dimanche, avril 30, 2006

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Dimanche de Thomas

Apostiches, t.4

O merveille inouïe: le manque de foi rend plus ferme la foi, car Thomas avait dit: "Je ne croirai pas sans avoir vu"; mais ayant touché ton côté, il reconnut pour Fils de Dieu le Seigneur incarné qui a souffert dans sa chair; il proclama sa résurrection d'entre les morts et cria devant tous d'une éclatante voix: Mon Seigneur et mon Dieu, gloire à toi.
Glorifie le Seigneur, Jérusalem, célèbre ton Dieu, O Sion.

O merveille inouïe: la paille n'est pas brulée par le feu qu'elle a touché, car Thomas ne fut pas consumé pour avoir mis sa main dans le côté brulant de Jésus Christ notre Dieu, mais changea son incrédulité en chaleureuse foi et, du fond de son âme, il cria: Maître ressuscité des morts, tu es aussi mon Dieu, gloire à toi.
Car il a renforcé les barres de tes portes, il a béni tes fils au milieu de toi.

O merveille inouïe: sur la poitrine du Verbe, c'est Jean qui reposa et Thomas fut jugé digne de toucher son côté; le premier y scruta le profond mystère de Dieu, l'autre fut digne de nous initier à son plan de salut, car il montra clairement les preuves de sa résurrection en disant: Mon Seigneur et mon Dieu, gloire à toi.

Ami des hommes, sans égale est ton immense miséricorde: tu as supporté d'être frappé par les juifs, d'être palpé par un apôtre, d'être épié par les impies. Comment as tu pris chair, comment as tu souffert la croix, toi le seul sans péché ? Apprends nous à te crier comme Thomas: Gloire à toi, mon Seigneur et mon Dieu.

samedi, avril 29, 2006

LA DIDACHÈ
ou Enseignement des douze apôtres
Enseignement du Seigneur transmis par les douze apôtres aux nations.
Chapitre XI, XII et XIII

Chapitre XI
1. - Si donc quelqu'un vient et vous enseigne tout ce qui vient d'être dit, recevez-le. Seulement, si ce docteur se dévoie et vous donne un autre enseignement de manière à renverser (celui que vous avez reçu), ne l'écoutez pas; d'autre part, s'il enseigne de manière à confirmer la justice et la connaissance du Seigneur, recevez-le comme le Seigneur.
2. - Quant aux apôtres (1) et aux prophètes, agissez ainsi, selon le précepte de l'Evangile. Que tout apôtre venant à vous soit reçu comme le Seigneur. Mais il ne restera qu'un jour, deux s'il est besoin; s'il reste trois jours, c'est un faux prophète. En partant, que l'apôtre ne prenne rien, sinon le pain suffisant pour atteindre l'endroit où il passera la nuit; s'il demande de l'argent, c'est un faux prophète.
3. - Tout prophète qui parle en esprit, ne le mettez pas à l'épreuve et ne le jugez pas, car tout péché sera remis, mais ce péché-là ne sera pas remis.
4. - Cependant tout homme qui parle en esprit n'est pas prophète, à moins qu'il n'ait les manières d'être du Seigneur. C'est donc à leur conduite qu'on reconnaîtra le faux prophète et le vrai.
5. - Et aucun prophète qui dit en esprit de dresser la table n'en doit manger; s'il en mange, c'est un faux prophète. Tout prophète qui enseigne la vérité, s'il ne fait pas ce qu'il enseigne, est un faux prophète.
6. - Tout prophète éprouvé, véridique, agissant en vue du mystère terrestre de l'Eglise, mais n'enseignant pas aux autres à faire tout ce qu'il fait lui-même ne sera pas jugé parmi vous, car c'est à Dieu qu'il appartient de le juger; les anciens prophètes ont également fait des choses semblables.
7. Mais si quelqu'un vous dit, parlant en esprit : Donne-moi de l'argent ou autre chose, ne l'écoutez pas. Cependant, si c'est pour d'autres personnes qui sont dans l'indigence qu'il a dit de donner, que personne ne le juge.

(1) : Le mot apôtres désigne ici les prophètes itinérants, et non pas les douze apôtres mentionnés dans le titre de la Didachè.

Chapitre XII
1. - Que quiconque vient au nom du Seigneur soit reçu. Puis, après l'avoir mis à l'épreuve, vous le connaîtrez, car vous aurez l'intelligence de la droite et de la gauche (1).
2. - Si l'arrivant est de passage, aidez-le autant que vous pouvez; mais il ne restera chez vous que deux ou trois jours, s'il y a nécessité.
3. - S'il veut, ayant un métier, se fixer parmi vous, qu'il travaille et qu'il mange; s'il n'a pas de métier, veillez selon votre intelligence à ce qu'un chrétien ne vive pas parmi vous sans rien faire.
4. - Mais, s'il ne veut pas agir ainsi, c'est un trafiquant du Christ; tenez-vous en garde contre de tels gens.

(1) : Du bien et du mal.

Chapitre XIII
1. - Tout prophète véridique qui veut se fixer parmi vous est digne de sa nourriture. De même un docteur véridique est digne, lui aussi, comme l'ouvrier, de sa nourriture.
2. - Tu prendras donc toutes les prémices de ton pressoir et de ton aire, de tes boeufs et de tes brebis pour les donner aux prophètes, car ce sont eux qui sont vos grands prêtres. Mais, si vous n'avez pas de prophète, donnez-les aux pauvres. Si tu fais un pain, prends-en les prémices et donne-les selon le commandement.
3. - De même, si tu ouvres une amphore de vin ou d'huile, prends-en les prémices et donne-les aux prophètes; de l'argent aussi et du vêtement et de tous les biens (que tu possèdes) prends les prémices comme bon te semblera et donne-les selon le commandement.

jeudi, avril 27, 2006


Etapes d'un pélerinage (4)
I. Vie cistercienne (1942-1966)(suite)

par l'Archimandrite Placide (Deseille)


Voyage en Égypte.

En 1960, à l’invitation de Mgr Elias Zoghby, alors vicaire patriarcal grec-catholique en Égypte, je fis un voyage dans ce pays, afin de prendre contact avec le monachisme copte. C’est dans le monastère de Deir Suriani, au Wadi Natroun — l’ancien désert de Scété — que je résidai durant ce séjour, et je ne fis que visiter les autres monastères. Je considérais comme une grâce inestimable ce pèlerinage en des lieux qui furent, au IVe siècle, le centre le plus rayonnant de la vie monastique, au point que l’Abbé Arsène pouvait dire que Scété était aux moines ce que Rome était au monde. Le monachisme scétiote a toujours exercé sur moi un grand attrait, et, parmi toute la littérature monastique ancienne, c’est sans doute avec les Apophtegmes des Pères du désert que je me suis toujours senti le plus intimement accordé.
Le désert de Scété est une immense plaine de sable, faiblement vallonnée, parsemée de rares touffes d’herbe dure, qui s’étend au sud de la route reliant le Caire à Alexandrie. Les quatre monastères actuels, St Macaire, Deir Baramous, Amba Bishoï et Deir Suriani (dédoublement du précédent), occupent l’emlacement de trois des plus anciens centres monastiques de ce désert. Ils présentent l’aspect de longues forteresses rectangulaires cernées de hautes murailles, d’où émergent les coupoles des Églises et la massive silhouette de donjons, refuges contre les pillards du désert qui, à diverses reprises, massacrèrent les moines. Établis sur des points d’eau, ils apparaissent, à l’intérieur de leur enceinte, comme des oasis paradisiaques, qui contrastent avec l’immensité désolée qui les entoure de toutes parts. A l’époque où je m’y rendis, le monachisme copte connaissait un essor remarquable, qui ne s’est pas ralenti depuis.
A l’origine de ce renouveau se trouvait un moine nommé Abdel Messieh, qui vivait dans une grotte depuis 1935. Le Pape d’Alexandrie qui était en fonction en 1960, Cyrille VI, ancien anachorète lui-même, avait subi profondément son influence, et favorisait cet essor monastique. A Deir Suriani, quelques anciens continuaient à mener une vie idiorythmique dans le monastère; mais tous les jeunes moines, dont la plupart venaient du milieu universitaire, avaient une vie strictement cénobitique, à l’exception de l’un ou l’autre qui vivait à distance dans le désert, ne revenant qu’à intervalles réguliers au monastère. La journée commençait par un canon de prière en cellule d’une heure, suivi du long office matinal à l’Église et de la Liturgie. Dans la journée, les moines se partageaient les diverses tâches du monastère: jardinage, imprimerie, traduction en arabe de textes des Pères. La pratique de la prière de Jésus leur était familière. Ce fut pour moi la première découverte d’un genre de vie que je devais retrouver plus tard, presque identique, au Mont Athos. Je fus très marqué aussi par la rencontre du Père Matta el Meskine, qui menait alors à Hélouan une vie semi-anachorétique avec quelques disciples.

Le renouveau biblique, liturgique et patristique dans l’Église romaine.

Durant la période qui s’étendit de la guerre au IIe concile du Vatican, un vigoureux renouveau biblique, liturgique et patristique se dessinait dans l’Église romaine, sous l’impulsion d’hommes comme le Père de Lubac(7), le Père Daniélou(8), Dom Casel(9), de revues comme « Dieu Vivant » (10) et «La Maison-Dieu » (l0 bis), de collections comme «Sources chrétiennes» (11). J’attendais beaucoup de ces efforts. Deux choses cependant m’inquiétaient. D’une part, il était évident que l’audience de ce mouvement restait assez restreinte; il n’atteignait guère la masse du clergé diocésain français. D’un autre côté, une partie très considérable des forces vives de l’Église romaine était engagée dans les mouvements d’Action catholique (12) et dans des recherches pastorales du genre de l’expérience des prêtres ouvriers (13). J’éprouvais une sympathie réelle pour ce foisonnement d’initiatives et pour l’indéniable ferveur apostolique qui s’y exprimait. Mais en même temps, je sentais que, malgré des convergences partielles, on était là dans un climat très différent de celui du renouveau biblique et patristique. L’Action catholique impliquait, dans sa praxis, une ecclésiologie qui n’était plus, certes, celle de la Contre-Réforme (14), mais qui ne rejoignait pas pour autant celle de l’Église ancienne. On percevait aussi dans ce Mouvement une dérive vers des types de célébrations assez étrangers à l’esprit des liturgies traditionnelles. J’entrevoyais dans tout cela un nouvel avatar du Catholicisme moderne, plutôt qu’un vivant retour aux sources, qui aurait exigé un renouvellement radical de la problématique.
Je n’avais pas réalisé suffisamment que ce second courant traduisait, beaucoup plus que le premier, la logique même de ce Catholicisme moderne, et qu’il était donc vraisemblable qu’il finirait par neutraliser et supplanter les autres tendances. J’espérais que les ossements desséchés allaient revivre, que tout ce que l’Église romaine conservait d’éléments traditionnels dans ses institutions et sa liturgie allait redevenir une nourriture tonique et assimilable pour l’homme moderne. J’espérais, en quelque sorte, que le Catholicisme de la Contre-Réforme, dans tout ce qu’il avait d’étranger à la grande tradition de l’Église, allait laisser la place à une résurrection de l’«Orthodoxie occidentale» des premiers siècles, grâce à la conjonction de l’héritage ancien retrouvé et des forces vives du présent.

