une délégation des jeunes pour la vie de Belgique, une délégation espagnole et une délégation suisse de 4 personnes, dont 2 femmes munies d’un cor des Alpes pour appeler à la vie, soulignent l’importance de cette marche au plan européen. Les Italiens ont envoyé un message de soutien. Pendant ce temps le Foro Familia Espagnol devait organiser des rassemblements en solidarité avec nos revendications devant l’ambassade de France à Madrid et nos consulats de Barcelone et de Séville.
Le combat pour le respect de la vie dépasse donc largement nos frontières comme en témoignent aussi les deux marches américaines pour le Respect de la Vie de San Francisco samedi et de Washington lundi ainsi que la chaîne pour la Vie de Los Angeles ce dimanche.
Dans une brève allocution finale sur les marches de l’Opéra, un représentant du Collectif, entouré des délégations belge, allemandes et suisse, chaleureusement applaudies, a lancé un appel vibrant pour une mobilisation encore plus ample en faveur du respect de la vie et de la résistance à la culture de mort tout au long de cette année 2006.
Le rendez-vous est pris pour une 3ème marche pour la vie à Paris, encore plus importante que les précédentes, le dimanche 21 janvier 2007, dans la perspective des élections générales du printemps. Cette manifestation devrait être la plus importante de toutes les manifestations pour la vie connues en France, à ce jour, et revêtir une dimension internationale.
Source
Le représentant du Patriarcat de Moscou appelle l’APCE à ne pas oublier les crimes contre la liberté de conscience et de confession

Le 23 janvier 2006, s’est ouvert à Strasbourg la session d'hiver de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, dont les travaux dureront jusqu'à la fin de la semaine. L'une des question qui risque d'attirer le plus l'attention des députés est la nécessité d'une condamnation internationale des crimes des régimes totalitaires communistes. Cependant, lorsqu'ils parlent des violations des droits de l'homme, les rédacteurs du document ne soufflent pas mot des persécutions des croyants et des tentatives d'anéantissement complet de la religion de la part des régimes communistes qui de plus s'appuyaient sur l'idéologie de l'athéisme d'Etat.

Lire la suite sur le site de la Représentation de L’Eglise Orthodoxe Russe (REOR) à Strasbourg
Semaine de prières pour l'Unité des chrétiens
Huitième jour

Père étemel, réunis au nom de Jésus, donne-nous la certitude qu'en dépit de tout, la mort ne prévaudra pas, que nos divisions cesseront, que nous ne nous laisserons pas vaincre par le découragement et que, dans l'espérance, nous parviendrons à la plénitude de vie, d'amour et de lumière que tu as promis à ceux qui t'aiment et sont fidèles à ta parole.

mardi, janvier 24, 2006

Istanbul-Paris-Moscou,
Les enjeux géopolitiques européens de l’orthodoxie.


Soleil d’hiver à l’extrème plaisir de référencer ci dessous l’excellent article de l’Archiprêtre Irénée paru sur le blog France-Russie-Orthodoxie.
Il souligne les immenses enjeux géopolitiques d’une Orthodoxie française fortement rattachée à la Russie et au patriarchat de Moscou.
Il ne s’agit pas que d’une lutte d’influence intra-orthodoxe mais bien d’un enjeu civilisationnel majeur opposant deux conceptions radicalement divergentes :
celle d’une Europe Chrétienne intimement liée à la Russie, spécialement grâce à la tradition russe de l’Orthodoxie française,
et celle d’une Europe sans identité intégrée dans un projet mondialiste et la Pax Americana.
Il est consolant de constater que, sur ce point, les positions du Vatican et du patriarchat de Moscou ne manquent pas de similitudes.

Au moment où se pose la question ô combien brûlante de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, on ne saurait négliger toutes les implications de cette problématique où se mêlent subtilement géopolitique et religion.
D’aucun seront peut-être surpris d’apprendre qu’il existe toujours un patriarcat orthodoxe de Constantinople ayant son siège à Istanbul. La très musulmane, mais néanmoins officiellement laïque, Turquie tolérerait-elle une présence chrétienne sur son territoire ? A vrai dire, la réalité est tout autre : l’Église qui arbore le prestigieux nom de l’ancienne capitale de l’Empire romain ne dispose, en Turquie même, que de deux à trois mille fidèles, et encore ces effectifs sont-ils en constante diminution. Cette désertification du christianisme turc pousse le patriarcat de Constantinople à chercher la justification même de son existence dans la prise en main, partout dans le monde, de la diaspora orthodoxe. Ainsi a-t-elle autorité sur l’ensemble de la diaspora grecque, alors que celle-ci devrait dépendre, en toute logique, de l’Eglise autocéphale de Grèce ; le patriarcat turc multiplie ainsi les tentatives de récupération d’une diaspora orthodoxe qui lui apporte une manne financière et, répétons-le, justifie sa propre existence en tant que patriarcat. Faisant sienne la doctrine de l’Eglise romaine, la « Seconde Rome », comme on l’appelle depuis l’empereur Constantin (1), bénéficiant d’une simple primauté d’honneur parmi les patriarcats, cherche à s’imposer aux yeux des Occidentaux comme une sorte de « Vatican orthodoxe », centre universel de toute l’orthodoxie.

Lire la suite sur France-Russie-Orthodoxie
Semaine de prières pour l'Unité des chrétiens
Septième jour

Père éternel, accorde-nous de reconnaître que tu es présent parmi nous de différentes manières afin que grandisse notre désir de parvenir à une communion authentique dans nos propres églises et dans la société où nous vivons et que notre prière pour l'unité du corps du Christ, ton Eglise, devienne toujours plus fervente. Au nom de Jésus Christ, nous te prions

lundi, janvier 23, 2006

Intemporalité et actualité de la parole divine

« Si, avant toutes choses, nous montrions d’abord à nos enfants comment cultiver son propre monde intérieur, alors bien de mauvaises choses n’auraient aucune emprise sur leur caractère et de plus leur existence serait ainsi préservée de tant de malheurs qui rôdent autour d’eux … Hélas, de tout cela vous n’en faites rien ; vous ne proposez rien d’essentiel à l’éducation des vôtres… Voilà pourquoi les foyers sont sens dessus-dessous. Et puisque les enfants ne bénéficient d’aucune éducation valable au sein même de leurs propres familles, ils se laissent aller à toutes sortes de mauvaises influences qui viennent de l’extérieur ».

Saint Jean Chrisostome

Icone empruntée à l'iconothèque du Forum Orthodoxe Francophone
Semaine de prières pour l'Unité des chrétiens
Sixième jour

Dieu vivant, éveille en nous le désir d'être un peuple missionnaire. Aide-nous à écouter ton appel et accorde-nous le courage de nous laisser guider par ton Esprit.
Puissions-nous rassembler par notre témoignage commun les plus démunis afin qu'ils soient fortifiés et aller dans le monde pour proclamer la bonne nouvelle de ton royaume

dimanche, janvier 22, 2006

Semaine de prières pour l'Unité des chrétiens
Cinquième jour

Réunis au nom du Christ Jésus nous te prions, Père : rends-nous attentifs à ta présence en ce monde et aide-nous à discerner les chemins sur lesquels tu veux nous conduire dans notre pèlerinage œcuménique. À Toi, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles.
L’empire d’Eurasie
De Marie-Hélène Carrère d’Encausse.