Le Concile Vatican II.

C’est dans ces dispositions que j’accueillis, avec beaucoup de joie, l’annonce du Concile Vatican II. Mais, peu à peu, je sentis toute l’ambiguïté des courants d’idées qui se développaient à la faveur des débats conciliaires, et dont les répercussions se faisaient sentir jusque dans notre monastère. L’Abbé Général, qui était peut-être plus sensible encore aux atteintes portées à l’autorité dans l’Église qu’aux entorses faites à la Tradition, me dit un jour: «La manière dont les travaux du Concile sont menés m’inquiète beaucoup. Si les choses continuent à aller dans ce sens, l’Église connaîtra après le Concile l’une des crises les plus graves de son histoire. »
L’espoir d’une revivification des structures et des institutions de l’Église romaine par un retour à l’esprit et à la doctrine des Pères s’estompait. Avec le Concile, c’était un processus inverse qui, sur bien des points, se dessinait. Le Concile lui-même, d’ailleurs, n’en était que très indirectement responsable. Il agissait plutôt à la manière d’un révélateur. Jusque-là, une assez grande part des institutions anciennes, et surtout la liturgie traditionnelle de l’Occident, avaient pu subsister malgré de nombreuses altérations, parce que le catholicisme, régi par un pouvoir central fort et universellement respecté, les avait maintenues par voie d’autorité. Mais, dans une très large mesure, les fidèles, et plus encore les clercs, en avaient perdu le sens profond. Avec le Concile, la pression de l’autorité s’affaiblit; il était logique que ce dont le sens était perdu finisse par s’effondrer, et que l’on soit amené à reconstruire sur de nouvelles bases, conformes à ce qu’était devenu depuis plusieurs siècles, ou devenait maintenant, l’esprit du catholicisme romain.

(7) Henri de Lubac: Jésuite français qui, durant toute la période qui Suivit la seconde guerre mondiale, a beaucoup contribué à faire connaître dans les milieux catholiques les œuvres et la pensée des Pères de l’Église.

(8) Jean Daniélou (1905-1974): Jésuite français, nommé cardinal en 1969, qui exerça son apostolat dans les milieux intellectuels et universitaires, et publia de nombreux écrits sur les Pères de l’Église.

(9) Odon Casel (1886-1948): Bénédictin allemand, qui fut le principal théologien du renouveau liturgique dans l’Église catholique. Nourri de la doctrine des Pères de l’Église, il s’est efforcé de montrer, dans de nombreux ouvrages, que les fêtes liturgiques de l’Église ne rappellent pas seulement des événements passés, mais rendent objectivement présents pour l’Église, les faits principaux de l’économie du salut, pour y faire participer les croyants.

(10) Dieu Vivant: revue de culture religieuse qui parut à Paris de 1945 à 1953, avec la collaboration du Père Daniélou. Elle ouvrait une large confrontation, d’une haute tenue intellectuelle, entre les diverses confessions chrétiennes, les grandes religions et les courants philosophiques contemporains. Des auteurs comme Vladimir Lossky et Myrrha Lot-Borodine y apportaient le témoignage de l’Orthodoxie.

(10 bis) La Maison-Dieu: Revue liturgique qui fut, entre la deuxième guerre mondiale et le deuxième concile du Vatican, le principal organe du renouveau liturgique dans l'Église catholique pour les pays de langue française.

(11) Sources chrétiennes: collection publiant, avec leur traduction française, des textes des Pères de l’Église. Fondée en 1942 par les Pères de Lubac et Daniélou, cette collection, actuellement dirigée par le Père Mondésert, compte maintenant (1984) plus de 300 volumes. Sa création avait pour but de «permettre le retour aux sources de la pensée chrétienne» en présentant les écrits des Pères, et de «jeter un pont entre l’Orient et l’Occident en diffusant des textes qui constituèrent pendant dix siècles leur patrimoine intellectuel commun». La collection, d’une haute tenue scientifique, a été particulièrement bien accueillie dans les milieux universitaires.

(12) Action catholique: ensemble d’organisations groupant des laïcs catholiques qui exercent un apostolat soit dans le cadre de leurs paroisses, soit dans leurs milieux de vie, sous la responsabilité de la hiérarchie. Ces divers mouvements, apparus à partir de 1926 (création de la «Jeunesse Ouvrière Chrétienne»), se développèrent considérablement au lendemain de la seconde guerre mondiale, Ils ont beaucoup contribué à changer la conception que l’Église catholique avait de ses rapports avec le monde et du rôle des ‘laïcs. L’Église de la Contre-Réforme (voir note 18), fortement hiérarchisée à partir du sommet, le pape de Rome, se considérait comme transcendante au monde et chargée de lui communiquer une Vérité et une Vie reçues de Dieu et que le monde ne possédait pas en lui-même; dans cette Église, la fonction des laïcs était surtout d’accueillir les directives de la hiérarchie et d’user des moyens de sanctification qu’elle dispensait. Avec le développement de l’Action catholique, l’Église romaine en est venue à penser que le monde est, comme elle, animé par l’Esprit-Saint, et que les grandes aspirations du monde moderne au progrès, à la justice sociale, à la fraternité entre les hommes, sont l’œuvre de cet Esprit-Saint qui agit secrètement en lui. Le rôle propre de l’Église serait alors de révéler au monde le nom de ce Souffle mystérieux qui l’anime, et de l’aider à le conduire à son achèvement, qui se réalisera définitivement avec le retour du Christ à la fin des temps. Cette nouvelle conception a eu pour conséquence une modification profonde du statut des laïcs dans l’Église: en raison même de leurs engagements familiaux, professionnels et politiques, ils apparaissent comme particulièrement aptes à exercer un rôle positif dans la mission de l’Église face au monde.

(13) Prêtres ouvriers: un certain nombre de prêtres catholiques avaient été prisonniers de guerre entre 1940 et 1945. Dans ce partage du sort commun, ils avaient découvert de nouvelles conditions d’apostolat qui leur avaient semblé favorables pour l’évangélisation d’un monde ouvrier déchristianisé. Rentrés en France, ils voulurent en quelque sorte prolonger cette expérience en joignant à leur sacerdoce l’exercice d’une profession, — souvent celle d’ouvrier d’usine. Mais cette recherche prit très vite une signification particulière, du fait de l’évolution des rapports de l’Église et du monde qui commençait alors à se dessiner (cf. note précédente). Dans ce nouveau contexte, une crise du sacerdoce allait se produire: «Le laïc, chrétien de plein droit, ne laisse au prêtre qu’un rôle secondaire et, pour tout dire, effacé. D’où le désir paradoxal du prêtre de devenir un laïc ou, pour être moins abrupt, son désir de partager entièrement la condition humaine dans toutes ses composantes et de ne plus figurer dans la société d’aujourd’hui comme un personnage anachronique» (P. Guilmot, Fin d’une église cléricale? Paris, 1969, p. 327). La prise de conscience de cette situation devait amener, au lendemain du IIe concile du Vatican, un assez grand nombre de prêtres à abandonner purement et simplement le sacerdoce, et provoquer une diminution importante des entrées dans les séminaires. Mais, dans les années qui précédèrent le concile, certains prêtres, souvent parmi les plus zélés pour l’apostolat, avaient vu dans leur engagement dans des activités professionnelles et, éventuellement, dans des responsabilités syndicales, l’une des manières possible d’adapter l’exercice du sacerdoce à la nouvelle conception du rôle de l’Église vis-à-vis du monde vers laquelle les milieux catholiques avancés souhaitaient voir s’orienter l’Église romaine. Commencée au lendemain de la seconde guerre mondiale avec l’appui du cardinal Suhard, alors archevêque de Paris, l’expérience des prêtres ouvriers contenait implicitement une remise en question trop radicale de l’ecclésiologie romaine traditionnelle pour qu’elle puisse être ratifiée par le Vatican à cette époque. Il y fut mis fin, par voie d’autorité, entre 1953 et 1959. Cet arrêt provoqua une crise assez grave dans l’Église de France. Mais l’expérience des prêtres ouvriers avait largement contribué à préparer l’opinion catholique aux changements qui s’opérèrent dans l’Église romaine aprés le deuxième concile du Vatican.

(14) Contre-réforme: vaste mouvement de réforme interne qui se développa dans l’Église catholique romaine au lendemain du concile de Trente (1545-1563) pour remédier aux déficiences et aux abus qui avaient favorisé la naissance et le développement de la Réforme protestante. Cette période vit s’accuser certains traits négatifs de l’Église romaine médiévale: conception trop centralisatrice de la papauté et trop autoritaire de la hiérarchie; théologie scolastique trop rationalisante, et souvent décadente; inquisition en matière de doctrine, aboutissant parfois à un régime de terreur. Mais en même temps, de très grands spirituels, comme Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, suscitèrent un trés remarquable renouveau de ferveur religieuse et de vie de prière. Celui-ci anima des évêques réformateurs comme Charles Borromée en Lombardie et François de Sales en Savoie, qui exercèrent un immense rayonnement et eurent de nombreux imitateurs. Ce sont de tels hommes, qui priaient, jeûnaient et veillaient comme les anciens Pères, qui se dévouaient de toutes les manières pour les pauvres, les malades et les déshérités, mais étaient aussi des hommes d’action énergiques et organisateurs, qui ont donné à l’Église romaine ce qu’avait de meilleur l’aspect qu’elle a gardé de la fin du XVIe siècle au milieu du XXe.

mercredi, avril 26, 2006

Anne de Kiev
La première histoire d'amour franco-russe

Il existe assez peu de documents sur Anne de Kiev.
Mais de ce "peu" Jacqueline Dauxois écrit une "geste" poétique à laquelle on ne demande qu'à croire.
Quand le coeur remplace les parchemins ...