« Tout empire est condamné à périr ! » Celui de Russie constitue une extraordinaire exception à cette règle. Dans toute l'histoire des empires il fut l'un des plus vastes. Des plus durables aussi, battu seulement par les empires romain, byzantin et ottoman. Il est le seul qui ait péri (1917) puis se soit reconstitué pour reprendre ses conquêtes. Disparu encore une fois en 1992, il a laissé place à la Russie qui ressemble à maints égards à l'Empire tel qu'il naquit en 1552. Comme celui-ci, la Russie est étendue sur deux continents, l'Europe et l'Asie ; comme lui, elle conserve dans ses frontières une multitude de civilisations et de peuples différents. Comme lui, elle est un État chrétien, mais aussi formé de musulmans et même de bouddhistes ; et comme lui encore, la Russie doit assurer la paix de ce monde si divers. Elle doit aussi décider si elle est un État européen ou si elle est d'Eurasie.
L’histoire agitée de cet empire devenu Russie pose une question décisive pour l'avenir du continent appelé Europe et pour celui de l'Union européenne qui s'interroge encore sur ses frontières. L’Eurasie est-elle une nouvelle entité des relations internationales au moment où tous les pays cherchent à rejoindre de grandes formations ? ou bien s'agit-il d'un ensemble déjà dépassé dont chaque composante s'en ira vers l'univers auquel elle appartient : l'Europe ou l'Asie ?
Les questions posées par ce livre sont bien au coeur de l'actualité géopolitique des prochaines décennies.

Cet ouvrage de plus de 500 pages n’est pas de lecture facile. C’est une somme.
Est-il pour autant réservé aux spécialistes et aux universitaires ?
Certes pas. Tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à cet immense espace géopolitique doivent le lire une première fois, le plus rapidement possible pour percevoir la logique générale de l’exposé.
Inutile d’essayer de mémoriser l’écheveau factuel. Il sera toujours là, dans la bibliothèque, comme référence incontournable.

samedi, janvier 21, 2006

21 janvier 2006
213ème anniversaire de l'assassinat du roi Louis XVI

Cette gravure était la seule façon de conserver les portraits de la famille royale dans les foyers français pendant la Terreur.
On y découvre les profils cachés du roi dans les contours gauches de l'urne et de la reine dans les contours droits.
Le profil du dauphin se découvre dans les contours de l'arbre de droite (en regard de la partie haute du serpent).
Le profil de Madame Elisabeth est aussi inscrit dans les contours de l'arbre, un peu plus haut, vers le sommet de l'urne.
Une fois repérés les profils, il faut s'attacher à ne plus voir que le "blanc" et faire abstraction du décors visible.

Lire le testament du roi Louis XVI sur Fils de Chrétienté
Semaine de prières pour l'Unité des chrétiens
Quatrième jour

Dieu de réconciliation, aide-nous à surmonter les déceptions et l'amertume qu'ont accumulés en nous les échecs et les péchés du passé. Enseigne-nous ton pardon pour que nous puissions en toute humilité rechercher la réconciliation avec Toi et avec notre prochain. Renforce en nous l'amour du Christ, source et garant de l'unité de ton Eglise.

vendredi, janvier 20, 2006

Semaine de prières pour l'Unité des chrétiens
Troisième jour

Seigneur, apprends-nous à prier comme Jésus l'a enseigné à ses disciples. Puissions-nous être un dans la foi, dans l'amour et le service comme eux-mêmes n'avaient qu'un seul cœur. Donne-nous de célébrer notre différence, de nous réjouir dans la diversité et de partager de tout cœur les richesses de nos prières respectives. Fais que notre rassemblement au nom de Jésus nous transforme afin que nous soyons vraiment un et que le monde croie en Sa présence fidèle.

jeudi, janvier 19, 2006

A propos de l’article
« du danger des forums »

Des membres de ce forum m’ont reproché d’avoir omis, dans mon billet d’humeur, de le citer.
Dont acte : il s’agit du Forum Orthodoxe Francophone : http://www.forum-orthodoxe.com/
Je ne l’avais pas cité compte tenu du ton critique du billet. Il faut dire qu’au moment de sa rédaction, j’avais les fesses qui me cuisaient un peu.
Certains membres du dit forum l’ayant découvert, il m’a été reproché, entre autres amabilités et procès d’intention sans importance, de n’avoir pas dit les vraies richesses de ce forum.
Comme je ne disconviens pas de cela et par esprit d’équité et de repentir, je publie ci dessous, à titre d’amende honorable, la partie la plus constructive des commentaires.
Il ne faut pas tout mélanger:
Certains petits procureurs, trés érudits mais légèrement délirants (les "stigmates" de B.H.L. ...!) me paraissent définitivement fermés à tout œcuménisme. Ils ne sont pas d'avantage ouverts à toute opinion qui ne soit pas strictement conforme à la leur. Et encore ! je les crois quand même capables de vous accuser d' "avoir caché un clou dans un oeuf".
A coté de cela, le forum est trés riche de réflexions et de références pour ce tout ce qui concerne l’Orthodoxie que j’aime, n’en déplaise aux coupeurs de têtes. Il dispose aussi d'une iconothèque remarquable et d'un calendrier des saints trés fourni et bien tenu.

Je dois, enfin, à la justice de dire aussi qu’au cours de ma fréquentation du dit forum j’ai reçu nombre de messages imprégnés d’une authentique douceur évangélique, d’une profondeur qui incite à la réflexion, en un mot d’une charité chrétienne qui est celle que l’on attend de la fréquentation d’un tel site.
En dernier ressort, je m’apprêtais à répondre à l’un des intervenants qui me reprochait mon inaptitude au dialogue quand je me suis aperçu que mon mot de passe ne marchait plus…
Une façon élégante d'avoir le dernier mot, en somme.
Aurais je été admis dans l’honorable confrérie des guillotinés ?


« Votre argumentation à partir des statistiques du forum appelle quelques remarques. Beaucoup de nos membres ne se sont inscrits que pour manifester le soutien à la quinzaine de personnes que vous citez et nous avons souvent reçu des messages de gens disant qu'ils étaient très intéressés par ce qu'ils lisaient, mais n'avaient pas le temps ou l'envie d'écrire. Ce qui compte plus, c'est combien de personnes lisent le forum. Et ce qui compte encore plus, c'est ce que l'on peut trouver comme informations sur le forum. Si vous voulez des forums avec des dizaines d'inscrits qui postent des centaines de messages par semaine, cela abonde sur l'Internet, et Voxlatina en est un bon exemple, mais il s'agit de forums où le but est beaucoup plus de discuter que d'échanger des informations. Cela aboutit forcément à un visage différent de celui du présent forum, où il y a beaucoup de traductions, de reproductions d'icônes, d'extraits d'office, de passages saisis dans des livres rares ou épuisés, etc. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, le sujet même du forum l'exige. C'est évident qu'il y aura beaucoup plus de traductions à partir du grec et du roumain et de reproductions d'icônes sur un forum orthodoxe que sur un forum consacré à la politique comme Voxlatina, et qu'il y aura moins de discussions à bâtons rompus sur un sujet comme la fausseté de la doctrine d'Arius que sur un sujet comme l'avenir politique de la région Wallonie. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, il y a même un calendrier des saints sur ce forum, sujet qui ne se prêtait pas non plus à de grands débats. Cela me semble évident.

Mais cela demande aussi beaucoup de travail, pour faire les traductions, saisir les textes, répondre aux questions. Tout le monde n'a pas le temps, ou la volonté, ou la résistance au sommeil, ou les connaissances pour répondre à certaines demandes. Il était par exemple difficile de répondre à la question de "tichon" préparant un mémoire en Histoire sur l'Eglise orthodoxe russe aux débuts du régime communiste si l'on ne connaît pas les termes en usage dans l'Eglise russe. C'est aussi simple que cela.

Maintenant, c'est vrai que vous jugez peut-être que le résultat est de piètre qualité, mais cela n'apparaît pas dans votre commentaire sur votre blog. Si, en revanche, il n'est question que de statistiques sur le nombre des intervenants et le pourcentage de messages de chacun (qui ne devrait pas vous étonner, puisque ce n'est qu'une illustration de la loi de Pareto), et bien, je vous laisse au "règne de la quantité", pour écrire comme Guénon, et vous remercie toutefois d'avoir pris sur votre temps si précieux pour une petite dissection du présent forum. Toutefois, comme il est parfois bon de lire ce dont on disserte ou d'observer ce que l'on dissèque, vous auriez pu noter que tous les messages sauvés de l'ancien forum sont attribués à Antoine, quel qu'en ait été l'auteur; je vous le signale pour que vous puissiez encore plus affiner vos statistiques.

De plus, dans l'ancienne version du forum, il y avait trop souvent de visites de personnages agités qui perturbaient toutes les discussions et c'est bien pour éviter cela que le forum est organisé tel qu'il l'est. Vous auriez sans doute été plus heureux sur l'ancien forum, du temps d'"Athanase", mais la plupart des intervenants se sont lassés de cette agitation et cette lassitude a aussi amené au choix de la formule actuelle. »
Signé Lecteur Claude


Les larmes du Kosovo
De Georges Neyrac

Les larmes du Kosovo, ce sont les larmes des petits, des malades, des enfants assassinés, des femmes salies, des familles brisées. Ce sont les larmes d'un officier français témoin des profanations d'églises, du déchirement des communautés, de l'impuissance à établir la paix au Kosovo, ce petit bout de terre européenne. Cri de colère, tableau bouleversant, portrait sans complaisance d'acteurs cyniques et corrompus, dévoués et maladroits, ignorants et aveugles.
Quelques hommes de foi refusent le gâchis. À eux seuls, ils justifient l'espérance d'un témoin stupéfait du mal qui monte.
Lire aussi la recension de Jean-Claude Larchet sur orthodoxie.com

Soleil d’hiver souhaite apporter un commentaire à la préface signée du Général Morillon, député (UDF) européen. Cette préface est imprégnée de cette charité lénifiante propre aux chrétiens d’occident.
Le général Morillon écrit en particulier :
« L’homme a ses racines dans le sol qui l’a vu naitre et dans la culture dans laquelle il a été élevé, il craint d’être coupé de ses racines par la globalisation en cours. … En tous lieux où triomphe la violence, dans l’engrenage infernal du sang et de la vengeance, c’est par peur de l’autre, par peur du prochain, différent, « étranger » dont l’existence même est perçue comme une menace pour sa propre indépendance »

On retrouve dans ce texte l’ambiguité soigneusement entretenue et jamais franchement dénoncée entre l’ amour-accueil que nous recommande le message évangélique à l’égard de l’« étranger » et le droit légitime des hommes et des peuples à préserver cette identité.

Il est faux manifestement faux d’affirmer que l’identité d’un être est héritée du « sol que l’a vu naitre » (ce fameux droit du sol). Né en Algérie, je n’ai pas d’identité algérienne. Ce n’est pas d’avantage vrai de la « culture dans laquelle il a été élevé ». Imprégné de culture arabisante, cela ne fait pas de moi un arabe.

La vérité est que ce que nous sommes, nous le devons à nos ancêtres et à leur histoire.

Si donc il existe un droit légitime des peuples à se reconnaître une identité, ce droit ne va pas sans celui de la défendre.
Or force est de reconnaître que lorsqu’il cesse de se comporter en invité, lorsque sa présence devient invasion, lorsque celle-ci compromet, par fait ou par dessein, l’identité du peuple qui l’accueille, l’étranger devient ennemi.

A propos de drames comme le Kosovo, mais on pourrait aussi citer bien d’autres, on parle à juste titre de « luttes ethniques ».
Qu’est ce qu’une ethnie ? Définition par Tahar Ben Jelloun : "C'est un groupe d'individus qui ont en commun une langue, des coutumes, des traditions, une civilisation, qu'il transmet de génération en génération."

L’espèce humaine est la palette d’un peintre, riche en couleurs et en nuances.
Je me permettrais de dire : « et Dieu vit que tout cela était bon ».
Certaines couleurs, aux marges, se mélangent, parfois harmonieusement. Mais aucun peintre n’oserait mélanger toutes les couleurs. Le résultat obtenu serait un blanc grisatre avec lequel aucune création artistique, aucun chef d’œuvre n’est possible.
Pour avoir assisté, par deux fois, au Festival des Arts du Pacifique, j’ai perçu en unité de temps et de lieu, toute la richesse de ces différences culturelles, artistiques, et, ne craignons pas de le dire, civilisationnelle de cette multitude de petits peuples pourtant cousins.

Faudra t-il pour préserver cette richesse créer des zoos ethniques comme nous le faisons pour sauver des espèces disparues ou sur le point de l’être après avoir détruit leurs espaces ancestraux ?
Qui peut citer un seul exemple de cohabitation multi-culturelle ou multi-ethnique pérenne au cours des siècles.
Il existe dans le règne animal pour l’unique raison qui s’appelle la chaine alimentaire.
Le général Morillon dit « Les peuples …pour s’aimer, doivent s’accepter dépendants ».
Je lui ferai remarquer que c’est précisément cette dépendance qui régit les relations du lion et de la gazelle.
La vérité est au contraire, que pour s’aimer, les peuples doivent s’accepter indépendants .