C’était pendant l’apocalyptique début du XIème siècle.
L’enfance de Henri 1er , fils de Robert le pieux et petit-fils d’Hugues Capet, est celle de « Vipère au poing ». Détesté par sa mère Constance d’Arles, il doit à Robert de Normandie le salut de son trone menacé par sa mère et les grands feudataires du royaume.
Désabusé par les trente ans de la vie conjugale infernale de ses parents, Henri 1er, déjà veuf de deux reines-enfants, vieillit sans espérance de mariage et de descendance.
Tous les rois d’Europe sont mariés, pour nombre d’entre eux avec les filles du Grand Prince de Kiev, Iaroslav le sage, surnommé pour cela le « beau-père de l’Europe ».
Seule lui reste une fille, la plus belle et la plus accomplie des princesses, Anne.
Kiev, la mère des villes russes, la ville aux 400 églises, est alors la seconde ville, après constantinople, de l’Orient chrétien.
C’est un polonais, moine clunisien devenu roi de Pologne sous le nom de Casimir, qui s’avise de ces deux cœurs isolés et sera à l’origine d’une union dont naitront les rois de Frances pour les sept siècles à venir.
Anne est une jeune fille passionnée. Cavalière accomplie, fière de ses origines Viking, elle est obsédée par les moyens de parvenir à la sainteté.
Tous ses frères ainés sont mariés ou promis.
En principe, c’est son tour.
Pourtant, lorsque le roi André 1er de Hongrie demande à Yaroslav l’une de ses filles, c’est Anastasia, contre l’ordre de naissance, qui lui est accordée.
Anne se retrouve fille unique et tous les rois d’Europe sont mariés, ce qui ne peut que réjouir les boyards, ces fiers descendants des guerriers de Rurik, qui se voient seuls prétendants.

Un beau jour, une délégation franque s’annonça à Kiev.
Pauvre délégation en vérité. Quelques cavaliers francs, conduits par un jeune évèque, Monseigneur de Chalon. Ils avaient beau monter d’énormes chevaux (au regard des petits chevaux russes), la délégation ne payait pas de mine aux yeux d’une princesse habituée aux fastes de la cour de Kiev.
Que très vite, elle ait été informée qu’il s’agissait ni plus ni moins que lui demander sa main, au nom du roi d’un petit royaume sortant tout juste de la barbarie, c’est peu dire que cela ne déclenchat pas son enthousiasme, ni celui d’Irina sa mère.
Elle savait bien que la religion des Francs comportait quelques bizarreries, décrites avec gène par Monseigneur de Chalon Mais ce n’était pas cela qui la troublait. Déjà, dans la famille on avait épousé des "latins".
Son hésitation tenait à la perspective de quitter les siens pour un minuscule royaume dont elle ne savait rien et dont confusément, elle sentait bien qu’on lui en parlait en l’enjolivant.
Monseigneur de Chalon était bien embêté. Il sentait que le but de son ambassade lui échappait.
Un jour, il passa aux aveux. Oui, le royaume des francs est un minuscule royaume. Oui, il est pauvre et sort de deux cents ans d’anarchie. Mais sur un point au moins, il dépasse tous les autres. Il est de la plus ancienne noblesse chrétienne. La première église d’Occident fut fondée à Lyon en 177 et Clovis fut baptisé 500 ans avant Vladimir, l’ancêtre d’Anne. Enfin, Henri est veuf, solitaire, sans descendance. Sans elle, c’est un roi mort.
Anne, quelques jours après, donna son accord. Par elle, « le sang de Rurik, d’Olga, d’Anna, la princesse porphyrogénète, celui de Vladimir le Grand et d’Irina de Suède irriguera les veines des descendants d’Hugues Capet. »

Reste maintenant, à offrir Anne à son nouveau peuple.
Cette fois, Henri ne lésine pas sur sa nouvelle ambassade.
Des remparts de Kiev, la colonne franque s’étend jusqu’à l’horizon. Prêtres, évèques, barons en armures rutilantes, charrois lourdement chargés. La flamme de France claque au vent de la steppe.
Les dons rassemblent tout ce que l’occident chrétien peut produire de plus beau. Pour Anne, « un cheval de chasse, blanc comme neige, un palefroi noir harnaché d’une selle d’ivoire, un petit destrier rouge aux rênes de soie et pour son bagage des chevaux herculéens attelés par deux, quatre ou six. »
« La mesnie du roi se mèle la droujina du Grand Prince, Russes et Francs font connaissance le plus joyeusement du monde »
Mais Anne sent dans son cœur la douleur de la séparation. De sa famille, de sa terre, de son peuple. « Mais un autre peuple l’attend, qu’elle est prête à aimer, qui lui donnera son amour »
Par égard pour sa tristesse, Monseigneur de Chalon propose à Anne que chacun gagne la France par le chemin de son choix.
Pour Anne, ce sera le chemin des Varègues qui passe par Novgorod , le lac Ladoga, la Baltique, jusqu’à Montreuil sur mer, domaine de son fiancé.
Le voyage durera plusieurs mois et Anne emmène dans ses bagages tout ce que la Russie produit de richesses. Elle est escortée de nombreux chevaliers francs et de boyards, de Monseigneur de Chalon, du géant Gosselin de Chauny , qui, depuis leur première rencontre, n’ose plus lever les yeux sur elle, de Monseigneur Gautier de Meaux, dit Gautier Savoir, petit prélat sec et gris mais rayonnant de foi et de science et auprés duquel Anne accomplira la partie initiatique de son voyage.
Auprés d’eux, en effet, elle apprendra tout, de son futur royaume, d’Henri, de sa filiation, de Clovis dont elle s’étonne qu’on en ait pas fait un saint, comme son ancêtre Vladimir, toute cette histoire d’amour mais aussi de cruautés et de souffrances. Parfois, Anne se demande si elle n’a pas présumé de ses forces. Parfois l’impatience la gagne de trouver « son » royaume et ce roi malheureux qu’elle aime déjà.
Vint le jour où la colonne franco-russe franchit une dernière colline derrière laquelle une verte étendue s’offre au regard. Au fond, un petit village, un clocher, un beau château-fort. Anne descend de son cheval, s’agenouille, écarte l’herbe de ses mains et baise la terre de France, tandis que Monseigneur de Chalon, s’agenouille devant elle et prononce « Vive la Reine ». « Longue vie » répondent les russes.

Anne rejoint Henri à Reims, la veille du 19 mai 1051 , jour de la Pentecôte, de leur mariage et de leur couronnement.
La ville a attiré tout ce que la Chétienté compte d’éminents prélats, de grands feudataires, d’ambassadeurs et tout ce petit peuple qui couche à la belle étoile et se réjouit de ce qu’il perçoit comme le nouveau printemps du royaume.
Henri loge au palais archiépiscopal. C’est là que Anne le rencontra. La salle est pleine à craquer, médusée par la beauté de celle qui s’avance lentement vers Henri et s’agenouille devant lui. Dans un silence éberlué, Henri s’approche, saisit les deux mains d’anne et s’agenouille à son tour.
Les cérémonies du mariage et du couronnement se déroulent pour Anne dans un brouillard doré d ‘émotion mystique. Quand la couronne de France se pose sur son front, Anne de Kiev se sent mourir et dans le même temps, ressucite en Anne de France.
Le soir venu, c’est elle qui par son amour ressucite Henri, ce roi brisé.
Les fêtes durent une fatiguante semaine pendant laquelle russes et francs se mèlent joyeusement au point de ne plus former qu’une communauté où chacun se sent un peu l’autre.
Mais les devoirs du royaume rappellent le roi à Paris que Anne s’imaginait comme un petit Kiev et qu’elle découvre si pauvre, si sale et délabré et où pour tout palais royal se dresse un sévère et froid château-fort sur une ile au milieu de la Seine qui paraît si étroite à Anne.
Henri, à son tour lui raconte le triste état de son royaume et le danger permanent représenté par les grands feudataires toujours prêts à déchirer le domaine royal.
Anne est confiée à la protection du grand Gosselin de Chauny.

A suivre

lundi, avril 24, 2006

Etapes d'un pélerinage (3)
I. Vie cistercienne (1942-1966)(suite)

par l'Archimandrite Placide (Deseille)


Première rencontre de l’Église orthodoxe: l’Institut Saint-Serge.

En 1952, je fus ordonné prêtre. Peu de temps après, je fus nommé professeur de théologie dogmatique, et, un peu plus tard, je fus chargé en même temps de la formation spirituelle des jeunes moines du monastère qui faisaient des études en vue du sacerdoce. Soucieux de donner un enseignement théologique selon l’esprit des Pères, je profitai de quelques voyages à Paris, nécessités par les affaires du monastère, pour rencontrer le Père Cyprien Kern, professeur de patristique à l’Institut Saint-Serge, et Vladimir Lossky, dont la «Théologie mystique de l’église d’Orient» m’avait enthousiasmé (malgré les très expresses réserves de l’excellent Père jésuite qui avait eu l’imprudence de me prêter ce livre explosif!). Lossky devait, hélas, mourir très peu de temps après notre rencontre.
Le Père Cyprien m’initia à la doctrine de St Grégoire de Nysse, de St Maxime le Confesseur, de St Grégoire Palamas. Il me montra, au cours de longs entretiens, et avec une bienveillance sans limites, comment la christologie du Concile de Chalcédoine et la doctrine palamite des énergies divines sont la clé de la compréhension orthodoxe de l’Église, de l’homme et de l’univers. Cependant, très discret et respectueux de la conscience d’autrui, le Père Cyprien ne me suggéra jamais d’entrer dans l’Église orthodoxe. A l’époque, d’ailleurs, l’idée ne m’effleura même pas. Mon appartenance à l’Église catholique me semblait aller de soi et ne pouvoir être remise en cause. Mon souci était de trouver dans la tradition orthodoxe une aide pour mieux pénétrer le sens de ma propre tradition.
J’aimais profondément la liturgie latine. La connaissance de la liturgie orthodoxe, que je venais de découvrir avec émerveillement à Saint-Serge, me faisait prendre une vive conscience des richesses analogues, quoique plus cachées, que recelait la liturgie latine traditionnelle, et m’incitait à en vivre avec plus d’intensité. La liturgie de la Trappe était d’ailleurs, sauf quelques additions tardives facilement décelables et qui n’avaient pas déteint sur l’ensemble, identique à la liturgie que l’Occident pratiquait à l’époque où il n’avait pas rompu la communion avec l’Orient. A la différence de la liturgie byzantine, elle se composait presque exclusivement de textes bibliques, ce qui pouvait au premier abord donner une impression de sécheresse. Mais ces textes étaient admirablement choisis, le déroulement de l’année liturgique était parfaitement harmonieux, et les rites, malgré leur sobriété, étaient chargés d’une grande richesse de sens. Si l’on se donnait la peine, en dehors des offices, au cours de ces heures de «lectio divina» si caractéristiques de l’ancienne spiritualité monastique d’Occident, d’acquérir une connaissance «par le cœur» de la Bible et des interprétations que les Pères en avaient données, la célébration de l’Office divin acquérait, avec la grâce de Dieu, une saveur et une plénitude admirables.


Publications et activités diverses

En 1958, je fus envoyé à Rome pour y faire des études supérieures de théologie. Ce fut pour moi l’occasion de réunir, en fréquentant les bibliothèques, une abondante documentation sur les sujets qui me tenaient à cœur, et pour m’imprégner de l’atmosphère de la vieille Rome des catacombes et des basiliques. La fréquentation d’Ostie antique, des étages inférieurs des basiliques de Saint-Clément, des Saints Jean-et-Paul ou de Sainte-Cécile, la vue quotidienne du Colisée et du Circus Maximus, étaient pour moi un bain vivifiant dans ce christianisme antique où s’enfoncent nos racines.
A cette époque, je fus associé au secrétariat de la collection «Sources chrétiennes», afin d’organiser une série de volumes consacrés à des textes monastiques médiévaux. A vrai dire, l’Abbé Général de l’Ordre cistercien — l’ancien Abbé de Bellefontaine, Dom Gabriel Sortais, qui avait entre temps été promu à cette charge — m’avait seulement demandé de créer une collection de textes cisterciens du XIIe siècle. Mais il me semblait souhaitable de ne pas isoler ces textes du reste de la tradition monastique et patristique. Il ne fallait pas donner l’impression qu’il existait une «spiritualité cistercienne», au sens moderne du mot, comme il existe une spiritualité ignacienne ou carmélitaine. C’était la grâce du monachisme que de faire éclater de telles spécialisations: il a existé tout au long de l’histoire monastique diverses lignées de pères spirituels et de disciples, on y rencontre des dosages différents des divers éléments constitutifs du monachisme, selon les temps et les lieux, mais la vie monastique est une en son fond. Cela tient précisément à son caractère patristique. Les diverses spiritualités sont nées plus tard, seulement en Occident.
J’obtins facilement l’accord du Père Général pour que le projet initial fût ainsi élargi. A mon retour en France, ce travail d’édition vint donc s’ajouter à l’enseignement de la théologie. On me demanda aussi de prêcher des retraites spirituelles dans plusieurs monastères et de donner des articles à diverses revues et dictionnaires encyclopédiques. On me confia la rédaction d’un projet de «directoire spirituel», sorte de manuel de spiritualité à l’usage de l’Ordre cistercien. Le résultat de mon travail fut jugé par certains trop influencé par la doctrine des Pères du désert et la tradition patristique grecque pour représenter vraiment ce qu’ils entendaient par «spiritualité cistercienne». Le projet d’un manuel officiel fut d’ailleurs finalement abandonné, des tendances trop divergentes commençant alors à se faire jour dans l’Ordre. Ces «Principes de spiritualité monastique», d’abord simplement polycopiés (1962), devinrent plus tard, revus et complétés, «L’Échelle de Jacob» (1974).
Afin de favoriser le retour aux sources du monachisme et de la vie spirituelle, je souhaitais qu’une collection de textes monastiques anciens et orientaux pût être entreprise, parallèlement à la série monastique occidentale des «Sources chrétiennes», mais avec de moindres exigences techniques, pour en faciliter la diffusion. Ce projet n’aboutit qu’en 1966, avec la publication du premier volume de la collection «Spiritualité orientale», consacré aux apophtegmes des Pères du désert. J’avais alors quitté Bellefontaine pour Aubazine, mais je devais cependant conserver la direction de la collection jusqu’à mon entrée dans l’Église orthodoxe.

Suite jeudi 27 avril
Le reconnaitre

Cependant Marie se tenait dehors près du sépulcre, et pleurait. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre; et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l'un à la tête, l'autre aux pieds. Ils lui dirent: Femme, pourquoi pleures-tu? Elle leur répondit: Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis. En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout; mais elle ne savait pas que c'était Jésus.
Jean 20, 1 –31

Ils sortirent et montèrent dans une barque, et cette nuit-là ils ne prirent rien. Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage; mais les disciples ne savaient pas que c'était Jésus.

Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois grands poissons; et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se rompit point. Jésus leur dit: Venez, mangez. Et aucun des disciples n'osait lui demander: Qui es-tu? sachant que c'était le Seigneur.
Jean 21, 1 – 25

Et voici, ce même jour, deux disciples allaient à un village nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades; 1et ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé. Pendant qu'ils parlaient et discutaient, Jésus s'approcha, et fit route avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

Tandis qu'ils parlaient de la sorte, lui-même se présenta au milieu d'eux, et leur dit: La paix soit avec vous! Saisis de frayeur et d'épouvante, ils croyaient voir un esprit.
Luc 24, 13-53


A plusieurs reprises, le Ressuscité se manifeste à ceux et celles qui l’ont le mieux connu, qui ont vécu avec lui tout au long de son ministère et ils ne le reconnaissent pas. Les évangiles insistent curieusement sur ce point.
La première raison de cette cécité est l’incrédulité voire, malgré tout ce que les prophètes et Jésus en avaient pu dire, l’inattendu de la résurrection.
A certaines reprises même, leurs yeux et leur esprit n’acceptent pas ce que leurs cœurs éprouvent.

Mais l’insistance des évangiles peut aussi signifier que nous aussi, deux mille ans après, devons apprendre à Le reconnaître. Le reconnaître dans celui ou celle qui, pour nous, est, au premier regard, un inconnu. Comprendre qu’Il habite dans l’autre, qu’Il est cet autre.
On pourrait ajouter « particulièrement celui qui est dans le besoin ».
Mais quel homme n’est pas dans le besoin ?

« Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à Moi que vous l’avez fait »
Notons bien : Il ne dit pas « c’est comme si c’est à Moi que vous l’avez fait »

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu … et ce second commandement qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même »

Il faudrait vraiment que cette incroyable Vérité déchire l’incrédulité qui se cache derrière l’interprétation purement « symbolique » de ces paroles.

Dieu s’est fait homme pour que l’Homme soit Dieu.
Le Verbe s’est fait chair pour que notre chair soit ce corps dont Il est la tête.
Deification.

Rabouni, apprends nous à Te reconnaître.

Cette magnifique icône est empruntée au Forum Orthodoxe Francophone. Merci Irène.

dimanche, avril 23, 2006

Pâques

C’est le Soleil antérieur au soleil, jadis descendu au tombeau, que les Myrophores cherchaient comme le jour, avant l’aurore se hâtant et l’une et l’autre se disant : O mes chères amies, allons embaumer le corps vivifiant de celui qui au sépulcre enseveli, après sa chute relève Adam ; allons, hâtons nous et comme les Mages nous prosternant, offrons la myrrhe en hommage à celui qui n’est plus de langes, mais d’un suaire enveloppé ; et dans les larmes crions lui : Lève toi Saigneur, toi qui nous sauves en nous accordant la résurrection.
Ikos des Matines

Pâque, ta sainteté se révèle en ce jour à nos yeux : Pâque nouvelle et sacrée, Pâque mystique du Seigneur, Pâque vénérable, Pâque du Christ libérateur, Pâque tout-immaculée, Pâque à nulle autre pareille, Pâque des fidèles, Pâque nous ouvrant les portes du Paradis, Pâque dont tout fidèle reçoit la sainteté
Stichères de Pâques t.5



Ô étrange Église orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes, Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique, Église où la perle de grand prix de l’Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière ; Église qui souvent n’a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques.
Père Lev Gillet

samedi, avril 22, 2006

Samedi saint
Vêpres (Vigile pascale)


En ce jour, l’Enfer s’écrie en gémissant : Mon empire est effondré, le Pasteur crucifié a relevé Adam ; je suis privé de mes sujets, je dois rendre ceux que de force j’avais pris, le Crucifié a vidé les tombeaux, l’empire de la mort s’est écroulé.