Lien vers « solidarité Kosovo »


Semaine de prières pour l'Unité des chrétiens
Deuxième jour

Père Eternel, unis dans le nom de ton Fils Jésus Christ et dans la présence de ton Esprit consolateur, nous nous engageons à construire la communauté chrétienne avec un cœur et un enthousiasme renouvelés par le feu de ton amour.
Aide-nous à vivre avec ceux que nous côtoyons un œcuménisme au quotidien à l'image de ton Fils qui a lavé les pieds de ses disciples pour les faire entrer ensemble dans la vie nouvelle de sa présence.
Information
Attaques laïques et droitsdelhommistes contre l'Eglise Orthodoxe grecque

L’Eglise orthodoxe de Grèce a lancé en décembre une campagne auprès de ses fidèles pour contrer une récente proposition de la Ligue des droits de l’homme en faveur d’une loi proposant de mieux délimiter les rôles respectifs de l’Etat et de l’Eglise, que la Constitution ne sépare pas.
L’Eglise a commencé à distribuer dans ses églises une brochure de quatre pages intitulée Vers le peuple, a dit Haris Konidaris, porteparole du saint-synode, organe ecclésiastique suprême. Estimant que la récente proposition « est une distorsion délibérée de la vérité » et vise à transformer la Grèce en un pays « sans religion », le saint-synode demande aux citoyens de veiller contre « les plans de ceux qui veulent moderniser la société ». « Préparez-vous et soyez patients. Une nouvelle vague de diffamation du clergé et de l’Orthodoxie arrive », préviennent les auteurs de ce texte, soulignant que « pour les sujets importants – ceux qui renversent la paix religieuse et la tradition des Grecs – seul le peuple a la responsabilité de décider ».

Publiée en octobre, la proposition de la Ligue des droits de l’homme vise à mieux distinguer les rôles de l’Eglise et de l’Etat et prévoit aussi d’autoriser la crémation des morts, actuellement interdite, ainsi qu’un réexamen de la loi régissant la question du prosélytisme. En 2000, l’Eglise de Grèce avait affirmé avoir collecté près de trois millions de signatures pour s’opposer à la suppression de la mention de la religion sur les cartes d’identité. Cette mention a toutefois disparu des nouvelles cartes.

source

mercredi, janvier 18, 2006

Semaine de prières pour l'Unité des chrétiens
Premier jour
Seigneur, nous Te rendons grâce pour Ta présence parmi nous ; elle nous fortifie et nous encourage sur notre chemin. Rends-nous conscients de Ta présence en nous et fais que nous soyons sensibles à ce que Tu nous suggères dans toutes nos actions. Accorde-nous la sagesse et l'humilité afin que nous puissions reconnaître Ta présence en nos frères et nos sœurs. Seigneur, fais que nous soyons vraiment un.

mardi, janvier 17, 2006

Méditation pour l’Unité des Chrétiens

En ce jour qui précède l’ouverture de la semaine de l’Unité des chrétiens, Soleil d’hiver propose à la méditation des catholiques romains les extraits de deux longs textes orthodoxes qui lui paraissent complémentaires.
Le premier est intitulé « Rebatir la maison commune de l’Eglise » de Monseigneur Stéphanos, Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie.
Ce premier texte qui a déjà fait l’objet d’une recension sur Soleil d’hiver insiste avec clarté sur les conditions du dialogue œcuménique et sur la nature profonde des différents à surmonter.
Le second, est intitulé « Points de vue orthodoxes sur l’Unité des chrétiens » de l’Archimandrite Placide (Deseille) qui aborde, dans la dernière partie de ce long et lumineux exposé, les trois « méthodes » jusqu’alors proposées dans le cadre du dialogue œcuménique.

Soleil d’hiver fait sienne la déclaration du Cardinal Willebrands citée en conclusion :
« Ce ne sont en premier lieu ni les conférences au sommet, ni les commissions, qui font progresser la cause œcuménique, mais le développement de ce que le décret sur l'œcuménisme a appelé l'âme de tout œcuménisme, c'est-à-dire la conversion du cœur, la sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l'unité des chrétiens "

1/ Extraits de « Rebatir la maison commune de l’Eglise » :
Comment appeler l'humanité à une œuvre commune aimantée par l'amour de l'homme, image de Dieu, et de l'univers, qui est sa création, sinon par un engagement commun, un partage de tous les chrétiens à travers l'acquis de leurs expériences réciproques et de leurs communes espérances ? Prenons donc la peine, avant toute autre démarche, de nous regarder un instant les yeux dans les yeux, en élargissant nos cœurs par-delà l'Occident, par-delà l'Orient : l'Occident qui symbolise l'intelligence et la volonté ; l'Orient qui symbolise la sagesse ontologique ; l'Occident qui pense, et pense encore par opposition ; l'Orient qui sent et, par-là même, pense par intégration ; l'Occident, ce « moi » vigilant, structuré, formé par une culture humaniste aux fortes disciplines, cherchant Dieu dans une tension pathétique qui fouette sa conscience et sa volonté ; l'Orient, ce « soi » longtemps fluctuant et menacé d'ambivalence, mais qui, une fois «centré», permet à la lumière de Dieu de pénétrer les profondeurs de la vie, du cosmos : non point tendu vers Dieu, mais paisiblement saturé de sa présence... Et nous verrons, nous comprendrons alors que l'un ne peut aller sans l'autre

Si nous sommes convaincus que l'Eglise, comme projet divin et comme destin, est bien coextensive au monde, pourquoi n'oserions-nous pas affirmer que cette même Eglise, « passionnée de son Epoux, le Christ Roi, sereine à l'égard des enfantements de l'histoire, toujours accueillante de la créativité et de la liberté, vivant humblement dans l'absolu métaphysique de la pauvreté, et témoignant devant les puissances et le pouvoir, ainsi que l'écrit le Métropolite Georges Khodr, est bien ce parfum du Royaume » ?
Car nous savons bien que l'histoire ne doit pas seulement être entendue comme une grandeur purement humaine ou purement divine, mais comme cette réalité à laquelle prennent part à la fois Dieu et l'homme.

Voilà pourquoi le Logos est devenu homme : pour accomplir cette tâche de diviniser le monde par l'humain, tâche dont l'homme était déchu par le péché.

Il ne suffit pas, cependant, de vouloir faire ensemble l'Eglise du Christ : encore faut-il nous entendre sur le point de départ. Car le monde chrétien est encore divisé, « non seulement, selon le P. Georges Florovsky, quant aux affaires de ce monde, mais encore quant au Christ lui-même ».
… Avec la tragique conséquence qu'à un moment de son histoire, difficile à préciser, le monde chrétien, comme s'il avait pris peur de l'Esprit Saint, vint à s'enfermer dans la crainte de la vie et de la liberté, «dans un moralisme plutôt ritualiste en Orient, plutôt juridique en Occident.