Nous glorifions, Seigneur, ta Croix et ta sainte Résurrection
Lucernaire t.8
Samedi saint
Matines (Office des Myrophores)


En ce jour dans le sépulcre tu fus déposé, ô Christ notre Vie ; les puissances angéliques étaient saisies d’effroi, mais chantèrent : Gloire à ta condescendance.
Eloges funèbres. Première stance

Dieu Sauveur, la terre a tressailli d’effroi, en ténèbre le soleil s’est changé lorsqu’il t’apercut, Lumière sans déclin, corporellement, ô Christ, sous terre te couchant.
Eloges funèbres. Deuxième stance

vendredi, avril 21, 2006

Vendredi Saint


… et que le reste soit vénéré en silence

Le saint Théologien (Grégoire de Nazianze, NdSH) le disait bien sous l'inspiration divine: A qui et pour quelle raison ce sang a-t-il été versé pour nous? ce sang si cher et si glorieux de notre Dieu, à la fois Grand Prêtre et victime? Nous nous trouvions sous la domination du Diable, vendus au péché; par notre goût pour le mal nous étions faits vicieux. Et si l'on ne doit payer le rachat à personne d'autre que le propriétaire, je demande: A qui et pour quelle raison une telle rançon a-t-elle pu être payée? Si c'est au Diable - quel délire est-ce là! Le Brigand reçoit un rachat, et non seulement il le reçoit de Dieu, mais c'est Dieu Lui-même qu'il reçoit; un tel salaire pour sa tyrannie [...] Mais si c'est au Père, tout d'abord de quelle manière? Nous ne nous trouvions pas sous son esclavage! Et d'autre part pourquoi le sang du Fils unique serait-il agréable au Père, alors qu'il n'a même pas accepté Isaac, offert par son père, lui substituant une victime, mettant un bélier à la place de la victime raisonnable? N'est-il donc pas évident que le Père reçoit ce sacrifice non parce qu'il l'aurait exigé, ou bien qu'il en aurait eu besoin, mais à cause de l'économie du salut, et parce qu'il était nécessaire pour l'homme que fut sanctifiée la nature humaine, afin de nous libérer et de vaincre le tyran par la force, afin de nous élever vers Lui par son Fils qui intercède et qui édifie tout pour la gloire de son Père, auquel il est obéissant. Telles sont les oeuvres du Christ, et que le reste soit vénéré par le silence.

Ce qui est important est que dans son amour pour l'homme, le Seigneur Christ se soit volontairement offert en sacrifice, car il était nécessaire pour l'homme, qui s'était rendu pécheur et mortel, qu'il fût sanctifié par la nature humaine du Dieu incarné. De grands et mystérieux événements sont de plus intervenus: le sang volontairement répandu du Christ, le Dieu-homme, a sanctifié, d'une manière mystérieuse et bénie, le sang de l'homme et de l'humanité corrompu par le péché, il l'a vivifié d'une nouvelle vie, ramenant la nature humaine devenue mortelle sur une voie nouvelle et vivante, celle qui mène à Dieu et nous conduit vers une vie éternelle et infinie. A partir de là s'étend l'océan sans rivage et sans fond des mystères divino-humains du Christ, où l'on ne peut pénétrer que par la foi, tant que l'esprit humain répète dans la paix et la tranquilité ces paroles du saint Théologien: "et que le reste soit vénéré en silence."

Archimandrite Justin Popovic, Philosophie orthodoxe de la Vérité, tome III, L'Âge d'Homme, Lausanne 1995, pp. 174 s.; traduction du serbe et du grec en français par Jean-Louis Palierne

jeudi, avril 20, 2006

Jeudi Saint


Celui qui fit les lacs, les sources et les mers nous montre la plus grande humilité : d’un linge se ceignant et de ses disciples lavant les pieds, il s’abaisse dans sa miséricorde infinie, et de l’abîme du mal nous fait remonter, lui le seul Ami des hommes
Cathisme t.1






A tes disciples, Seigneur, au cours du repas tu as révélé le mystère de ta sainte immolation qui nous délivre de la mort, et nous vénérons ta divine passion.
Cathisme t.4
Etapes d'un pélerinage (2)
I. Vie cistercienne (1942-1966)

par l'Archimandrite Placide (Deseille)


L’abbaye de Bellefontaine.

En juillet 1942, des circonstances providentielles m’amenèrent à faire un bref séjour à l’Abbaye cistercienne de Bellefontaine, en Anjou (4). Dérogeant assez étrangement à son habitude d’éprouver longuement les vocations, le Père Abbé me demanda presque brutalement, au terme de notre premier entretien: « Quand voulez-vous entrer? » Je fus reçu comme postulant au mois de septembre suivant. J’avais alors seize ans. Les cisterciens trappistes suivaient la règle de St Benoît, comme les bénédictins, mais leur vie avait un cachet de simplicité et d’austérité plus marqué. Je me sentais, à la Trappe, plus près des sources vives du monachisme, plus près de l’Évangile tel que les Pères du désert avaient voulu le traduire dans leur vie.
L’àbbé du monastère, Dom Gabriel Sortais, était un homme de grande foi et de prière. N’avait-il pas un jour arrêté un incendie en y jetant son chapelet? Énergique et bon, rigoureux dans son ascèse et sachant se montrer exigeant envers les autres, il s’appliquait, à l’exemple de St Bernard de Clairvaux, à se montrer « père et mère »pour ses moines. Je ne pense pas qu’il ait beaucoup lu les Pères de l’Église. Mais il était très attaché à la tradition monastique, et c’est à travers les observances et la pratique concrète de la Règle qu’il rejoignait l’esprit des anciens Pères.

A l’école des Pères de l’Église et de la tradition spirituelle.
Le Père Abbé me confia, pour ma formation, au Maître des novices, le Père Émile, un jeune moine qui, lui, s’était pénétré de l’enseignement de St Cassien et qui donnait à ses novices l’intelligence de la Règle de St Benoît en la leur commentant à partir de ses sources, les Pères du désert, St Pacôme et St Bas ile. Un peu plus tard, je devais lire les écrits de St Dorothée de Gaza et de St Jean Climaque, qui avaient été, à l’époque de sa conversion, les principales sources d’inspiration de l’Abbé de Rancé, le grand réformateur de la Trappe au XVIIe siècle. Durant ces années de formation, je fréquentai assidûment les auteurs cisterciens du XIIe siècle, qui conjuguaient harmonieusement la tradition spirituelle augustinienne avec un origénisme purifié et décanté par St Grégoire de Nysse et St Maxime le Confesseur. Mais j’aimais aussi les enseignements de Jean de la Croix (5), de l’École française du XVIIe siècle, où se retrouve quelque chose du grand souffle des Pères de l’Église, et d’auteurs comme le Père Lallemant et le Père Surin, guides pratiques et lucides pour qui veut progresser dans la vie spirituelle (6).
Cette formation monastique se poursuivit sous la conduite de mon Père spirituel, le Père Alphonse, moine ardent, plein d’humour et parfois un peu «fol en Christ». C’est aussi au monastère que je fis mes études théologiques. Pendant plusieurs années, j’étudiai d’une manière assez approfondie les œuvres de Thomas d’Aquin. J’ai beaucoup aimé la philosophie thomiste. J’y trouvais un excellent antidote contre les poisons de l’individualisme, du subjectivisme et de l’idéalisme, qui ont imprégné la pensée moderne. Mais la manière dont Thomas d’Aquin conçoit les rapports de la nature et de la grâce, et l’usage qu’il fait de la raison — bien qu’en dépendance de la foi — pour construire une théologie qui répondît à la définition aristotélicienne de la «science» me gênait; elle différait profondément de la démarche théologique des Pères. Je ne pouvais m’empêcher d’admirer la cohérence et l’harmonie de la synthèse théologique thomiste, mais elle évoquait pour moi l’architecture gothique de son époque, géniale, mais où la raison soumet trop rigoureusement le matériau à ses exigences. La méthode scolastique me paraissait exposée, par nature, à réduire les mystères de Dieu à ce que la raison peut en saisir en les cernant dans ses définitions ou en les mettant en syllogismes. Les écrits des Pères, au contraire, respiraient un sens du sacré et du mystère, évoquaient une compénétration du divin et de l’humain, qui trouvaient leur correspondant plastique dans l’art roman et byzantin.
Cet attachement aux Pères de l’Église m’apporta d’ailleurs quelques mécomptes. Peu avant mon ordination sacerdotale, le Père Abbé me conseilla de lire un bon traité sur le sacerdoce. Je lui répondis que j’aimerais lire quelque ouvrage des Pères sur le sujet. Il me répliqua vivement: «Mais vous n’y pensez pas! Vous allez être ordonné dans trois semaines: il vous faut lire pour l’instant quelque chose de sérieux sur le sacerdoce. Les Pères, vous aurez toujours le temps de les lire ensuite, comme complément.» Et j’eus droit à un pieux ouvrage du XIXe siècle, aussi sentimental dans ses effusions que ratiocinant dans sa théologie. Je rencontrai souvent des réactions analogues. Un autre supérieur monastique, à qui je parlais des Pères, me répondit: «Oui, sans doute, il y a de belles choses dans les Pères. Mais ils n’ont pas de théologie, ni de mystique. Il n’y a pas eu de vraie théologie dans l’Église avant St Thomas. Et s’il y a eu en Orient de grands ascètes, il n’y a pas eu de mystiques. La mystique, dans l’Église, commence avec St Bernard, et n’arrive à maturité qu’avec St Jean de la Croix, au XVIIe siècle.» Ces deux réflexions méritaient d’être citées, car elles illustrent bien un état d’esprit auquel je me suis très souvent heurté. On admettait volontiers que les Pères sont très intéressants, qu’ils demeurent des sources précieuses; mais on ne saurait y trouver une doctrine parvenue à maturité. Leur pensée est restée à l’état d’ébauche. Entre les Pères et les grands classiques du catholicisme romain, tous postérieurs au XIIe siècle, il existe tout l’écart qui sépare l’enfance et l’adolescence de l’âge mûr.
Il m’était impossible d’entrer dans cette manière de voir. Assurément, j’admirais Thomas d’Aquin, et j’espérais qu’en ne l’interprétant pas au moyen de ses commentateurs plus tardifs, mais en l’éclairant par ses sources patristiques, il serait possible de réduire l’écart qui le séparait de l’enseignement des Pères. Mais j’avais la conviction intime que ceux-ci étaient les témoins privilégiés de la tradition de l’Église, qu’on y trouvait en sa plénitude. Chez eux, tous les aspects de la doctrine et de la vie chrétienne étaient toujours éclairés à partir des mystères centraux de la Trinité sainte et de la déification de l’homme par l’incarnation rédemptrice du Christ. Chez eux, la connaissance procédait toujours de la plénitude de la vie et de l’expérience spirituelles; selon une formule dont j’ai oublié l’auteur et que je cite de mémoire, « ils n’enseignent pas à partir de déductions ou de conjectures: ils nous parlent d’un pays où ils sont allés».
Ce qui m’intéressait chez les Pères, ce n’était d’ailleurs pas les éléments plus individuels ou plus originaux de leur pensée: c’était au contraire les convergences, tout ce qui témoignait de la tradition de l’Église, reçue et personnellement assumée par chacun d’eux. Le critère de St Vincent de Lérins m’enchantait: «Il faut veiller avec le plus grand soin à tenir pour vrai ce qui a été cru partout, toujours et par tous.» C’est à l’ensemble de l’Église, unanime dans l’amour à travers le temps et l’espace, que l’Esprit-Saint manifeste la plénitude de la vérité. La liturgie, elle aussi, me comblait, parce qu’elle n’était pas la prière d’un individu ou d’un groupe particulier; elle ne portait la marque ni d’un lieu ni d’une époque déterminés: née à l’âge des Pères, elle s’était développée en subissant le filtrage des générations de croyants et de priants, et ce qui avait été retenu était authentiquement d’Église.
J’étais pleinement heureux au monastère. Je me sentais intimement accordé à la vie liturgique et à tout le cadre des observances. Bellefontaine était d’ailleurs un monastère où une grande fidélité à la règle s’alliait à un esprit de liberté et de relative souplesse. Le Père Abbé n’avait rien d’un esprit tatillon. La seule chose qui me gênait était un certain hiatus qui existait entre la règle, les observances et la liturgie d’une part, et la théologie et la spiritualité d’autre part. Les premières étaient restées en substance ce qu’elles avaient été durant les onze premiers siècles de l’Église; les secondes, au contraire, étaient, chez beaucoup de moines, très marquées par le catholicisme moderne. Je me souviens d’avoir dit un jour, et ce n’était pas une simple boutade:
«Notre règle et notre liturgie sont patristiques; notre théologie est dominicaine; notre spiritualité est carmélitaine ou jésuite !» Le problème était assez semblable à celui que je rencontrai plus tard dans les Églises uniates: on. était en présence d’une tradition vénérable, mais arrachée à son climat originel, et que beaucoup ne pratiquaient que par obéissance, sans en avoir le «sens» profond. Il me semblait nécessaire de reconstruire l’unité de notre vie en revenant à l’enseignement et à l’esprit des Pères. Et je pressentais que l’Église orthodoxe avait mieux préservé cette grande tradition des premiers siècles chrétiens.