Ce ne sont pas tellement les différences théologiques en elles-mêmes qui importent en premier de nos jours, mais bien leurs conséquences sur la vie et sur l'action. Malgré cela, l'Eglise du Christ, qui n'est pas une seule chambre commune, peut et doit être rebâtie par tous avec plusieurs chambres différentes, à condition qu'une certaine osmose spirituelle s'établisse entre tous les membres d'une seule et même famille, comme il se doit.

Car, si nous ne nous efforçons pas de vivre ensemble la « communion » avec Dieu, la sanctification en Sa vérité, notre incorporation dans la plénitude du Corps du Christ, comment oserons-nous déployer ces forces intérieures nouvelles, susceptibles d'édifier substantiellement le travail par la fraternisation du monde, et de rallier ce qui est « désuni » dans le domaine de la culture, de l'histoire et des Eglises ? Vivre ainsi l'Eucharistie commune, c'est vivre une continuelle occasion de repentance, c'est entrer dans une transfiguration existentielle, pour être incité non à l'évasion sur le Thabor, mais au retour vers les chemins poussiéreux du quotidien.

Pour sa part, l'orthodoxie a transmis au monde contemporain l'exigence d'une synthèse organique de l'Ecriture, de la liturgie, de l'ascèse et de la théologie

Mais, si l'orthodoxie a préservé, par la bonté et la fidélité de Dieu, ce dépôt de l'Eglise des Pères, elle ne peut aujourd'hui le rendre vivant pour tous qu'en s'ouvrant aux charismes propres de l'Occident. je veux dire par là qu'il s'agit d'une relecture orthodoxe de la tradition occidentale. « jusqu'à présent, écrit Nicolas Lossky, nous avons surtout fait ressortir les déviations, et les dangers des déviations de l'Occident. » A cette lecture, essentiellement négative, il est maintenant important d'opposer une évaluation positive, qui vise à reconnaître l'orthodoxie profonde de tels ou tels éléments, ainsi qu'à voir comment on peut lire de façon orthodoxe tels ou tels événements qui ont dévié surtout à cause du contexte dans lequel ils ont dû s'exprimer

Et ce, d'autant plus que l'Occident est, de nos jours et plus que jamais, ouvert à tous les courants spirituels …enfin, parce qu'en ce 20ème siècle, la théologie occidentale est prête à accueillir la richesse de l'Orient dans ce domaine, surtout dans cette approche théologique de l'Orient qui n'est pas scolastique mais liturgique et mystique, le monde byzantin mettant plutôt l'accent sur l'unité du divin et de l'humain, et donc sur la transfiguration de l'humain, en Christ et dans les « mystères » de l'Eglise, par le feu, par les « énergies » de la divinité, alors que, pour sa part, le monde latin met davantage l'accent sur la dualité du divin et de l'humain.

Surmonter les différends
Compte tenu de ce qui vient d'être dit, et dans un esprit d'amour et de vérité, il me paraît utile, après avoir situé le prsent, de poser à la réflexion théologique de l'Occident les questions suivantes, qui sont le propre de la conscience ecclésiale orthodoxe

La théologie des énergies divines
Il est de plus en plus évident que la cause fondamentale des différends théologiques entre l'Orient et l'Occident tire son origine de la distinction entre essence divine et énergies. La théologie occidentale les identifie, en s'appuyant sur le fait que Dieu est «actus purus», énergie pure. La théologie orthodoxe distingue clairement l' « essence » de Dieu de ses «énergies». Dieu, dans son essence, est inaccessible, car l'homme créé ne peut pas dépasser sa condition. Mais Dieu se manifeste dans le monde, et cette manifestation se communique par les énergies qui font que Dieu nous est participable. Le cadre de cette étude ne nous permet pas de développer les conséquences incalculables qui en découlent pour la théologie, selon que l'on affirme la distinction entre « essence » et «énergie» (position orientale), ou au contraire l'identification entre elles (position occidentale). Pourtant, il faut bien reconnaître que, lorsque l'on identifie les deux, les actes de création, conséquences de l'énergie créatrice de Dieu, doivent nécessairement être considérés comme des émanations de son essence. Autrement dit, la genèse et la procession, qui sont propres à l'essence, ne diffèrent plus de la création, qui, elle, relève de l'énergie divine.

La divinisation de l'homme
Selon l'enseignement orthodoxe, la divinisation est ontologique. L'homme est divinisé en s'unissant aux énergies divines incréées, et néanmoins accessibles, qui pour l'homme sont Dieu Lui-même, mais non point son essence inaccessible. En identifiant « essence » et « énergie », l'Occident exclut l'union ontologique de l'homme avec Dieu, puisque son essence et les énergies, dès lors qu'elles s'identifient à cette dernière, restent aussi inaccessibles. Par conséquent, la théologie occidentale ne peut aborder la question de la divinisation de l'homme que par le seul concept de sa nature morale.

La transfiguration du cosmos en Christ
Pour la théologie orthodoxe, la distinction aristotélicienne et scolastique entre « physique » et « métaphysique » n'existe pas. La seule distinction possible pour elle se situe entre « créé » et « incréé ». Dieu est incréé, dans son essence et dans ses énergies, et la création c'est-à-dire à la fois le monde spirituel et le monde matériel, est créée. L'homme fait partie et du monde matériel et du monde spirituel : dans l'Eglise et par l'Eglise (qui est le Christ continué dans les siècles, selon la belle expression de saint Augustin), lui, l'être créé, s'unit à Dieu, divinisé et participant aux énergies divines incréées. Par sa passion et sa résurrection, le Christ, Lui-même devenu homme, ne sauve pas uniquement l'homme, mais avec lui toute la création. Car c'est la création tout entière « qui soupire et qui souffre » (Ro 8,22), qui est le champ de l'énergie salvatrice et sanctifiante de la grâce incréée de Dieu. Le lieu où la création est sanctifiée, c'est l'Eglise. L'Eglise, en effet, sanctifie la matière et l'utilise en même temps de diverses manières pour la sanctification de l'homme. Par-dessus tout, elle sanctifie le corps matériel de l'homme. Ce corps, qui n'est pas une prison de l'âme, ressuscitera un jour à l'instar du Premier-né d'entre les morts, Jésus-Christ, le divin Sauveur. Tel est ici le don de l'Orient à l'Occident : l'assurance que la création matérielle entre, elle aussi, dans le dessein de Dieu.

La conciliarité de l'Eglise
Dans le domaine de l'ecclésiologie, l'Orient a beaucoup à dire à l'Occident, au sujet de la juste relation entre unité et diversité, et dans le domaine de la conciliarité.

Unité et diversité
Ici intervient d'abord la définition du troisième attribut de l'Eglise, sa « catholicité ». Les termes « catholique » et « universel » ne sont pas parfaitement synonymes. En effet, toute vérité peut être dite « universelle », mais toute vérité n'est pas la Vérité « catholique ». Ce terme désigne spécialement la Vérité chrétienne. La catholicité, c'est donc un mode de connaissance de la Vérité propre à l'Eglise, mode en vertu duquel cette Vérité devient évidente à l'Eglise tout entière (quod semper, quod ubique, quod ab omnibus, ce qui a été professé toujours, partout, par tous). Quant à l'universalité, elle est un corollaire de la catholicité, une qualité qui en découle nécessairement, n'étant rien d'autre que son expression extérieure, matérielle. S'il faut lui trouver un synonyme, ce serait certainement le terme « œcuménicité ».
Ce qui confère à l'Eglise sa catholicité, c'est la Vérité elle-même, c'est-à-dire la révélation de la Sainte Trinité : une identité ineffable de l'unité et de la diversité du Père, du Fils et du Saint Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible.
L'Eglise, pour sa part, est répandue en plusieurs endroits du monde : sa diversité, sa multiplicité sont en lien constant avec la notion de catholicité, car l'Eglise n'est pas dans la quantité plus ou moins grande de ses membres, mais dans le lien spirituel qui les unit. Ici se greffe le principe de la primauté dans l'Eglise. L'ensemble des Eglises d'une région donnée, rassemblées autour des évêques de cette région, s'appelle « Eglise locale » (au sens strict et traditionnel de la communauté eucharistique rassemblée autour de son évêque). Les Eglises locales, en vertu de ce qui vient d'être dit, sont toutes sœurs.
Parmi elles, nous dit saint Ignace d'Antioche, celle de Rome avait reçu pour mission de « présider dans l'amour » parmi toutes les autres ; cette primauté se traduit par un double service : de présidence, d'une part, d'initiative, de l'autre. Et ce double service exige toujours l'accord des Eglises sœurs. Il le sollicite et le sauvegarde. Cette primauté, dans l'Eglise universelle, ne doit jamais chercher à s'imposer par la domination, mais elle est indispensable pour servir la plénitude de chaque Eglise locale, en lui rappelant ses responsabilités envers l'orthodoxie, au sens strict, théologique et ecclésial du terme.
Comment se pose aujourd'hui le problème de l'unité entre nos Eglises ? Comment Rome comprend-elle l'unité de l'Eglise ? Force est de reconnaître que, de part et d'autre, nous assistons à un dialogue de sourds. Pour le Père Boris Bobrinskoy, la formulation latine « cum Petro et sub Petro » fait logiquement apparaître la mise en place d'une hiérarchie romaine, même là où des Eglises orthodoxes et des hiérarchies orthodoxes existent déjà depuis toujours : cela ne peut conduire qu'à une dynamique d'implantation et, inévitablement, de prosélytisme.

Conciliarité et infaillibilité
Si le concile, et surtout un concile général, est l'expression la plus parfaite de la catholicité de l'Eglise, de sa structure symphonique, il ne faut pas croire cependant que l'infaillibilité de son jugement soit assurée uniquement par les canons définissant son caractère légitime de concile. L'encyclique des patriarches orientaux de 1854 a anticipé la promulgation du dogme de Vatican 1, concernant la primauté et l'infaillibilité romaine : « C'est le peuple de Dieu tout entier qui est le gardien de la foi et de la doctrine». Par conséquent, aucun évêque, aucun patriarche ne peut se prétendre dépositaire de la Vérité elle-même. Ce qui nous rend inacceptable, dans le dogme romain de 1870, l'expression de l'infaillibilité papale « ex sese et non ex consensu Ecclesiae ».
Par ailleurs, il ne faut pas croire non plus que la Vérité catholique soit soumise, dans son expression, à quelque chose de semblable au suffrage universel, à l'affirmation de la majorité : toute l'histoire de l'Eglise témoigne du contraire. C'est l'Esprit Saint qui rassemble l'Eglise dans l'unité : c'est Lui qui la maintient dans la Vérité : la Vérité n'est jamais automatique. Elle est toujours donnée, toujours reçue à nouveau.
Ainsi, sans épiclèse, il n'y a pas d'eucharistie : c'est l'Esprit Saint qui rend parfaite et complète la Parole du Christ, et qui rend le peuple de Dieu tout entier corps du Christ et temple du Saint Esprit. C'est pourquoi, la théologie orthodoxe sera avant tout une théologie de célébration, où la pensée s'éclaire dans le mystère, puisque c'est par l'effusion du Saint Esprit que nous devenons « pneumatiques », christifiés, oints du même Esprit divin qui a ressuscité Jésus et qui relèvera nos corps mortels. L'unité ecclésiale et la plénitude de la foi sont des impératifs, des exigences que l'on n'est pas en droit de mettre entre parenthèses, même provisoirement. Ainsi, depuis des siècles, l'Eglise orthodoxe n'a plus réuni de concile ayant formellement le statut de Concile Œcuménique : ce qui ne l'a pas empêchée de vivre la collégialité et de dispenser la Parole de Vérité. Nous comprenons alors que, dans l'orthodoxie, la plus haute autorité ne sera pas un organisme particulier, mais bien l'Eglise dans sa signification totale et dans sa, plénitude, profondément unie dans le Christ ressuscité par la force et la puissance du Saint Esprit.

La théologie apophatique
La théologie occidentale aurait beaucoup à gagner de l'approche apophatique orientale du mystère de Dieu. Puisque l'essence de Dieu est inaccessible, invisible, incompréhensible, insaisissable, infinie, inénarrable, toute parole à son sujet ne peut être qu'apophatique. La sensation de l'infini et de l'insaisissable de Dieu est une manière de faire l'expérience de Dieu. Quand la raison de l'homme ne peut trouver aucune issue, il lui reste l'expérience mystique, que les Pères grecs comparent à l'ascension de Moïse sur le mont Sinaï. Saint Denys l'Aréopagite affirme que lorsque l'homme atteint « les sommets de l'ascension divine », il se libère « de toutes les choses visibles », de l'objet tout comme du sujet de la connaissance, pour s'unir à Dieu. C'est Dieu alors qui devient le sujet de la connaissance : l'homme est atteint par les « choses divines », et sa relation avec Dieu ne peut plus être que mystique.
L'approche apophatique ne signifie en aucun cas négation si tel était le cas, on n'aboutirait qu'au nihilisme ou au panthéisme. Elle ne peut être que « doxologie » : une doxologie au Dieu Trinité. L'Occident part du Dieu Un pour aboutir au Dieu Trine. La théologie orthodoxe part de la réalité de l'existence des trois personnes divines pour aboutir au Dieu Un. Les conséquences ecclésiologiques sont évidentes : l'Occident possède l'un, le Pape, et tout le reste suit. Pour l'Orthodoxie, c'est la pluralité qui est en même temps unité. C'est la raison pour laquelle, dans l'Eglise orthodoxe, chaque acte est célébré « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit », qu'il est toujours rendu « gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit », que l'on récite trois fois le « Kyrie eleison », l' « alleluia » et beaucoup de nos hymnes.