(4) L’Ordre cistercien est un ordre monastique catholique, constitué par les monastères dépendant de l’Abbaye de Cîteaux (en latin Cistercium). Il fut fondé en Bourgogne à la fin du XIe siècle par un petit groupe de moines bénédictins qui désiraient mener une vie plus pauvre et plus austère que celle des grands monastères de leur temps. L’Ordre fut illustré surtout au XIIe siècle par Bernard de Clairvaux, qui exerça une immense influence sur son époque comme prédicateur, auteur spirituel et conseiller des papes et des rois. Dans les siècles qui suivirent, l’Ordre cistercien connut une évolution qui l’éloigna de l’austérité des origines. Il fut en partie réformé au XVIIe siècle, principalement sous l’influence d’Armand-Jean de Rancé, abbé du monastère de la Trappe, en Normandie. Cette réforme donna naissance, au XIX’ siècle, à l’Ordre des Trappistes ou Cisterciens réformés.

(5) Jean de la Croix (1542-1591): religieux espagnol, qui fut associé par Thérèse d’Avila à son œuvre de réforme des monastères qui suivaient la règle du Carmel, Il est l’un des plus grands écrivains mystiques de l’Église catholique. Sa doctrine peut se résumer dans cette maxime: « Ne recherchez pas la présence des créatures si vous voulez que votre âme conserve les traits de la Face de Dieu dans leur clarté et leur pureté; mais faites le vide dans votre esprit et dégagez-le de tout objet créé: vous marcherez alors éclairé de la lumière de Dieu, car Dieu n’est pas semblable aux créatures.»

(6) École française de spiritualité: nom donné à un mouvement spirituel catholique qui prit naissance en France sous l’impulsion du Cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629). Ce dernier exposa dans de nombreux ouvrages une doctrine de la déification du chrétien qui s’inspirait des Pères de l’Église, surtout de St Cyrille d’Alexandrie et de St Augustin. Il eut de nombreux disciples et continuateurs jusqu’au XIX’ siècle. — Louis Lallemant et Jean-Joseph Surin: Jésuites français, qui comptent parmi les auteurs spirituels les plus remarquables du XVIIe siècle. Toute leur doctrine tend à montrer que, grâce à un renoncement total à ses propres volontés, le chrétien peut parvenir, par la grâce de Dieu, à un état « où l’homme est tellement mû et agi par le Saint-Esprit, qu’il ne ressent presque plus en soi-même ses propres inclinations, mais seulement celles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le principe de ses mouvements, suivant ce que dit St Paul: Ceux-là sont les enfants de Dieu, qui sont conduits par son Esprit» (Surin).

mardi, avril 18, 2006

Mercredi Saint

La Courtisane s’approche de toi pour verser sur tes pieds, Dieu de bonté,
avec ses larmes le précieux parfum, et de la pestilence du mal, sur ton ordre, elle est délivrée,

tandis que le disciple ingrat de ta grâce comblé, le rejette et s’enfonce dans la boue
en te vendant par avarice.
Gloire, ô Christ, à ta miséricorde infinie.

Cathisme I
Les convulsions du Vaincu

Rarement la Semaine Sainte a été précédée d'autant d'actes ou d'écrits contre la foi.
Repassons rapidement ces attaques en revue :

- Il y eut la prière : jugée d'abord inefficace en particulier pour les malades, elle apparaît dans le Monde comme mauvaise pour la santé!
- (Dans le même esprit que le Da Vinci Code) nous avons assisté au battage médiatique de "l'évangile de Judas", qui remet en cause la Passion et les paroles du Christ prononcées lors de la Cène, commémorée le Jeudi Saint.
- Certains s'en sont pris à la Croix et à sa représentation, estimant qu'il n'était pas sûr que le Christ ait été crucifié comme tant de témoins visuels de l'époque l'ont reporté. Ceci à quelques jours du Vendredi Saint.
- Un autre n'a pas craint le ridicule en remettant en cause l'action de Dieu au moment du franchissement de la mer Rouge, dont les flots se seraient ouverts grâce à une conjonction heureuse de vents. Il n'empêche que cette lecture est dans la liturgie du Samedi Saint.
- Samedi, c'est Tincq, le chroniqueur « religieux » du Monde, qui remettait en selle le blasphème concernant Jésus et sainte Marie-Madeleine.
Source

Mardi Saint

Frères, brûlons d’amour pour la rencontre de l’Epoux, tenons nos lampes allumées ; que brille l’éclat de nos vertus et que resplendisse la vraie foi. Comme les vierges sages du Seigneur, préparons nous à entrer dans la salle du festin, car à tous le divin Epoux nous offre la couronne d’immortalité.

Cathisme I
Des « petits » péchés

Le péché est un état qui nous éloigne et nous détourne de Dieu.
C’est un désordre introduit dans l’ordre divin de la création.
Une conception judiciaire du péché nous conduit à une classification entre petits, moyens et gros péchés, classification qui introduit, dans la théologie catholique, le distinction entre péché veniel et péché mortel.
Si cette classification a pour effet de renforcer la vigilance à l’égards des péchés les plus « graves », elle a aussi celui de relativiser, de minorer les « petits » péchés habituels auxquels on ne prend plus garde et qui sont communément admis comme parasites dont on peut s’accomoder.
Le texte ci-dessous, du Père Bénigsen a le mérite de remettre en perspective, grace à une parabole imagée, la gravité réelle de ces soit disant « petits » péchés qui souillent l’âme comme la microscopique vermine habite le corps d’un homme sans hygiène.

En se préparant à la confession ou simplement en contrôlant son état spirituel, l'homme essaie de découvrir en lui-même tout ce qui est obscur et pesant, tout ce qui est associé à la notion de péché. Ceci est une bonne manière d'agir, mais notre éloignement de Dieu ne dépend pas de cela ; nous sommes habitués à "classer" nos péchés, à les sérier en gros, moyens et petits péchés, et à ces derniers nous ne voulons pas donner beaucoup d'importance. Cette classification comporte en elle-même une double tentation : tout d'abord, la tentation d'autojustification (je pèche comme tout te monde, ensuite la tentation d'un repentir limité, même si une infime partie du péché reste sur la conscience. L'amoncellement des péchés est comparable à une masse neigeuse qui augmente de volume jusqu'à ce qu'un dernier flocon provoque l'avalanche.
Chaque péché est un péché, comme chaque distance est un éloignement, qu'il soit mesuré en kilomètres ou en millimètres. Il faut se rappeler en outre, qu'en dehors, des péchés de faits, des péchés d'omission de charité existent aussi.

Deux femmes viennent demander conseil à un "starets". La conscience de l'une ploie sous le poids d'un si gros péché, qu'il lui semble ne jamais mériter de pardon. La deuxième dit au starets qu'elle n'a sur la conscience qu'une multitude de petits péchés, "rien de spécial, comme chez tout le monde". Le staretz dit à la première femme : "Va chercher la pierre la plus lourde que tu puisses soulever et apporte-la-moi". A la seconde il dit : "Va au bord de, la mer et apporte moi autant de petits cailloux que tu peux ramasser". Les deux femmes lui obéirent et accomplirent l'étrange demande du staretz. Lorsqu'elles revinrent avec leurs charges, le starets dit à la première : "Maintenant, va et rapporte la grosse pierre à l'emplacement où tu l'as prise". A la seconde : "Toi aussi va et remets chaque caillou à l'emplacement où tu l'as trouvé". Ce que la première réussit à faire facilement, la seconde ne put l'accomplir.