La puissance de la Résurrection
Un dernier point enfin : le caractère résurrectionnel de la spiritualité orthodoxe. Ce qui caractérise l'orthodoxie dans toutes ses expressions et manifestations, c'est la certitude de l'irruption victorieuse de la vie éternelle dans le monde, qui s'accomplit dans la Résurrection du Christ. Cette insistance de sa part est bien apostolique : la vie s'est manifestée dans le Verbe incarné, et elle nous est communiquée dans sa mort et sa résurrection. Faire eucharistie en toutes choses, c'est porter témoignage au Christ ressuscité, c'est rendre de la sorte l'Eglise présente au monde.
C'est pourquoi, dans toute la théologie orthodoxe et dans sa liturgie, nous sentons bien qu'il existe un lien étroit entre la fête ecclésiale et la contemplation, puisque l'Eglise est le rayonnement dans le monde de la gloire du Ressuscité. Vue sous cet angle, la fête liturgique donne à tous et à chacun une première expérience du Dieu vivant. Elle ouvre l'œil du cœur à sa présence, et nous rend capables de contempler la vérité des êtres, l'icône du visage, « la flamme des choses ». Dans cette perspective, seule la fête liturgique peut permettre aujourd'hui le retour de Dieu. Seuls des hommes qui, à travers même la croix, sont en état de fête, peuvent témoigner que Dieu revient. Le mystère pascal, qui est aussi celui de notre baptême, s'inscrit alors dans nos vies par des sortes de morts-résurrections. Le fondement sur lequel Dieu, dans son dessein éternel, a établi toutes choses, est bien la puissance cachée de la Résurrection : dessein merveilleusement fidèle qui révèle le don de Vie, depuis son jaillissement originel jusqu'à son accomplissement par la croix vivifiante : dessein pleinement réussi, une fois pour toutes, dans cette humanité assumée par le Fils de Dieu et associée à Lui à la vie de la Trinité. C'est pourquoi l'événement du mystère pascal ne se vit que dans l'Eglise, car il restera à jamais en Elle l'avènement de l'Amour vainqueur de la mort.
Il est dans l'ordre des choses que dans l'Eglise convivent des éléments bons et mauvais, et que la ligne de partage passe dans chaque âme, jusqu'à ce que le Seigneur vienne dans la gloire pour juger les vivants et les morts. La patience des saints est peut-être le seul secret de la paix, car elle est abstention de jugement, confiance aussi dans le dessein de Dieu et notre destinée glorieuse. L'Eglise se définit dans ses livres liturgiques comme un asile de malades. Elle ne devient une communauté de sauvés que parce qu'elle est constamment une communauté de la chute qui expérimente perpétuellement le pardon. C'est parce que le Seigneur l'aime qu'il suscite en elle l'amour. Dans quelle mesure, en nos Eglises respectives, répondons-nous réellement à cet amour ? C'est sur cette interpellation, clé de tout notre témoignage, que je désire terminer, convaincu que, pour les chrétiens que nous sommes, c'est la seule voie de laquelle dépendra pour l'essentiel le sort de nos véritables retrouvailles.
Monseigneur Stéphanos


2/ Extraits de « Points de vue orthodoxes sur l’Unité des Chrétiens » :
… Le P. Georges Florovsky caractérisait ainsi la position du théologien orthodoxe parmi ses collègues professant une foi différente : " Le théologien orthodoxe peut et doit représenter moins l'" Orient " contemporain que l'antiquité œcuménique elle-même. L'antiquité est importante, il va de soi, plus par son caractère intégral, synthétique, que par son ancienneté. L'Orthodoxie exprime dans l'économie de l'œcuménisme le moment patristique "

Les difficultés principales se situent au niveau de l'ecclésiologie et de la doctrine trinitaire. Sur ces deux points majeurs, l'Eglise latine a connu des développements doctrinaux que les autres Eglises n'ont jamais acceptés, et qu'elles considèrent comme des altérations de la Tradition apostolique.

Est-il possible de sortir de la contradiction ?

1/ Une première tentative, faite par certains oecuménistes catholiques, consisterait à ne plus tenir les conciles occidentaux postérieurs à la séparation pour de vrais conciles œcuméniques, et à ne considérer leurs décisions, même dogmatiques, que comme des traditions propres à l'Eglise latine et n'ayant pas de caractère obligatoire pour les autres Eglises. La communion plénière pourrait ainsi être rétablie sans que les Orthodoxes soient obligés d'admettre le dogme de Vatican I, le " Filioque " et les autres traditions proprement latines. Assurément, dans une telle hypothèse, l'union serait grandement facilitée pour les Orthodoxes. Mais cette proposition … impliquerait en effet que l'Eglise romaine renonce à sa conviction d'avoir été, depuis le 11ème siècle, l'Eglise universelle, et reconnaisse pratiquement avoir erré en proclamant vérité de foi ce qui n'était en réalité qu'une tradition particulière. …

2/ Selon le P Congar, il ne serait pas nécessaire, en fait, que l'une des parties cesse de considérer comme dogme ce que sa tradition a considéré comme tel ; " dans le climat et sous la grâce d'aujourd'hui ", il semblerait qu'" il est possible de reconnaître l'équivalence réelle et l'homogénéité de visée, donc de sens et d'affirmation, bref, l'homonia, sous des démarches et expressions différentes " (Y CONGAR, "Autonomie et pouvoir central dans l'Eglise ", dans Irénikon, 53 (1980) p.311) - et, en réalité, contradictoires. Mais il est peu probable que ce pluralisme dogmatique, qui relativise dangereusement les affirmations de la foi et que l'on s'étonne un peu de trouver chez un théologien de formation thomiste, puisse être accepté par les deux Eglises.

3/ Une autre voie est suggérée par un texte élaboré dans le cadre du dialogue entre catholiques et protestants, mais qui pourrait trouver une application privilégiée dans le dialogue entre catholiques et orthodoxes. Ce document se fonde sur la théorie du développement dogmatique particulièrement en faveur dans l'Eglise catholique : " Les Eglises pour lesquelles le contenu de la foi s'exprime dans une formulation plus ample n'ont pas à considérer a priori les autres Eglises, moins explicites dans leurs traditions doctrinales, comme trahissant de plein gré ou par quelque calcul pervers l'intégralité de l'héritage chrétien. Elles doivent faire confiance à l'implicite et au vécu qu'il permet. Et à leur tour, évidemment, les Eglises sobres dans leur énoncé doctrinal et leur vie sacramentelle ont à se garder de considérer a priori les autres Eglises, plus abondantes en formules de foi et en rites, comme polluant la pureté de la foi par des surajouts adventices ou parasitaires. Elles doivent non nier, mais laisser la question ouverte... Une fois réconciliées, elles croîtront ensemble vers la plénitude de la vérité " (" Vers une profession de foi commune ", Rapport du groupe mixte de travail catholiques-protestants. Texte rédigé par J.M.R. Tillard et présenté par Pierre Duprey et Lukas Vischer, dans Doc. Cath. 62 (1980), p. 657). On pourrait ainsi soutenir qu'en ne confessant ni le " Filioque ", ni la primauté de droit divin et l'infaillibilité du pape, l'Eglise orthodoxe ne contredit pas les dogmes romains, mais se situe seulement à un stade moins avancé de développement doctrinal. Le cardinal Ratzinger semble favorable à une solution de ce genre : " Pour l'intercommunion avec les Orthodoxes, l'Eglise catholique ne doit pas insister nécessairement sur l'acceptation des dogmes du second millénaire. On présumerait que les Eglises orientales sont demeurées dans la forme de la Tradition du premier millénaire qui, en elle-même, est légitime et, si elle est bien comprise, ne contient pas de contradiction avec les développements ultérieurs. Ces derniers n'ont fait qu'expliciter ce qui était déjà là en principe au temps de l'Eglise indivise. J'ai moi-même pris part à ces tentatives de réflexion " (Cardinal RATZINGER, dans Irénikon, 56 (1983), p. 235).
C'est sans doute du côté orthodoxe qu'un tel projet rencontrerait de fortes oppositions. En effet, entrer en communion sacramentelle avec une Eglise qui confesse tel ou tel dogme, n'est-ce pas, en fait, les accepter soi-même, bien qu'une profession explicite n'en soit pas exigée ? Et les Eglises orthodoxes accepteraient-elles d'être traitées en Eglises doctrinalement sous-développées ?

Bornons-nous à ces exemples. L'œuvre du rapprochement devra surmonter, on le devine, de redoutables difficultés qui n'apparaissaient peut-être pas à première vue. Mais il est utile de clarifier les situations et de percevoir nettement les problèmes, pourvu qu'on le fasse dans un esprit de charité, sans passion et en dehors de toute polémique, animé seulement de l'amour de la vérité et de l'unité. Devant les difficultés de la tâche, le danger serait de s'évader vers des rêves séduisants ou des solutions de facilité qui les escamotent ; plus dangereuse encore est la tentation de s'y dérober en relativisant la valeur des formules de la foi et l'institution ecclésiale elle-même. Ce sont des biens infiniment précieux : nous ne pouvons connaître Dieu qu'à travers les mots transfigurés, portés par la Tradition, qui nous communiquent ce que le Fils de Dieu a bien voulu nous révéler des secrets du Père, et, de par sa volonté, nous ne pouvons rejoindre le Christ que par l'Eglise et dans l'Eglise qui est son Corps.
Enfin, pour citer une dernière fois le cardinal Willebrands, " ce ne sont en premier lieu ni les conférences au sommet, ni les commissions, qui font progresser la cause œcuménique, mais le développement de ce que le décret sur l'œcuménisme a appelé l'âme de tout œcuménisme, c'est-à-dire la conversion du cœur, la sainteté de vie, unies aux prières publiques et privées pour l'unité des chrétiens " (Cardinal WILLEBRANDS, Allocution du 20 janvier 1975, dans Doc. Cath,, 57 (1975), p. 268). Aucun "pessimisme" n'est de mise en ce qui concerne cette unité, mais il faut être bien conscient de ce qu'elle ne pourra être, avant tout, que l'œuvre de la grâce divine, à qui rien n'est impossible.
Archimandrite Placide Deseille








lundi, janvier 16, 2006

Petit florilège démocratique 2


"L'erreur ne devient pas vérité en se multipliant"
Gandhi


"L'opinion de la foule est l'indice du pire"
Sénèque
Du danger des forums

Depuis quelques jours, j’ai un peu délaissé Soleil d’hiver. Ce n’est pas bien.
La faute en est la fréquentation, brève, d’un forum chrétien dont, par amour de la paix et charité du même nom, je tairai le nom.
Je n’ai jamais été attiré par les forums.
Je ne savais pas pourquoi et n’aurais su exprimer cette réticence. Sans doute l’atavisme d’un vieux chien qui, même en plein sommeil, grogne et hérisse son poil à l’approche de ce qui lui est étranger.
Par esprit d’aventure et de saine curiosité, je me suis donc entiché de venir renifler d’un peu plus prés cette commuauté.

Cela s’est traduit, malgré l’humble prudence que j’avais jugée bon d’afficher, par quelques vigoureux coups de crocs de la part de certains membres de la meute (rien de péjoratif dans le terme) d’autant plus agressifs que, pour la plupart, ils étaient, eux mêmes, transfuges d’une meute voisine.
Pas de raison de leur en vouloir. Ils sont sur « leur » territoire. Enfin, « leur » …, c’est du moins ainsi qu’ils le perçoivent.
En tout cas, à quelques uns, ils établissent un cordon sanitaire autour d’une communauté ( 308 inscrits) dont la grande majorité reste silencieuse.
Ainsi, si je me réfère au trois principaux interlocuteurs, inscrits en juin 2003 (qui semble la date du début de ce forum), ils comptabilisent respectivement, à l’heure où j’écris ce billet, 796, 1379 et 1484 messages sous leur signature, soit une moyenne de 1 à 1,5 messages quotidiens, plutot longs, croyez m’en, et ceci 7 jours sur 7.
A coté d’eux, 2 inscrits dépassent les 500 messages et 10 les 100 messages.
En dehors de ces 15 membres « actifs », le reste des 308 inscrits sont très en deçà des 50 messages et même 227 ont redigé entre 0 et 5 messages avec, pour cet ensemble, une moyenne de 0,7 message.
Cette petite statistique m’a paru intéressante et je ne sais si ses grandes lignes peuvent se retrouver sur d’autres forums.
Mais la conclusion s’impose : ce n’est plus un forum, c’est une tribune.

Une autre conclusion s’impose à moi.
Manque d’habitude, sans doute, mais comme on dit en ce mauvais français actuel, « ça m’a pris la tête ».
Je veux dire par là que cela m’a tout énervé : le cerveau, l’âme et le sommeil.
La fréquentation d’un forum entraine indiscutablement, tant de la part de celui qui lit que de celle de celui qui écrit et répond une malsaine fébrilité.
Avant de maltraiter le clavier, le cerveau ébullitionne, les sentiments sont mis à rude épreuve soit parce que le cœur se laisse aller à l’agressivité, soit, au contraire, parce qu’on lui fait violence pour la contrôler.
Plutôt amusant : la première nuit, j’ai eu l’impression de dormir au milieu d’une foule bruyante et papotante.
Tout cela ne serait qu’affligeant si le forum en question ne débattait que de faits de société et autres trivialités.
Cela me paraît plus préoccupant pour un forum chrétien si l’on sait que la Paix intérieure nécessite avant tout silence, vigilance et sobriété de l’âme.