Cette parabole a été tirée des premiers écrits spirituels chrétiens dont Tolstoï, Leskoff et d'autres écrivains russes se sont servis plus d'une fois. Cette parabole se rapporte directement à la classification des péchés "gros, moyens, petits". Les "petits" péchés comme nous les appelons, sont souvent aussi graves que les "gros" péchés. Les petits péchés s'amoncellent si facilement qu'ils se transforment automatiquement en habitude, ce qui nous amène à l'autojustification.
L'autojustification est l'un des aspects les plus dangereux de la vie spirituelle. Nous prions peu, parce que nous n'avons pas le temps. Nous observons mal le jeûne, parce que notre santé ou bien les conditions de notre vie ne nous le permettent pas. Nous jugeons souvent en les condamnant les personnes autour de nous, qui nous semblent le mériter. II n'est pas nécessaire de continuer cette liste pour l'autojustification. Un véritable examen spirituel doit aboutir à l'auto-condamnation : tout ce que nous omettons, ne faisons pas, laissons, passer dans notre vie spirituelle, arrive à cause de notre faiblesse, à cause de notre peu de foi, à cause de la tiédeur de notre amour. Devant l'image de la perfection divine, notre conscience ne peut que nous faire des reproches et non nous disculper et en nous faisant des reproches, nous stimuler pour nous améliorer, corriger et perfectionner notre vie spirituelle et aussi pour nous encourager à nous libérer de nos péchés.




lundi, avril 17, 2006

Lundi Saint

Les saintes Souffrances comme une lumière de salut se lèvent sur le monde en ce jour : le Christ qui nous aime marche vers sa Passion et celui qui tient l’univers en sa main accepte d’être fixé au bois de la croix pour sauver le genre humain

Cathisme I
Etapes d'un pélerinage (1)
Première formation.

par l'Archimandrite Placide (Deseille)


C’est avec une immense reconnaissance que je pense à tous ceux qui ont contribué à mon éducation humaine et spirituelle. Je fus formé, au sein de ma famille, à l’école de la grande tradition liturgique et patristique de l’Église. Ma grand-mère et mes deux tantes paternelles, qui exercèrent sur moi une profonde influence, avaient pour livre de chevet le « Livre de la Prière antique» de Dom Cabrol, et l’« Année liturgique» de Dom Guéranger, qui contient tant d’admirables textes des anciennes liturgies d’Occident et d’Orient.
Ces trois femmes, animées d’une foi robuste et d’une profonde piété, avaient horreur des dévotions sentimentales, et elles surent me donner très tôt le sens et le goût des richesses de la Tradition. Elles aimaient aussi la vie monastique, les œuvres de Dom Marmion; et les grandes abbayes de Beuron, de Maredsous et de Solesmes (1) étaient les hauts-lieux de leur christianisme. Au collège, mes éducateurs jésuites - des hommes de prière, d’une grande noblesse de cœur et d’intelligence - éveillèrent en moi l’amour de l’Antiquité classique, du Moyen Age chevaleresque, du XVIIe siècle français aussi. Mais ils ne contrarièrent en rien l’influence de mon milieu familial.
Je devais avoir une douzaine d’années quand je lus dans une revue déjà ancienne un article, illustré de photographies évocatrices, sur les monastères des Météores, en Thessalie. Cette lecture me laissa une impression profonde, et je pressentis qu’il existait en ces lieux une tradition encore plus vénérable, encore plus authentique que celle des grandes abbayes bénédictines contemporaines dont me parlait ma grand-mère. J’aurais aimé être moine au Grand Météore, - mais c’était là, évidemment, un souhait irréalisable, et je n’imaginais même pas qu’on pût un jour m’accepter dans un monastère catholique, tellement le genre de vie qu’on y menait me paraissait sublime et inaccessible pour moi. J’envisageais un autre avenir.
La guerre de 1939 et l’occupation allemande changèrent brutalement tout le cadre de mon existence antérieure. L’occasion me fut donnée de fréquenter l’abbaye de Wisques, dans le Pas-de-Calais. J’y fis la connaissance d’un moine admirable, Dom Pierre Doyère, ancien officier de marine entré dans ce monastère dont il devait ensuite devenir prieur. Je lui suis toujours resté très attaché, ainsi qu’au Père Abbé, Dom Augustin Savaton. Quinze ans plus tard, je devais être amené à collaborer avec Dom Doyère à l’édition, pour la collection « Sources chrétiennes », des œuvres de Ste Gertrude d’Helfta, la grande mystique bénédictine du XIVe siècle.
La figure de St François d’Assise et de ses premiers compagnons, découverte à travers les œuvres de Jœrgensen (2) et les Fioretti (3), m’enthousiasmait, mais le franciscanisme plus tardif ne m’attirait pas. Je visitai quelques abbayes bénédictines, Solesmes notamment, où je revins souvent dans la suite et qui resta pour moi, à côté de la Trappe, comme une seconde patrie spirituelle. Mais la vie bénédictine, qui me séduisait par son enracinement traditionnel, ne satisfaisait pas en moi un certain besoin d’absolu, un goût pour une sorte de rudesse de l’existence et de primitivisme évangélique, qui trouvaient comme leur symbole dans les ermitages franciscains d’Ombrie et les monastères des Météores.

(1) Beuron, Maredsous, Solesmes: monastères bénédictins (c’est-à-dire suivant la Règle de St Benoît) situés le premier en Allemagne, le second en Belgique, le troisième en France; ils contribuèrent beaucoup, au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, au renouveau liturgique et patristique de l’Église romaine. Dom Marmion (1858-1923), abbé de Maredsous, publia de très solides ouvrages de spiritualité, fondés principalement sur la doctrine de St Paul, et exerça ainsi une profonde influence.
(2) Joannes Jœrgensen: auteur danois qui publia en 1909 une excellente Vie de François d’Assise.
(3) Fioretti ( Petites fleurs de St François ) sont un recueil composé dans les ermitages d’Ombrie, qui raconte avec une grande fraîcheur la vie de François d’Assise et de ses premiers compagnons.

Suite le jeudi 20 avril

dimanche, avril 16, 2006

16 avril (3 avril julien)
Dimanche des Palmes


Réjouis toi, cité de Sion,
danse de joie, Eglise de Dieu,
car voici ton Roi qui s’avance vers toi,
dans la douceur et l’humilité,
et les Enfants l’acclament en chantant :
Hosanna au plus haut des cieux,
béni sois tu Seigneur de tendresse,
ai pitié de nous

Apostiches t.8

samedi, avril 15, 2006

15 avril (2 avril julien)
Samedi de Lazare

Ayant pitié des larmes de Marthe et Marie,
Christ notre Dieu,
tu ordonnas de rouler la pierre du tombeau ;
par ton appel, tu ressuscitas le mort
et tu brisas les verrous de l’Enfer,
afin de fonder notre foi
en la vivifiante résurrection de l’univers.
Gloire à ta puissance, Sauveur,
gloire à ton pouvoir souverain,
gloire à toi qui par ton verbe, maintiens le monde entier.

Cathisme I, t.1

Le samedi de Lazare occupe une place très spéciale dans le calendrier liturgique. Il est en dehors des quarante jours de pénitence du Carême ; il est aussi en dehors des jours douloureux de la semaine-sainte, – ceux inclus entre le lundi et le vendredi. Avec le dimanche des Rameaux, il forme un court prélude joyeux aux jours douloureux. Un lien topographique l’unit au dimanche des Rameaux : Béthanie est le lieu de la résurrection de Lazare et aussi le point de départ de l’entrée de Jésus à Jérusalem.
Père Lev Gillet
Information

Une chapelle bulgare à Paris
La Paroisse bulgare à Paris "St. Euthyme de Tarnovo" a obtenu la chapelle catholique "les Quatre Evangélistes" dans le 18ème arrondissement comme lieu de culte.
1, rue de la Croix Moreaux, 75018, Paris
M°12, Porte de la Chapelle/Max Dormoy), bus N°60 (Tristan Tzara) ou N°65 (Bourcy).
Dans ce local ainsi mis à disposition, pourront être organisés la vie liturgique sur une base régulière et la catéchèse pour les Bulgares orthodoxes de Paris et sa région. Sans doute, cette solution va contribuer à une présence digne de l'Eglise orthodoxe bulgare parmi les communautés chrétiennes vivant dans la capitale française. Le premier office aura lieu le 16 avril 2006 à 10h00, dimanche des Rameaux.
Source

vendredi, avril 14, 2006

Vladimir Poutine et l’Eurasie
par Jean Parvulesco

L’écrivain et romancier Jean Parvulesco, propose, dans un gros volume (plus de 400 pages !), une véritable étude sur Vladimir Poutine et l’Eurasie.
Sur la base de nombreux articles écrits depuis trente ans, il montre comment la Russie a peu à peu changé et s’est débarrassée du communisme, comment elle s’est libérée spirituellement pour devenir le fer de lance d’une conception nationaliste et révolutionnaire de l’histoire. Jean Parvulesco explique aussi que Vladimir Poutine, à travers ses déclarations et ses actes, devient le défenseur d’une géopolitique autant contre l’islamisme que contre l’américanisme, l’apôtre de l’Eurasie


Contrairement à certaines apparences fallacieuses, le véritable centre de gravité de l'actuelle situation politique planétaire ne se trouve pas au Moyen-Orient, et ne concerne que d'une manière toute relative les séquelles de l'offensive des Etats-Unis contre l'Irak, et cela même en ce qui concerne les raisons occultes et même plus qu'occultes de cet assaut aux buts avoués de dévastation totale. Le véritable centre de gravité de l'actuelle politique planétaire dans son ensemble, se trouve, en réalité, en Europe, et concerne les actuels efforts d'intégration impériale européenne autour du Pôle franco-allemand et des relations ultérieures que celui-ci entend entamer d'urgence, et approfondir en termes de destin - dans les termes mêmes du «plus grand destin», historique et suprahistorique - avec la «Nouvelle Russie» de Vladimir Poutine : en réalité, c'est le projet encore relativement confidentiel, en cours de réalisation, de l'axe transcontinental Paris-Berlin-Moscou qui marque l'avancée réellement décisive des changements révolutionnaires actuels à l'échelle européenne grand-continentale de dimension et de prédestination impériale eurasiatique.

Autant de pas en avant vers la prise de conscience révolutionnaire devant mener à la constitution de la «Forteresse Grand-Européenne» appelée à faire face à l'encerclement politico-militaire en cours d'installation par les Etats-Unis engagés dans leur politique d'emprise planétaire finale, «Forteresse Grand-Européenne» prévue, aussi, pour déstabiliser, pour neutraliser les nouvelles directions politico-historiques d'un monde qui approche, subversivement, et d'une manière de plus en plus accélérée, de la «crise planétaire finale» envisagée par les desseins secrets de l' «Anti-Empire» actuellement déjà en place à Washington. «Forteresse Grand Européenne» dont le centre de gravité contre-stratégique planétaire se trouve souterrainement mobilisé par la «Nouvelle Russie» de Vladimir Poutine, dont la prédestination impériale et eschatologique finale changera bientôt la face du monde et de l'histoire. En effet, on peut le prédire tout changera, et définitivement.
Source

jeudi, avril 13, 2006

Commentaires d'un ami catholique à "soeur prodigue"
à propos de la célébration eucharistique.

Soleil d'hiver tient à saluer le long et trés argumenté commentaire de Vexillum Regis sur le Forum de la Cité Catholique, à propos des trois parties de "soeur prodigue" consacrées à la célébration eucharistique.
Cet excellent texte est consultable ici.
S'agit-il vraiment de controverses vaines et dépassées ?
Tenter d'y répondre voudrait que l'on prolonge longtemps un tel débat, ce qui n'est pas la vocation de Soleil d'hiver.
D'autres que nous s'y sont frottés, souvent avec moins de charité et sans grand résultat.

Sœur prodigue (fin)
Réflexions d'un fils de l'église romaine

Soleil d’hiver a essayé de clarifier la nature des divergences existant entre les catholiques et les orthodoxes sur ces trois points que sont l’expression de la Foi (Filioque), la primauté dans l’Eglise et la liturgie eucharistique.
Il y en a bien d’autres qui seraient restées du domaine des spécificités d’une église locale si la communion n’eut été rompue pour les questions plus graves que l’on vient d’évoquer et qui, dans ce contexte, viennent aggraver le contentieux.
L’église catholique est-elle pour cela hérétique ?
L’amour et la reconnaissance que j’éprouve pour elle m’empèche d’y répondre ici.
En outre, il y a dans l’hérésie une « volonté » de se détacher de la foi commune qu’il est impossible d’affirmer de la part de l’église catholique prise dans sa globalité. D’ailleurs, dans leur immense majorité, les catholiques ne savent pas et ne comprennent pas ce qui les sépare de leurs frères orthodoxes.

Mais ce qu’il est en revanche possible d’affirmer sans détour ni discussion, c’est que l’église catholique s’est bel et bien détachée de la foi et de l’expression liturgique commune et qu’elle a été l’unique initiatrice
- d’une expression unilatérale et discutée car discutable du dogme, défiant en cela les canons de plusieurs conciles œcuméniques, qui, en l’espèce, sont la « voix » de l’Eglise,
- d’innovations liturgiques sans vraie justification ecclésiologique et patristique,
- d’une prétention à la primauté universelle démentie par toute la tradition.

Et que, quand bien même on arriverait à force d’arguties à relativiser une par une ces multiples ruptures d’avec la Tradition, on ne peut, et c’est sans doute le plus grave, que reconnaître que s’est progressivement installée, dans l’église catholique, une « façon de penser » le mystère du salut, qui diffère, à bien des égards, de l’enseignement des pères de l’Eglise, successeurs directs des Apôtres ayant eux mêmes recueilli l’enseignement du Sauveur et reçu l’Esprit Saint.
Progressivement, s’est, en effet, installée dans l’église catholique une théologie de la « satisfaction », une judiciarisation du salut, où la justice de Dieu ne signifie plus, comme l’entendent les Saintes Ecritures, qu’Il est bon et aimant mais qu’Il est ce juge, infiniment offensé et avide de réparation au point d’exiger, pour cela, la mort infâmante de Son Fils.
Nous invitons vivement le lecteur à se reporter au « Fleuve de feu » déjà évoqué dans un précédent article.
Comment ne pas, au moins, se poser la question ? Ce dieu là est-il le Dieu des Béatitudes ou Jupiter lui-même ?


C’est donc le moins qu’ on puisse dire que l’église romaine a fait preuve, à l’égard de ses sœurs orientales d’une extraordinaire arrogance, d’un non moins troublant manque de charité et reste l’unique responsable d’un considérable désordre et de grandes souffrances au sein de l’Eglise.
Certains diront « si ce n’est pas hérétique, qu’est ce donc ? »
Oui, cela en a, au moins, l’apparence.

Qu’est donc l’église romaine ?
Une sœur prodigue ? c’est ainsi que je veux la voir car le « prodigue » n’est jamais privé d’un amour en attente.
Mais une sœur prodigue qui, par grâce, je pense, n’a pas dilapidé toute sa part d’héritage et qui permet ainsi a beaucoup de ses enfants d’en vivre encore.
Tout n’est pas « à jeter » dans l’église latine. Toute son histoire (et les innombrables traces qui en tapissent le sol de l'Europe) recèle des trésors de foi, de sainteté, de même qu’un long martyrologue. Le nier serait offrir une commode position de repli aux catholiques confrontés à ces génantes vérités.
Il faut seulement qu'ils sachent que cela ne suffit pas. D’authentiques et indiscutables hérésies peuvent aussi se prévaloir de magnifiques œuvres de foi et de nombreux martyrs. Cela ne leur confèrent pas pour autant la Vie divine.

Nous sommes là dans le secret de Dieu qui ne sait pas, qui ne peut pas, Lui qui sait et peut tout, donner du vent à ceux de Ses enfants qui Lui réclament du pain et, par foi, sont persuadés de le recevoir.

L’église catholique romaine et l’église orthodoxe sont-elles, comme l’a dit Jean Paul II « les deux poumons de l’Eglise ». La formule laisse dubitatif.
Les poumons, droit et gauche, ont, certes, une forme légèrement différente. Mais ils exercent, au service de l’organisme entier, la même fonction et, surtout, il n’existe, entre eux, ni compétition, ni « spécialisation ».
La formule recouvre le même concept que celui d’ « églises-sœurs » oh combien séduisant. Les églises othodoxes de dénominations diverses sont effectivement sœurs car la communion entre elles est maintenue et quand elle fut, à l’occasion, rompue, elle fut restaurée.
L’église latine s’inscrit t-elle, hélas, dans ce schéma ?

On peut tourner le problème sous tous les angles, se torturer le cerveau et le cœur, l’église latine s’est bien séparée du cep de l’Eglise auquel est resté soudée « sans altération ni ajout » l’église orthodoxe.

On ne peut pénétrer le plan de Dieu qui agit à tout instant dans l’histoire des hommes et dont les pensées sont aussi éloignées des notres que le ciel est éloigné de la terre.
L’église catholique s’est épanouie dans l’espace européen occidental ouvert sur les océans et, pour cela, a évangélisé, avec plus ou moins de succés, le monde entier.
A l’inverse, les églises d’Orient ont vu leur expansion menacée par les forces de l’histoire, limitant leur vocation missionnaire.
L’esprit moderne aurait assez tendance à juger « numériquement » de la valeur des choses. Mais on sait bien que, pour le Seigneur, le critère a peu de valeur .

Les vents de l’histoire viennent de tourner.
Le catholicisme romain est confronté de plein fouet à l’apostasie moderniste, matérialiste, relativiste. Ses églises et ses séminaires se vident, la pratique religieuse s’étiole, malgré, ici ou là, quelques beaux exemples de réveil.
Dans le même temps, l’église orthodoxe, confrontée, dans son espace naturel, à une persécution jamais vue dans l’histoire de l’Eglise, a pénétré la sphère d’influence romaine en lui apportant la foi et la spiritualité profonde qui l’ont, en grande partie, désertée.
Elle lui apporte aussi une beauté liturgique que le catholicisme moderne a impitoyablement chassé de ses églises et célébrations.

De nombreux enfants de l’église romaine commencent à ressentir la faim.
Il est donc naturel qu’ils se souviennent de ces « cousins », dont certains sont venus jusqu’à eux, et qui sont si visiblement rassasiés de cette nourriture qui leur fait défaut.
Ils prennent alors le chemin du retour et « rentrent à la maison ».
Un jour, Sœur Prodigue comprendra qu’elle doit leur emboiter le pas car là, et pas ailleurs, est le chemin de cette Unité voulue par le Seigneur.
Elle a du chemin à faire. Elle est partie si loin.




Parce qu'il lui en paraît la suite logique, Soleil d’hiver publiera, au cours des semaines à venir les « épapes d’un pèlerinage », témoignage du Père Placide Deseille, moine cistercien devenu Archimandrite du Monastère Saint Antoine le Grand à Saint Jean en Royans (Drome)

mercredi, avril 12, 2006

Une mosquée à Montfermeil ? Non merci ! par Odile Bonnivard

Samedi 8 avril, 4h00 du matin : première action de la campagne du Bloc identitaire contre la construction d’une mosquée à Montfermeil.
Une dizaine de militants du Bloc identitaire sont dehors : ils vont faire entendre la voix des Européens qui disent : l’islamisation, c’est NON !
Bleuets, lys, coquelicots, les noms de rues donnent une ambiance bucolique aux quartiers….Cependant, il n’y a pas que les fleurs qui poussent dans le secteur : les antennes paraboliques plantées dans les jardins nous rappellent qu’ici, on se tient au courant des nouvelles du bled ! Un container en flammes sur le trottoir éclaire la nuit : les auteurs présumés de ce fait d’arme ne sont pas loin ; au détour d’une rue, ils rigolent, une cigarette à la main….Drôles de jeux !
Avec un professionnalisme certain, les rues ont été repérées, les équipes sont rôdées et nos tracts sont déposés dans les boîtes à lettres. Rapidement, plus d’un millier est distribué. Après un point de l’action, nous décidons de décrocher. Plus de la moitié de la ville est « servie », nous fixons le jour de la prochaine action pour le reste.
Monsieur le Maire UMP de Montfermeil, Xavier Lemoine, soyez tranquille : si cette mosquée se construit, ça ne se fera pas sans bruit ; les Identitaires sauront en parler et dénoncer l’islamisation de votre ville, aux frais de vos administrés. L’islam en terre d’islam, pas en terre d’Europe !
Bravo aux lève-tôt de ce matin, merci, à la prochaine…
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